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Entretien

L’IA profitera à l’Afrique plus qu’à tout autre continent

L’IA profitera à l’Afrique plus qu’à tout autre continent
  • Publiénovembre 22, 2023

L’Afrique peut être un acteur majeur de l’économie numérique mondiale, estime Lacina Koné, directeur général de l’alliance Smart Africa. Il décrit les trois facteurs qui, à son sens, façonneront l’avenir numérique de l’Afrique.

 

 

À la tête de Smart Africa depuis 2019, Lacina Koné identifie trois facteurs importants qui façonneront l’avenir numérique de l’Afrique. Le premier est l’abondance de jeunes talents sur le continent. « L’Afrique est le continent le plus jeune du monde et, avec l’amélioration actuelle de la qualité de l’éducation en conjonction avec les compétences numériques, l’Afrique pourrait devenir le continent avec la main-d’œuvre la plus ingénieuse », nous confie-t-il. 

Les établissements de formation axés sur la technologie se multiplient sur le continent, notamment au Rwanda et au Kenya, et la formation s’améliore. Dans le même temps, des entreprises technologiques mondiales telles que Google, Meta, IBM et Microsoft s’installent sur le continent, offrant ainsi la possibilité de cultiver et de développer les talents des jeunes qui sortent des établissements d’enseignement.

« Sur les 1,4 milliard d’habitants que compte l’Afrique, seuls 43 % sont connectés, mais 30 % de la population vit dans des zones où l’infrastructure n’est pas utilisée. Comment y remédier ? »

Et comme les entreprises occidentales cherchent à externaliser les emplois d’ingénierie numérique, l’Afrique pourrait devenir une source prête à l’emploi, tout comme l’Inde l’a été pour les opérations de back-office lors de la précédente vague d’externalisation. Lacina Koné est convaincu que la combinaison de ces facteurs fera de l’Afrique une force avec laquelle il faudra compter en matière d’innovation numérique dans un avenir assez proche.

L’autre facteur important, aux yeux de Lacina Koné, qui aura une influence significative sur le continent est la manière dont les données du continent peuvent être incorporées dans les ensembles de données d’intelligence artificielle (IA) pour les rendre plus équitables et plus représentatives.

Alors que la révolution de l’IA a pris de l’ampleur, des inquiétudes s’’expriment quant à son manque de représentativité et à sa propension à produire des résultats axés sur l’Occident. Le dirigeant de Smart Africa estime que cette préoccupation pourrait bientôt être résolue, à mesure que les efforts visant à exploiter les données africaines deviennent plus fructueux. « L’aube de la transformation numérique est sur le point de changer la donne », déclare-t-il. « Au cours de l’année à venir, nous assisterons à la génération d’ensembles de données africaines qui nous permettront de renforcer la représentation africaine et de veiller à ce que nous ne soyons pas laissés pour compte dans la révolution de l’IA. »

 

Une politique numérique adaptée

Il en veut pour preuve le déploiement de programmes d’e-citoyenneté au Kenya, au Ghana, au Bénin, au Rwanda, au Sénégal et dans d’autres pays. Ces programmes mettront en ligne des milliers de services gouvernementaux et produiront des quantités de données, car les utilisateurs laisseront leurs empreintes numériques en accédant à ces services. Il reste encore beaucoup à faire pour résoudre les problèmes liés à la propriété, à la confidentialité et à la protection des données, mais le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) constitue un bon point de référence.

D’un point de vue africain, une autre initiative utile est le projet Masakhane, qui vise à stimuler la recherche et à améliorer le traitement du langage naturel (NLP) pour les langues africaines. Lacina Koné fait la distinction entre les grandes entreprises technologiques qui exploitent les données pour cibler leur publicité à partir de ce type de données et les institutions qui ont une fonction de service public, par exemple pour améliorer la planification et l’élaboration des politiques et pour construire un avenir numérique plus inclusif.

Troisième pilier favorable à l’Afrique : la cybersécurité. En effet, un corollaire nécessaire à l’explosion imminente des données disponibles sur les Africains est la question de la cybersécurité, le dernier pied du trépied de Lacina Koné. « À mesure que l’Afrique se numérise, le domaine de la cybersécurité offre d’immenses possibilités. »

Selon Lacina Koné, la numérisation constitue en quelque sorte une extension des frontières nationales et nécessite des mesures de sécurité correspondantes. Selon lui, si les entreprises sont désireuses de faire des affaires dans l’espace numérique africain, la cybersécurité laisse encore à désirer. L’« Afrique devra faire plus et collaborer davantage avec les leaders mondiaux en matière de cybersécurité », insiste-t-il.

Du point de vue des échanges et du commerce, les dernières années ont été dominées par l’opportunité de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine). Smart Africa constate-t-elle une certaine convergence en termes de politiques et de gouvernements nationaux en ce qui concerne le monde numérique ? Selon Lacina Koé, la mise en œuvre complète nécessitera l’harmonisation de toutes les politiques commerciales sur le continent, une tâche dans laquelle Smart Africa estime pouvoir jouer un rôle.

« Lorsque nous parlons de libre-échange, nous parlons de la libre circulation des personnes et des biens. Les personnes se déplacent avec leur carte d’identité numérique et les marchandises se déplacent également avec des références traçables ; nous devons donc soutenir les efforts du secrétariat de la ZLECAf. »

Ces efforts comprennent l’élaboration d’un protocole commercial numérique soumis à l’approbation des États membres. « Une fois approuvé, il obligera les États à travailler ensemble et permettra le développement d’un écosystème de commerce numérique en Afrique. Cela signifie le commerce électronique, les personnes se déplaçant avec leur carte d’identité numérique, la logistique, et cela devient le véritable véhicule pour la création d’un marché unique véritablement numérique », explique Lacina Koné.

 

Comment accroître l’utilisation

La mise en place d’une politique numérique appropriée nécessitera une approche cohérente du développement de l’infrastructure numérique. À cet égard, Smart Africa met en garde contre le fait qu’il existe quelques pièces mobiles que les décideurs politiques doivent réunir habilement. L’infrastructure publique numérique (IPN – identification numérique, systèmes de paiement et centres de données) doit être distinguée des biens publics numériques, qui sont les services publics offerts aux citoyens.

« Dans ce domaine, nous avons plusieurs initiatives, tandis que des gouvernements comme ceux du Ghana, du Rwanda et du Kenya font des progrès dans la fourniture de biens publics numériques – les services en ligne – aux citoyens. »

« L’Inde n’en serait pas là si elle n’avait pas lancé le système Aadhaar », affirme Lacina Koné. Il cite là le système d’identification biométrique indien, le plus important au monde, sachant que l’« identité numérique n’est qu’un élément parmi d’autres dont vous avez besoin ». L’investissement privé dans l’infrastructure numérique est également essentiel, car on ne peut pas compter sur les gouvernements pour construire et, plus important encore, pour gérer tout cela.

L’infrastructure n’est toutefois qu’une partie du problème qui entrave l’accès. Alors que l’on se concentre généralement sur l’extension de l’infrastructure pour la couverture, la question de l’utilisation est moins prise en compte, souligne Lacina Koné.  « Nous sommes confrontés à un problème plus vaste que celui de la couverture. Sur les 1,4 milliard d’habitants que compte l’Afrique, seuls 43 % sont connectés, mais 30 % de la population vit dans des zones où l’infrastructure n’est pas utilisée. Comment y remédier ? »

 

Des nouvelles positives

La réponse, selon Lacina Koné, est l’accessibilité financière. Avec des données et des appareils abordables et, souligne-t-il, davantage de contenu local et de cyberhygiène, ces 30 % pourraient être intégrés dans le monde numérique, ce qui porterait la connectivité du continent à 75 % d’ici à 2025.

Plus spécifiquement, l’accent devrait être mis sur les pays enclavés, qui sont souvent laissés à l’écart des initiatives visant à stimuler la connectivité. « Nous voulons parler des pays enclavés. Un pays peut être enclavé, mais lorsqu’il est relié à la terre, il n’est pas désavantagé par rapport aux autres pays. »

En fin de compte, L’Afrique peut-elle miser sur la technologie ? « Je crois que l’IA est une technologie qui profitera à l’Afrique plus qu’à tout autre continent dans le monde », affirme-t-il. Elle permettra notamment de corriger le déséquilibre en matière d’alphabétisation, en permettant à ceux qui n’ont pas les compétences actuellement nécessaires pour accéder à la technologie de le faire également. « Avec l’IA et le NLP, nos jeunes peuvent développer des applications qui peuvent être utilisées par des personnes qui ne sont pas allées à l’école, afin qu’elles puissent au moins utiliser la technologie. »

@AB

Écrit par
Omar Ben Yedder

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