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Environnement

Sénégal : Les énergies renouvelables stimulent la croissance

Accroître la part des énergies renouvelables dans la production énergétique du Sénégal s’inscrit dans le plan visant en faire un pays à revenu moyen d’ici à 2035. Cet exemple pourrait faire école en Afrique de l’Ouest. 

Par Will McBain 

Le Sénégal a fait de la production d’énergies renouvelables l’un des piliers de sa stratégie énergétique, et a fixé à 2025 l’accès universel à l’électricité. Dans le cadre du PSE (Plan Sénégal émergent), le gouvernement considère qu’une augmentation de la production d’électricité permettra d’atteindre le statut de nation à revenu moyen d’ici à 2035. 

Le pays devrait atteindre son objectif de 15 % d’énergies renouvelables dans la production énergétique avant 2025 – date prévue initialement, alors que de gigantesques centrales solaires et éoliennes devraient être opérationnelles dans les deux ans.

Le Sénégal a longtemps été dépendant des combustibles liquides pour alimenter ses centrales, mais la découverte récente de réserves pétrolières et gazières en fera bientôt un exportateur pétrolier. 

L’objectif de 25 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique sénégalais à l’horizon 2030 semble « réalisable », commente Massaer Cissé, directeur général Sénégal de Lekela Power, spécialiste des énergies renouvelables. « C’est un objectif ambitieux, avec des difficultés à surmonter, précise le dirigeant, selon qui l’intégration au réseau et la distribution devront suivre le rythme de la production. Il est essentiel que tous les acteurs concernés modernisent le réseau mais cela progresse bien actuellement. » 

Voilà un immense changement pour une nation qui, jusqu’ici, souffrait d’une production d’énergie limitée et d’un coût élevé de l’électricité. De 2010 à 2018, l’accès à l’électricité est passé de 54 % à 68 % de la population, selon la Banque mondiale, et la capacité de production a bondi de 573 MW en 2012 à 864 MW aujourd’hui, entraînant une baisse du coût de l’électricité pour le consommateur.

Avec 16,6 millions d’habitants, le Sénégal affiche une croissance du PIB supérieure à 6 % depuis 2015 et les prévisions de croissance restent favorables. 

Des technologies de pointe 

De son côté, le marché de l’énergie bénéficie d’une libéralisation partielle ; les sociétés privées peuvent construire et gérer des centrales tandis que la transmission et la distribution de l’électricité sont sous la gestion de l’entreprise publique Senelec. 

Lekela, une coentreprise 60/40 entre Actis et un consortium dirigé par Mainstream Renewable Power, a commencé la construction du parc éolien de Taïba N’Diaye, à 80 km au nord-est de Dakar. Une fois achevé en 2020, il constituera le plus grand complexe éolien de l’Afrique de l’Ouest, produisant 158,7 MW et apportant plus de 450 000 MWh d’électricité par an, à deux millions de personnes. 

Lekela possède trois parcs éoliens en Afrique du Sud, et en construit d’autres au Ghana et en Égypte. Chris Ford, le directeur des opérations de Lekela, estime que la société peut apporter de la valeur dans les pays où le gouvernement s’est fixé des objectifs clairs.

« Le pays a une vision énergétique claire ; ce qui est très rassurant pour une société comme la nôtre. Nous voulons donc continuer à investir au Sénégal », assure le directeur régional Afrique d’Engie.

Bénéficiant des progrès technologiques, la société installera à Taïba N’Diaye 46 turbines de construction danoise Vestas V126, produisant chacune 3,45 MW. Les éoliennes deviennent de plus en plus grandes et puissantes, offrant ainsi un rendement supérieur. 

« Le coût de la technologie diminue au fil du temps. L’évolution des énergies renouvelables est positive et beaucoup sont surpris de constater à quel point elles sont compétitives. Avec la baisse de leur coût, et la volatilité des prix du pétrole, les énergies renouvelables gagnent du terrain », se réjouit Chris Ford. 

La diminution des coûts profite à tous 

Le projet de Lekela devrait également apporter environ 20 millions de dollars à la population et créer 400 emplois lors de la construction, tandis qu’une équipe d’entretien sera en fonction pendant au moins 25 ans. 

Encouragé par le succès des centrales solaires de taille plus réduite, le Sénégal a lancé un appel d’offres en 2018 pour la construction de deux nouvelles centrales représentant une puissance installée totale de 60 MW, qui doublera quasiment la puissance actuelle.

Ce projet a été conçu en partenariat avec la Société financière internationale (Groupe de la Banque mondiale) dans le cadre d’une initiative baptisée Scaling Solar. Sur les quatorze offres soumises, c’est le consortium français constitué d’Engie et Meridiam, investisseur dans les infrastructures, qui a été retenu. Engie construit actuellement les centrales à Kahone, près de Kaolack, et à Touba- Kaël dans la région de Diourbel. Elles offriront le plus bas coût de production d’énergie du Sénégal. 

« Les Sénégalais ont adopté une excellente stratégie, que d’autres pays pourraient imiter », affirme Philippe Miquel, directeur régional Afrique à Engie. « Ils ont construit six centrales solaires à des tarifs légèrement supérieurs à ceux du marché pour commencer. Ils sont parvenus à réaliser quatre ou cinq centrales solaires dans les délais, en respectant le budget fixé et ils ont ainsi développé une industrie rapidement. » À présent que les sociétés savent qu’elles peuvent construire une centrale solaire photovoltaïque rapidement et qu’elles seront payées, les investissements étrangers ne devraient pas manquer. 

Faut-il relier les zones reculées ? 

Malgré cette transformation, le marché a aujourd’hui besoin d’acteurs plus flexibles. Tandis que 88 % des gens ont accès au réseau électrique dans les zones urbaines, ce chiffre chute à 40 % dans les régions rurales. Environ 1,2 million de foyers n’ont pas accès au réseau électrique, selon Power Africa, le programme de développement américain. 

Pour autant Philippe Miquel estime que la Senelec ferait mieux de ne pas relier les foyers au réseau électrique dans les zones rurales plutôt que de le faire à un coût élevé : « Le coût de connexion des foyers très isolés est énorme et l’investissement n’en vaut pas la peine, car ces personnes consomment très peu. » Les mini-réseaux et les sociétés comme Oolu Solar, qui commercialise des systèmes solaires individuels et des chargeurs, joueront un rôle essentiel pour atteindre l’objectif de l’électrification universelle d’ici à 2025. 

Les perspectives à long terme de la production d’énergie solaire seront meilleures si les technologies de stockage d’électricité des accumulateurs peuvent être développées et déployées dans le pays. La Senelec souhaite piloter cette solution, mais, en raison des coûts élevés et des flux de revenus incertains, cette voie n’a pas encore été exploitée. 

Malgré les obstacles, des multinationales s’intéressent de plus en plus au marché des énergies renouvelables au Sénégal. « Le pays a une vision énergétique claire ; ce qui est très rassurant pour une société comme la nôtre. Nous voulons donc continuer à investir au Sénégal », assure Philippe Miquel.

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