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Entretien

Sara Sabry, première Africaine astronaute

Sara Sabry, première Africaine astronaute
  • Publiédécembre 8, 2022

Originaire d’Égypte, Sara Sabry est la première africaine astronaute et première femme arabe à se rendre dans l’espace. L’ingénieure a été sélectionnée pour cette mission par Space for Humanity (S4H). L’ambassadrice de la Journée de la femme digitale, à l’enthousiasme communicatif, nous fait part de son parcours et de ses projets.

 

Vous êtes la première ressortissante égyptienne à se rendre dans l’espace, grâce à Blue Origin de Jeff Bezos. Comment la connexion avec cette structure s’est-elle passée ?

Space for Humanity (S4H) est une organisation à but non lucratif qui vise à démocratiser l’accès à l’espace pour tous. S4H sélectionne des astronautes citoyens en fonction de leur expérience de leadership et de leur potentiel d’impact mondial. Et je suis très honorée d’avoir été sélectionnée parmi 3000 à 7000 candidats qualifiés à travers le monde, pour mettre expérience au profit de la vie sur Terre. Je suis la première astronaute égyptienne au monde voire la première femme africaine, la première femme arabe dans l’espace.

 

Dans le cadre de la mission N-22, la nouvelle fusée suborbitale Shepherd a décollé le 4 août du site de lancement de l’entreprise, situé dans un désert, à l’ouest du Texas. Vous faisiez partie des six passagers de cette mission spatiale, quelles sont vos impressions après ce voyage si particulier ? 

Voir la Terre depuis l’espace a été l’expérience la plus profonde de ma vie. Au moment du décollage, il y a un reflet de feu sur le hublot, on sent la fusée bouger sous soi, on regarde le ciel passer du bleu au violet puis au noir et soudain, on est dans l’espace. Ce repère visuel est la seule chose qui nous indique que nous avons quitté la Terre. Je pense que le cerveau humain a du mal à traiter une telle vue dans la vie réelle. Et si vous y réfléchissez, cela est logique car nous n’avons pas évolué biologiquement pour la voir ainsi de nos propres yeux !

Depuis mon retour de l’espace, je travaille sur la résolution de certains des plus gros problèmes auxquels nous sommes actuellement confrontés et j’annoncerai très prochainement un projet qui pourrait avoir un impact significatif en Égypte et en Afrique.

Nous vivons nos vies en utilisant les termes « Espace » et « Terre » comme deux choses distinctes, alors qu’en réalité ils appartiennent l’un à l’autre, tout est interconnecté. Cette expérience m’a permis d’établir une connexion personnelle nouvelle et bouleversante avec l’univers. Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie chez moi et tout avait un sens. 

Imaginez que vous regardez le ciel nocturne, que vous voyez toutes ces étoiles briller au loin. « Comment vous sentez-vous à ce moment-là ? Quelles questions vous posez-vous ? Tout cela vous semble-t-il énorme ? » Avant d’aller dans l’espace, j’avais l’habitude de lever les yeux et de m’émerveiller de l’immensité du ciel et de l’espace. 

Tout est différent maintenant. Quand je regarde le ciel, il n’est plus le même, il n’est plus inaccessible ou immense. Il semble atteignable, gérable et réel. La Terre n’est pas aussi grande que nous le pensons, et l’univers est d’une beauté inimaginable.

L’échelle globale a changé pour moi, de ce que nous sommes capables de voir avec nos yeux et de ce que nous ne pouvons pas voir. Cela a touché à peu près tous les aspects de ma vie. Je comprends maintenant et je connais l’ampleur de l’impact que l’on peut avoir en tant qu’individu, et tout a un sens différent. Je sais maintenant qu’il y a très peu de choses qui ne sont pas du domaine du possible, et cela me donne de l’espoir tous les jours.

C’est pourquoi vous avez fondé une organisation à but non lucratif ?

En effet, je suis directrice générale d’organisation, Deep Space Initiative, qui vise à accroître l’accessibilité dans le domaine spatial, en offrant des opportunités de recherche et d’éducation. À côté de cela, je travaille avec Spaceflight Institute, qui vise à fournir une formation commerciale d’astronautes pour soutenir l’augmentation des opportunités de vols spatiaux dans le monde. Enfin, je suis la cofondatrice du programme Space Ambassador de l’Agence spatiale égyptienne, qui vise à accroître l’exposition du domaine en Égypte et à faire connaître les opportunités fantastiques qui existent dans le domaine. 

 

Grâce à cette Fondation, vous avez ainsi une connaissance dynamique de l’espace, ce voyage serait-il pour vous une consécration dans votre carrière d’ingénieure ?

Plus je passe de temps à travailler dans le domaine spatial, plus je réalise le besoin de faire avancer toute l’humanité pour pouvoir comprendre notre univers. Bien sûr, je portais l’envie d’aller dans l’espace, et je me suis préparée dans ce sens lors de ma formation d’astronaute, tout en travaillant sur mes autres projets et entreprises. Mais au-delà de cela, mon but premier est que l’humanité devienne une espèce multi-planétaire.

L'équipage de la mission N-22 (photo extraite du compte Instagram de Sara Sabry)
L’équipage de la mission N-22 (photo extraite du compte Instagram de Sara Sabry)

 

De la même manière que j’aborde certains problèmes en tant qu’ingénieure, je considère que rendre l’espace accessible peut être fait, et je suis prête à faire tout ce qu’il faut pour que cela se produise. Je crois que je suis suffisamment capable et motivée pour changer le monde, et je sais que j’atteindrai Mars un jour !

 

Sur votre page Instagram vous écriviez : « Je suis encore plus honoré de représenter mon pays en faisant l’histoire – pour les Égyptiens, pour les femmes africaines et pour les Arabes. » Pourquoi être si fière d’avoir vécu cette expérience ? 

Être la première femme africaine, la première femme arabe, et la première personne d’Égypte à aller dans l’espace signifie être l’image de la possibilité. En grandissant, je ne me suis jamais vue représentée par qui que ce soit dans le domaine spatial. On m’a toujours dit de ne pas poursuivre mes passions parce que ce que je voulais faire n’avait jamais été fait, alors pourquoi serais-je différente ?

On m’a dit de ne pas étudier l’ingénierie parce que ce serait trop difficile pour une personne comme moi. Lorsqu’il s’agissait du domaine de l’ingénierie biomédicale, on m’a dit que je ne trouverais aucune opportunité dans mon pays.

Nous vivons nos vies en utilisant les termes « Espace » et « Terre » comme deux choses distinctes, alors qu’en réalité ils appartiennent l’un à l’autre, tout est interconnecté.

Et plus récemment, on m’a dit que m’intéresser au domaine spatial était juste « une perte de temps ». Ce qui est à la fois drôle et triste, c’est qu’après tous ces commentaires, la conclusion était toujours que cela n’aurait pas d’importance au bout du compte, puisque je finirai par « trouver un mari sur lequel m’appuyer » à l’avenir… 

Avec mon vol spatial, je suis ici pour montrer à toutes les femmes à qui l’on a dit les mêmes choses négatives, qui n’ont eu que peu ou pas de soutien dans leur parcours universitaire ou professionnel, que c’est possible, et qu’elles ont leur place ici aussi. 

 

Vous avez une licence en Génie mécanique à l’Université américaine du Caire et une maîtrise en génie biomédical à l’Université polytechnique italienne de Milan, vous préparez actuellement un doctorat en Sciences aérospatiales avec un accent sur la conception de combinaisons spatiales. Visiblement, vous avez de nouveaux objectifs de carrière…

Depuis mon retour de l’espace, je travaille sur la résolution de certains des plus gros problèmes auxquels nous sommes actuellement confrontés et j’annoncerai très prochainement un projet qui pourrait avoir un impact significatif en Égypte et en Afrique. Au cours des deux dernières années, j’ai suivi une formation d’astronaute indépendant. Les enseignements ressemblent au type de formation que les astronautes de la NASA et de l’ESA doivent suivre avant d’aller dans l’espace. Par exemple, j’ai suivi une simulation analogique de mission lunaire – j’étais la première femme égyptienne – à LunAres en Pologne en tant que médecin de l’équipage. J’ai subi un entraînement physique (yoga, plongée, arts martiaux…). J’ai suivi un programme de qualification en recherche suborbitale du projet PoSSUM ; là encore, j’étais la première femme égyptienne.

En dehors de tout cela, je prévois de continuer ma formation personnelle d’astronaute et de travailler pour atteindre l’orbite (LEO), la Lune et éventuellement Mars.

 

Vous êtes invitée par la JFD (Journée de la femme digitale) dont la fondatrice est Delphine Remy-Boutang, à l’occasion du décollage de la mission Artémis 1.

Le lancement d’Artémis 1 est un événement historique, nous retournons enfin sur la lune, et voir la fusée qui pourrait emmener le prochain homme et la première femme sur la lune est énorme. 

La Journée de la femme digitale a donné l’opportunité aux deux brillantes lauréates Junior du prix les Margaret 2022, de prendre part digitalement au décollage de la fusée qui va orbiter autour de la lune pendant 25 jours avant de retourner sur Terre. Ce geste peut être jugé symbolique mais il représente en réalité une source d’inspiration incroyable pour toutes les jeunes filles qui verront qu’il est possible pour elles de contribuer à changer le monde. C’est toute la mission de la JFD, qui depuis plus de dix ans met en lumière des femmes et jeunes filles en Europe et en Afrique, à travers son prix les Margaret, en hommage à Margaret Hamilton.

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Page Instagram de Sara Sabry
Page Instagram de Sara Sabry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sara Sabry entame des études Génie Mécanique à l’Université américaine du Caire puis obtient une maîtrise en Génie biomédical à l’Université polytechnique de Milan, en Italie après un BAC scientifique. La surdouée prépare actuellement un Doctorat en aérospatiale à l’Université du Dakota du Nord. Son travail de recherches porte sur l’ingénierie de la prochaine génération de combinaisons spatiales planétaires au Human Spaceflight Lab, financé par la NASA.

 

@NA

Écrit par
 Aïssatou Diamanka-Besland

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