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Environnement

Les aides au développement durable sont insuffisantes

Avant-même que la COP26 ne s’achève, sur un arrière-goût d’échec, Tanguy Gahouma-Bekale, président du Groupe africain des négociateurs sur le changement climatique, fait part des priorités du continent en matière de développement durable.

Rencontre avec Jack Dutton

Tanguy Gahouma-Bekale vient de finaliser ce qu’il appelle « la loi climatique la plus ambitieuse d’Afrique à ce jour » : une législation de grande envergure qui aide le Gabon dans sa mission de réduire ses émissions de carbone de moitié d’ici à 2025.

« Ce que nous voulons, c’est que notre économie ne soit plus dépendante du pétrole mais plutôt dépendante des forêts et de l’agriculture. C’est une transition dont nous avons besoin, et cette loi va nous y aider », se félicite Tanguy Gahouma-Bekale, secrétaire permanent du Conseil gabonais pour le climat et conseiller spécial du président Ali Bongo.

La nouvelle législation envoie un appel clair au secteur privé, demandant aux entreprises d’aider le Gabon à s’engager à zéro déforestation et à cesser les activités liées aux combustibles fossiles, y compris le torchage du gaz.

Certains partenariats novateurs donnent de l’espoir. Le Gabon est ainsi devenu en juin 2021 le premier pays africain à recevoir un paiement pour la réduction des émissions de carbone et la protection de sa forêt tropicale.

Le Gabon cherche à atteindre cet objectif d’ici 2030. En vertu de la nouvelle loi, les entreprises opérant dans le pays devront obtenir un permis d’atténuation climatique et respecter leurs objectifs, sous peine de devoir payer des impôts supplémentaires.

Le Gabon est déjà l’un des rares pays « carbone négatif » au monde, c’est-à-dire qu’il absorbe plus de carbone qu’il n’en émet. Cela est dû à sa forêt tropicale tentaculaire, qui couvre 88% du pays, en plein cœur du bassin du Congo.

Tanguy Gahouma-Bekale espère que l’approche du Gabon face à la crise climatique pourra être utilisée comme exemple à suivre par d’autres nations. C’est dans cet esprit qu’il s’est rendu à la COP 26, en tant que négociateur du Gabon et principal responsable chargé de défendre la position de l’Afrique à Glasgow.

Une faible empreinte carbone

Le négociateur considère que l’Afrique est dans une situation unique en ce qui concerne la crise climatique : « Nous sommes vulnérables et nous ne sommes pas responsables de la situation. L’Afrique représente environ 4 % des émissions totales de gaz à effet de serre. Elle aura, dans une douzaine d’années, la moitié de la population active du monde. »

L’Asie est de loin le plus gros pollueur représentant 53 % des émissions mondiales, selon le Global Carbon Project. L’Amérique du Nord suit, avec 18 %, tandis que l’Europe arrive en troisième position avec 17 %. De nombreuses capitales du continent se trouvent sur la côte, comme Dakar, Lagos, Libreville et Maputo. Elles sont toutes menacées par la montée du niveau de la mer.

Comme l’Afrique a une toute petite empreinte carbone par rapport aux autres continents en raison de sa faible industrialisation, les États africains ne devraient pas avoir à allouer autant de ressources aux initiatives climatiques que les pays développés. « Nous ne pouvons pas utiliser notre argent que pour notre développement, pas pour lutter contre une situation dont nous ne sommes pas responsables », considère Tanguy Gahouma-Bekale.

C’est pourquoi, depuis l’an dernier, les négociateurs africains sur le climat exhortent les pays développés à augmenter le financement climatique à 100 milliards de dollars, en faveur des pays en développement, conformément à l’engagement de Cancún en 2010. Cette promesse des pays riches n’a pas été tenue, en 2020.

« Depuis que cet engagement a été pris, nous n’avons aucune transparence pour atteindre cet objectif », regrette Tangy Gahouma-Bekale. « Pourtant, lorsqu’un pays verse des millions de dollars à la Banque mondiale, nous devons savoir à quel pays cet argent ira et pour quel projet. »

Le négociateur ajoute que le chiffre de 100 milliards $ devrait être beaucoup plus élevé, pour couvrir le coût réel de l’adaptation climatique dans les pays en développement.  « Nous jugeons, sur la base de nos études en Afrique, que le nouvel objectif en matière de financement devrait être de 700 milliards $ par an. »

Considère-t-il que les pays peuvent mettre de côté leurs divergences politiques et travailler vers un objectif commun ? « À cause de la Covid, nous avons raté l’échéance de 2020. S’il n’y a pas de progrès, les conséquences pour l’Afrique seront désastreuses. »

Le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), publié en août 2021, avertit que le changement climatique pourrait exacerber ou multiplier les menaces existantes pour la sécurité humaine, notamment l’insécurité alimentaire, sanitaire et économique. Bon nombre de ces menaces sont à l’origine de conflits et de guerres.

Finalisation de l’accord de Paris

Tanguy Gahouma-Bekale reste optimiste, mais avertit que le monde doit se préparer pour le premier bilan mondial en 2023, qui surveillera le carbone dans l’atmosphère. Ce bilan aidera chaque pays à définir ses objectifs climatiques et à les financer.

« Le rapport du GIEC précise que nous avons jusqu’en 2030 pour faire tous les efforts contre le changement climatique et gagner le combat. Nous devons finaliser l’accord de Paris et régler le problème du mécanisme de l’article six. » Cet article prévoit des mécanismes autorisant chaque pays à réaliser des échanges de réductions d’émissions afin d’atteindre son objectif national de réduction d’émissions, mais il n’est pas pleinement appliqué.

Bien que l’article six ne soit pas une priorité pour l’Afrique, il l’est pour de nombreux pays riches car il leur permettra de négocier des crédits carbone. C’est pourquoi le négociateur juge que l’article six doit être amélioré pour augmenter les mesures d’atténuation des effets négatifs, « mais aussi le financement des mesures d’adaptation ». 

Améliorer les règles

Un aspect important lié à l’adaptation est le système REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation). Ce système consiste à payer les pays pour les actions qui empêchent la perte ou la dégradation des forêts afin de réduire les émissions de CO2.

« Lorsque l’Amazonie a brûlé il y a deux ans, tout le monde a dit que nous devions préserver cette forêt. Le monde voulait envoyer de l’argent pour protéger l’Amazonie. Mais quand le bassin du Congo est encore en bonne santé, personne ne veut y investir parce qu’on dit que c’est juste un processus naturel, c’est un écosystème naturel… »

Cet accord a été négocié par la Central African Forest Initiative au nom du gouvernement norvégien. « Nous voulons nous asseoir avec nos partenaires – comme la Norvège –, et présenter la meilleure stratégie pour préserver ce capital naturel. Parce que cela concerne le monde entier, et pas seulement le Gabon. »

Tangy Gahouma-Bekale soutient que REDD+, qui concerne la déforestation n’est pas utile pour les pays africains en développement comme le Gabon. Le pays représente moins de 0,08 % ou environ 9 000 hectares de déforestation par an et plus de 20 millions d’hectares de forêt tropicale vivante et séquestrant le carbone, selon ses calculs.

« Si nous réduisons ces 9 000 hectares à 7 000, à 5 000, nous ne pourrons pas nous développer, car les forêts représentent environ 90 % de notre pays. Si nous voulons construire des routes, développer notre agriculture, croître notre économie, nous devons abattre des arbres », prévient-il.

Rôle du secteur privé

Tangy Gahouma-Bekale estime que le processus REDD+ laisse des « cacahuètes » aux pays africains très boisés comme le Gabon, le Cameroun et la RD Congo, ce qui entrave leur développement durable. Il souligne que les pays les plus riches ont dû déboiser pour permettre leur développement.

Le Gabonais souhaite que le secteur privé participe également aux négociations sur le climat. Son chiffre de 700 milliards $ par an ne concerne pas uniquement les pays africains.

Il constitue un signal fort au secteur privé qui peut facilement trouver l’argent et le soutien nécessaires pour investir dans des solutions vertes. « C’est le travail du Fonds vert pour le climat. Nous voulons augmenter le financement des projets climatiques et soutenir le secteur privé. »

Certains partenariats novateurs donnent de l’espoir. Le Gabon est ainsi devenu en juin 2021 le premier pays africain à recevoir un paiement pour la réduction des émissions de carbone et la protection de sa forêt tropicale. Il s’agit de la première partie d’un accord qui couvre jusqu’à 150 millions $ de financement de la conservation.

Environnement

Cet accord a été négocié par la Central African Forest Initiative au nom du gouvernement norvégien. « Nous voulons nous asseoir avec nos partenaires – comme la Norvège –, et présenter la meilleure stratégie pour préserver ce capital naturel. Parce que cela concerne le monde entier, et pas seulement le Gabon. »

@JD

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