x
Close
Environnement

Abidjan, capitale de la lutte contre la désertification

Abidjan, capitale de la lutte contre la désertification
  • Publiémai 9, 2022

La capitale ivoirienne accueille depuis ce lundi 9 mai la COP15 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Le gouvernement ivoirien espère de grandes avancées et met en avant son leadership sur ces questions, en particulier en matière de reboisement et d’agriculture raisonnée.

 

Par Aude Darc

Près de deux cents pays enverront une délégation à Abidjan, au cours des prochains jours. La capitale ivoirienne accueille depuis ce lundi 9 mai la COP15 (Conférence des parties) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Les discussions avaient déjà débuté, de manière informelle, durant le week-end. Plusieurs chefs d’État feront le déplacement, de Félix Tschisekedi (RD Congo) à Faure Gnassingbé (Togo). Sans oublier le président du Niger, Mohamed Bazoum, qui a réaffirmé la volonté de son pays d’organiser la prochaine « COP » africaine à Niamey.

La désertification se définit comme « la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, par suite de divers facteurs parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines ». Elle provoque, chaque année, la dégradation de 12 millions d’hectares de terres et affecte 40% de la population mondiale. Tous les continents sont touchés.

Le président français Emmanuel Macron, ainsi que la présidente de la Commission européenne, Ursula vond der Leyen, suivront les travaux de la COP15 à distance. Son thème, « Terre. La vie. Héritage : de la rareté à la prospérité », met l’accent sur la durabilité des terres, pour les générations présentes et futures.

Le Premier ministre de Côte d’Ivoire, Patrick Achi, s’est déclaré « extrêmement heureux » du travail de préparation effectué de ce grand rendez-vous qui s’achèvera le 20 mai.

Le CNULCD veut donc que ce rendez-vous débouche sur des actions concrètes, afin que « la terre, qui est notre source de vie sur cette planète, continue de profiter aux générations présentes et futures ». La grave question de la sécheresse sera abordée en priorité, ainsi que les dégâts de l’agriculture sur les terres et la forêt. Sur ce point, comme sur d’autres, le pays organisateur entend obtenir des avancées, y compris pour lui-même.

Selon Patrick Achi, l’énorme travail effectué dans le cadre de l’organisation de la COP15 contribuera au rayonnement et au leadership de la Côte d’Ivoire. « C’est un grand honneur que la Côte d’Ivoire ait été le pays hôte de cet évènement, dont le précédent était en Inde », considère-t-il. Le président Alassane Ouattara devrait présenter les grands axes non seulement des grandes questions qui touchent la terre mais également du programme spécifique à la Côte d’Ivoire et de ses ambitions. La COP 15 sera également l’occasion pour le président Alassane Ouattara, à travers les discussions, de mobiliser les partenaires au développement ainsi que la communauté d’investisseurs, sur les grands chantiers du pays, a révélé le chef du gouvernement.

Agriculture durable, agroforesterie, reboisement intensif. Le gouvernement ivoirien se dit « résolument engagé » à multiplier les initiatives pour éviter, réduire et inverser la dégradation des terres et atténuer les effets de la sécheresse pour un avenir prospère.

Avec près du quart PIB et plus de 75% des exportations, l’agriculture constitue un pilier majeur de l’économie ivoirienne. Principal moyen de subsistance de deux tiers des ménages ivoiriens, l’agriculture emploie près de 70% de la population active.

 

Pour un cacao ami de la forêt

Comme ailleurs en Afrique et dans le monde, le secteur est de plus en plus confronté à une dégradation prononcée du couvert forestier et des terres du pays. En Côte d’Ivoire, près de 60% des terres productives sont dégradées. Le massif forestier est passé de 16 millions d’hectares en 1960 à 3 millions d’hectares en 2018.

Selon la FAO, l’Afrique subsaharienne est la région la plus durement touchée par la désertification et celle où la pauvreté est la plus étendue. 65% des terres productives sont dégradées, tandis que la désertification touche 45% des terres en Afrique. Quelque 45 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire en Afrique à cause de la sécheresse.

Le calendrier de la Côte d’Ivoire (Source : gouvernement ivoirien)

 

Si le cacao est le principal moteur de la croissance économique du pays, il est aussi, reconnaît le gouvernement ivoirien, « un des fossoyeurs de la forêt ». Le premier pays producteur de cacao est donc bien décidé à concilier agriculture et reboisement de la forêt.

C’est pourquoi, depuis quelques années, la Côte d’Ivoire s’engage à produire un cacao « ami de sa forêt ». Le gouvernement a décidé de promouvoir la cacaoculture durable, respectueuse de l’environnement. Il avait déjà pris l’engagement, en 2014, de produire un cacao ivoirien zéro-déforestation à partir de 2017 et de restaurer 20% du couvert forestier du territoire national d’ici à 2030.

L’enjeu du cacao durable

Pour l’État ivoirien, l’atteinte de cet objectif passe par la mise en œuvre d’un système agroforestier qui permet d’associer aux cacaoyers la culture des arbres. Cette pratique culturale transforme le paysage en le rendant plus résilient à la sécheresse et aux changements climatiques. De plus, l’introduction d’agroforesterie dans une plantation de cacao change la courbe de rendement du cacaoyer et contribue à l’amélioration des conditions de vie du paysan. Pour soutenir la mise en œuvre de cette initiative, le Conseil du café cacao (CCC), par exemple, va introduire 60 millions de plants d’essences forestières en milieu rural d’ici à 2024.

Et d’ici à 2023, le pays veut mettre fin à la déforestation causée par l’agriculture. Il s’est aussi lancé dans le reboisement à haute intensité. Les résultats du dernier inventaire forestier et faunique national indiquent une couverture forestière de 2,97 millions d’hectares en mars 2021. Ce qui équivaut à 9,2% de couverture forestière contre plus de 20% dans les années 1960. En vue d’inverser cette tendance de la déforestation, la Côte d’Ivoire a opté pour une nouvelle politique forestière en mai 2018 dont l’objectif est de porter la couverture forestière à au moins 20% du territoire national d’ici à l’horizon 2030, soit un accroissement de 3 millions d’hectares de forêt tout en maintenant intact l’existant.

L’opération « 1 jour 1 million d’arbres » lancée le 15 novembre 2019 et celle baptisée « 1 jour 5 millions d’arbres », engagée le 25 juillet 2020, ont permis de planter respectivement 1,17 million et près de 6,5 millions arbres.

 

L’enjeu de la Grande muraille verte

Le bilan partiel de l’opération « Un jour 50 millions d’arbres » démarrée le 1er juin 2021, et qui s’est déroulée sans interruption sur l’ensemble des régions et des départements de la Côte d’Ivoire, a relevé que 28,5 millions d’arbres avaient été produits et plantés à fin octobre 2021.  

Plus généralement, la désertification, au-delà des enjeux liés à la sécheresse et à la restauration des terres, soulève des questions de migrations internationales, de régimes fonciers, ou encore de genre. Afin d’aborder de manière transverse ces thématiques, la COP15 mobilisera des États et des grandes organisations internationales, des entreprises, des instituts de recherche et la société civile.

Séance de travail entre le président du Niger, Mohamed Bazoum (au centre, de face) et le secrétaire exécutif de la CNULCD, Ibrahima Thiaw (à gauche).

 

Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la CNULCD, rappelle l’enjeu : « Nous ne pouvons pas arrêter la crise climatique aujourd’hui, la perte de biodiversité demain et la dégradation des terres après-demain. »

L’Afrique ne part pas de zéro. Ainsi, la Grande Muraille verte, vise à restaurer, d’ici à 2030, 100 millions d’hectares de terres dégradées dans les onze pays de la bande soudano-sahélienne. Elle permettra de « séquestrer » 250 millions de tonnes de carbone et de créer 10 millions d’emplois verts.

La COP15 permettra de voir les effets de l’accélération de ce chantier de la Grande muraille verte, décidée à Paris en janvier 2021, lors de la quatrième édition du One Planet Summit à Paris en janvier 2021, durant lequel plusieurs bailleurs internationaux ont promis de mobiliser 16 milliards d’euros sur les cinq prochaines années. En février 2022, l’Union européenne a également promulgué une initiative « protéïnes végétales », afin de développer ces cultures durables en Afrique.

 

@NA

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.