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African Business

Jose Eko Owono Mangue*: « Vers la couverture universelle »

La société publique GITGE a installé un vaste réseau de fibre optique, tant sur le continent que sur l’île. Pourtant, l’accès à l’Internet n’est pas encore généralisé et le coût des services demeure relativement élevé. Le point avec Jose Eko Owono Mangue, directeur du régulateur Ortel.

Par Omar Ben Yedder 

Le principal rôle d’un régulateur est de garantir un marché concurrentiel et de s’assurer que les différents opérateurs de télécommunications, au nombre de trois en Guinée équatoriale, respectent les lois en vigueur.

De son côté, le directeur général d’Ortel, José Eko Owono Mangue, jeune ingénieur diplômé de l’université de Pittsburg, estime que sa mission est bien plus large et qu’il doit oeuvrer à améliorer l’accès et réduire les coûts.

Dans cette optique, il a lancé un « processus de collaboration avec les opérateurs de télécoms », selon ses propres termes. Il travaille avec eux pour les aider à réduire les coûts et étendre la couverture tout en restant viables. « Nous sommes là pour les accompagner, les aider à planifier les mises à niveau de leurs infrastructures, et veiller à ce qu’ils puissent proposer un service plus fiable et meilleur. » 

Président de l’Association des régulateurs télécoms d’Afrique centrale (Artac), il souhaite instaurer un accès sans frais d’itinérance dans la région Cemac.

Les abonnés des opérateurs téléphoniques d’Afrique centrale recevront les appels gratuitement, où qu’ils se trouvent dans les six pays de la Zone, à compter de 2020. La prochaine étape consistera à réduire le coût des appels entre les différents pays, en facturant des tarifs locaux au lieu des tarifs internationaux. 

Si la Guinée équatoriale est équipée de l’un des réseaux les plus étendus de fibre optique d’Afrique, la connexion Internet manque encore de fiabilité et le coût des données est relativement élevé. Une étude publiée par Ecobank, en 2018, révélait que le prix du gigaoctet dépassait 35 $.

En travaillant avec GITGE, le fournisseur du réseau de fibre optique du pays, les opérateurs vont pouvoir réduire considérablement le coût. Dès le 1er juin 2019, les grossistes vont voir leur prix diminuer de 40 %. Ils pourront répercuter ces baisses de prix au consommateur ; l’objectif est de réduire le prix d’accès de plus de 70 % d’ici à 2023.

Le prix du Go deviendra alors l’un des tarifs les plus compétitifs d’Afrique. Les pertes dues à la baisse des tarifs seront compensées par une augmentation de l’usage. 

Le pays compte aujourd’hui six fournisseurs de services Internet et trois opérateurs télécoms : Getesa, fruit d’une coentreprise avec Orange, Muni, un opérateur privé et Gecomsa, coentreprise avec l’opérateur chinois ZTE. Les trois opérateurs déploient actuellement la 4G dans le pays, améliorant ainsi les services de données offerts. 

Outre la réduction de coût, la Guinée équatoriale doit mettre en place la couverture universelle, d’ici à 2023. Compte tenu de l’état actuel des infrastructures, José Owono Mangue estime que le but sera atteint bien avant cette date.

L’objectif est de donner à chacun l’accès à tous les services de télécommunications, avec un point d’entrée à faible coût. C’est pourquoi il tient à collaborer étroitement avec les opérateurs pour y parvenir tout en respectant l’impératif commercial d’optimiser les bénéfices. Il serait contre-productif de nuire aux opérateurs, estime-t-il. 

L’objectif est de donner à chacun l’accès à tous les services de télécommunications, avec un point d’entrée à faible coût.

Quoi qu’il en soit, la loi stipule que les opérateurs de télécoms doivent investir 1,5 % de leurs revenus dans des initiatives à dimension sociale dans leur secteur, par exemple pour étendre la couverture dans des zones rurales. 

L’économie numérique n’en est encore qu’à ses débuts. C’est seulement en avril 2019 qu’une société de Fintech équato-guinéenne a lancé MobPay, une appli qui permet de régler des factures et transférer de l’argent par voie électronique. Selon Owono Mangue, la transformation qu’Ortel veut mettre en oeuvre devra être réalisée, coûte que coûte. 

Un réseau fiable 

« Tout le monde parle de l’économie numérique et, si le secteur des télécoms n’est pas développé dans le pays, on ne peut avoir d’économie numérique. Or, c’est l’avenir. Nous devons nous adapter », prévient-il. Il indique avoir reçu plusieurs requêtes d’autres sociétés de Fintech qui souhaitent lancer leur plateforme.

L’environnement réglementaire relatif au commerce électronique et aux services d’argent mobile sera modifié pour libérer le potentiel du secteur numérique. GITGE déploie diverses initiatives pour développer la connaissance des technologies numériques et encourager leur adoption.

La société a mené plusieurs campagnes d’information, fait don d’ordinateurs à des écoles et proposé un accès l’Internet gratuit. Récemment, GITGE animait le « TEG Campus », un salon technologique destiné à promouvoir les talents et à encourager les start-up. Outre les débats et ateliers organisés, le salon a proposé un hackathon et divers concours pour encourager l’innovation par le biais de la technologie. 

Le pays a encore du chemin à parcourir, reconnaît José Owono Mangue, pour développer l’économie numérique, mais compte tenu des progrès déjà réalisés et de l’augmentation de la capacité et de l’usage d’Internet, le pays est sur la bonne voie, juge-t-il, pour développer un réseau fiable ainsi qu’un accès universel d’ici à trois ans.

ENCADRE

Démocratiser l’accès à la Toile 

On sait que la technologie, que ce soit dans l’agriculture, la finance ou la santé, est l’un des meilleurs moyens de transformer le continent. Alors que les télécommunications mobiles ont ouvert un nouveau chapitre dans la trajectoire de croissance du continent, la révolution numérique pourrait changer la donne.

Nous voyons dans certains pays un meilleur accès à l’information, qui favorise l’inclusion financière, et profite à l’agriculture et au secteur de la santé, grâce aux diagnostics à distance. Mais les télécommunications et l’Internet peuvent aussi être source d’inégalités s’ils ne sont accessibles qu’aux plus aisés.

Le coût du mégaoctet en Afrique est de l’ordre de 8 % du revenu mensuel moyen, selon l’Alliance pour un Internet abordable, alors que la commission Haut débit des Nations unies préconise 2 % du revenu mensuel. Pour réussir sa révolution numérique, il faut une plus vaste couverture et une forte réduction des coûts.

*Président fondateur Prodevema SAS »

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