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Forum de Dakar : Paix et développement vont de pair

La cinquième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique a mis l’accent, cette année, sur le lien entre sécurité et développement, deux défis auxquels l’Afrique est confrontée.

Dakar, Seydou Ka

« Une forte militarisation de la réponse ne suffit pas. » Ce constat de Binta Keïta, sous-secrétaire aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, résume le ton des discussions, lors du 5e Forum de Dakar sur la Paix et la sécurité en Afrique, qui s’est tenu les 5 et 6 novembre dans la capitale du Sénégal.

Soucieux de ne pas se laisser accaparer par le syndrome du tout-sécuritaire, qui a montré ses limites, les organisateurs de ce rendez-vous ont voulu intégrer, cette année, la dimension développement et respect des droits humains dans les débats. « La paix, la sécurité et la stabilité sont les préalables du développement. Et en retour, le développement fortifie les bases de la paix, de la sécurité et de la stabilité », explique le président Macky Sall, dans son discours d’ouverture.

De nombreux Africains choisissent de placer leur agent à l’étranger. Nous devons ramener cet argent vers le continent, il constituerait une base pour l’investissement intra-africain et créer le capital des champions de demain.

Aujourd’hui, tous les acteurs semblent être conscients que tous les efforts seront vains sans un développement durable, inclusif et équitable. Car, la paix, la sécurité et la stabilité « fleurissent dans le jardin de la justice sociale et de l’équité territoriale », souligne Macky Sall, convaincu qu’une croissance sans justice sociale fait le lit de toutes les frustrations, transformant les zones défavorisées urbaines comme rurales en « déserts économiques où ne poussent que la colère et les tentations les plus désespérées ».

Ce qui fait dire à Florence Parly, la ministre française des Armées, que pour gagner la paix, il faut une approche globale : « Sans un cadre stable, sans les assurances et les craintes dissipées, les conditions d’un meilleur développement ne peuvent être réunies. Sans une vision ambitieuse, les meilleures conditions de vie, il n’est pas possible de mettre définitivement à terre le terrorisme, les violences et tous ceux qui croient pouvoir s’affranchir du droit. »

Sécurité et développement sont donc « les deux faces d’une même pièce ». Et sans relais dans le domaine du développement, l’action militaire ne peut être qu’« une goutte d’eau versée sur le sable du désert ». Bien sûr, l’instabilité se nourrit aussi de l’injustice. Les exemples du golfe de Guinée et de la RD Congo, qui ont tout pour être une porte d’entrée de la prospérité, mais qui sont affectés par les conflits, sont là pour en témoigner.

Les dépenses militaires pèsent dans les budgets

Pour soutenir la paix, la sécurité et le développement, le président sénégalais veut qu’on parle plus souvent de l’Afrique qui marche, celle dont les taux de croissance sont régulièrement supérieurs à la moyenne mondiale et qui aspire à passer du paradigme de l’Aide à celui de partenariats mutuellement bénéfiques. « Faisons le pari de l’Afrique qui émerge, qui ne veut pas être considérée comme “un continent du futur”, selon une expression à la mode, mais comme partie intégrante des dynamiques du présent qui modèlent le futur, parce que les besoins d’investissement en Afrique représentent autant d’opportunités de croissance pour l’économie mondiale », plaide Macky Sall.

Certes, répond Jacobus Cilliers, responsable du programme futur de l’Afrique et innovation à l’ISS d’Afrique du Sud, l’Afrique se développe mais pas au même rythme, au regard des conflits qui minent certaines zones comme le Sahel.

« La paix, la sécurité et la stabilité sont les préalables du développement. Et en retour, le développement fortifie les bases de la paix, de la sécurité et de la stabilité », explique le président Macky Sall, dans son discours d’ouverture.

Selon les chiffres de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires continuent d’accaparer une part non négligeable des ressources publiques, atteignant 21 milliards de dollars en Afrique du Nord et autant en Afrique subsaharienne, soit au total 42 milliards $ sur tout le continent.

Le Tchad, l’un des pays les plus engagés dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, a consacré près de 14 % de ses dépenses publiques à l’armement, un peu plus que le Mali (13 %) ou le Niger (8,8 %). Le gouvernement tchadien se hisse ainsi au niveau de son homologue algérien, plus gros dépensier en armement du continent (16 % des dépenses publiques, soit plus de 10 milliards $ en 2017), mais loin derrière le Soudan (31 %, pour 4 milliards $ en 2017).

Cependant, ces chiffres ne rendent pas totalement compte de la réalité. Le rôle néfaste des groupes armés ou l’impact du changement climatique sur le développement sont autant de facteurs difficilement quantifiables. Au niveau mondial, ces dépenses sont estimées à 1 739 milliards $ en 2017, soit 2,2 % du PIB mondial ou 230 $ par personne, soit le niveau le plus élevé depuis la fin de la guerre froide.

Faire des affaires dans une Afrique « apaisée »

Conscients de ce lien entre sécurité et développement, les acteurs économiques étaient également au rendez-vous du forum de Dakar. Pour Rémy Rioux, directeur de l’AFD (Agence française de développement), un virage stratégique doit être pris dans le domaine de l’Aide publique au développement.

« Il nous faut intégrer les enjeux de sécurité dans nos interventions », précise le directeur de l’AFD qui a investi au Sahel plus de 2,5 milliards d’euros depuis la crise de 2013.

Les problèmes de sécurité sont aussi une des préoccupations majeures du secteur privé, notamment français, soucieux de développer ses activités « dans une Afrique apaisée », explique Michel Roussin, vice-président du Medef, venu pour actualiser un maximum d’informations sur les conditions de sécurité et de développement. 

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