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Entretien

Les femmes doivent reprendre leur place dans la Tech !

Les femmes doivent reprendre leur place dans la Tech !
  • Publiéjanvier 3, 2023

Delphine Remy-Boutang est fondatrice et dirigeante de la JFD, Journée de la femme digitale. Elle nous explique son engagement, notamment sa priorité vers la recherche de meilleurs financements pour les projets à impacts portés par les femmes.

 

Quels sont les objectifs de la Journée de la femme digitale ?

Depuis sa création en 2013, nous avons pour objectif d’augmenter la part des femmes dans les métiers de la Tech, à travers un évènement annuel mettant à l’honneur ces femmes et en les connectant. Dans ce monde où le numérique nous prend de vitesse, nous avons besoin d’une meilleure représentation des femmes pour mieux préparer l’avenir.

Lorsque j’ai fondé la JFD en 2013, personne ne parlait des femmes qui excellaient dans le digital ou des difficultés auxquelles étaient confrontées les femmes entrepreneures par rapport aux hommes, dans la recherche de financement, par exemple. Je me retrouvais la seule femme sur des panels pour parler de transformation digitale et on me regardait souvent avec de grands yeux lorsque j’abordais les déséquilibres entre les femmes et les hommes ou le manque d’inclusion dans le monde de la Tech.

Selon Illuminates Ventures, les entreprises technologiques dirigées par des femmes ont un retour sur investissement supérieur de 35 % à celui des entreprises dirigées par des hommes. Identifier les obstacles causant ce déséquilibre et y trouver des solutions pérennes deviennent une nécessité impérieuse.

Je suis inspirée au quotidien par toutes ces femmes qui participent à changer le monde, de par leur parcours et leur pugnacité. Je pense notamment à mes sœurs de cœur, ces 60 femmes africaines et européennes qu’illustre notre ouvrage Elles changent le monde ; elles déconstruisent les stéréotypes de genre et ouvrent la voie de la réussite au plus grand nombre et notamment aux futures générations.

 

Allyah Semiai a reçu le prix des Margaret Junior 2022, pourquoi avoir choisi d’appuyer son projet d’application de prévention ?

L’un des objectifs du prix les Margaret Junior est de dénicher des pépites qui portent une idée ou un projet qui répond à de grands enjeux de société et de les faire émerger comme futures championnes de la Tech.

Notre jury s’intéresse particulièrement à deux types de profil : l’entrepreneure en herbe et la créative. Vous citez Allyah Semiai, mais je mentionnerai Malebina Tsotsotso, lauréate Afrique 2022 ; elles incarnent brillamment ces profils recherchés. À seulement 14 et 15 ans, elles ont su s’appuyer sur leurs expériences et en tirer un outil technologique salvateur pour leurs pairs. Allyah a créé une bulle d’amour qui redonne confiance aux victimes de harcèlement scolaire, et elle offre aux enfants défavorisés un accès à une éducation de qualité́.

Malebina Tsotsotso
Malebina Tsotsotso.

Autant de problématiques sociétales d’actualité, amplifiées par l’utilisation de la technologie. Leur démarche répond aux mots d’ordre de ce prix : oser et prendre des paris technologiques qui changent le monde. Et le jury ne s’y est pas trompé, depuis leur victoire le 8 mars 2022, Allyah et Malebina n’ont cessé de saisir les opportunités pour faire grandir leur projet respectif. Allyah a notamment, via la JFD, pris la parole lors de nombreux évènements de premier plan tels que Go Entrepreneur, Tedx Youth Saclay et VivaTech. Quant à Malebina, elle a pu présenter son projet à l’ambassadeur de l’Afrique du Sud en France et elle a intégré la prestigieuse African Leadership Academy, grâce à la bourse d’études que nous lui avons offerte.

 

Vous œuvrez beaucoup pour la promotion, l’autonomisation mais surtout pour encourager les femmes leaders dans le digital ; pourquoi est-il important selon vous que les femmes y prennent plus de pouvoir?

Nous avons vu, durant la pandémie, la place essentielle qu’occupe le digital. Celui-ci nous offre des solutions concrètes et la crise sanitaire a mis en exergue l’importance de ce secteur dans le développement et le maintien de la continuité d’une activité économique. Dans cette course à l’innovation, en Afrique comme ailleurs, les femmes sont en première ligne ; elles représentent 27% des entrepreneurs du continent. Cependant, elles lèvent beaucoup moins de fonds que leurs homologues masculins et elles ne représentent que 30 % des professionnels du secteur technologique en Afrique, selon l’Unesco. Ce, malgré l’effervescence du secteur. En 2022, les femmes africaines ne sont arrivées à capter que 15 % des fonds pour des équipes fondatrices mixtes et seulement 1 % du financement (146 millions de dollars) pour les femmes fondatrices ou les équipes fondatrices exclusivement féminines, selon TechPointAfrica.

Alors, il est urgent d’agir ! Les femmes étaient aux avant-postes de la Tech, qu’on appelait informatique dans les années 1970, elles étaient aux commandes des premiers ordinateurs, et doivent reconquérir leur place. Elles doivent se positionner en dignes héritières de Margaret Hamilton, qui est à l’origine du logiciel de navigation du programme Apollo ayant permis à l’homme de faire ses premiers pas sur la Lune. Les femmes ne relèveront leurs défis que si elles se placent au cœur de la révolution digitale. C’est là que se situe toute l’essence de mon engagement, duquel est née la Journée de la Femme Digitale.

 

Vous avez invité Sara Sabry, première Égyptienne et africaine à participer à un voyage spatial pour expliquer sa démarche et ses ambitions et surtout pour rencontrer la Margaret Junior Europe 2022 qui a elle-même participé au vol de la mission Artemis 1 virtuellement. Pourquoi cette connexion est-elle importante pour vous ?

La JFD s’inscrit dans une dynamique globale par la mise en relation des femmes digitales africaines et européennes. Elle met à l’honneur et connecte les femmes qui s’emploient à révolutionner le monde grâce au digital avec pour ambition d’inspirer, d’encourager les femmes à se relever et à innover. La force du collectif ! 

Allyah Semiai

Depuis 2013, nous construisons un réseau puissant paneuropéen de femmes qui contribuent à changer le monde comme Sara Sabry, suivant l’adage : « Seules, on va vite, mais ensemble on va loin. »

Nous mettons en lumière les rôles modèles pour inspirer les générations futures. Le JFD Club, fondé en 2016 à Paris, est un réseau de plus de 500 femmes influentes qui se retrouvent tout au long de l’année pour réseauter. Nous avons également de nombreux ambassadeurs dans différents pays africains : Edith Brou en Côte d’Ivoire, Arielle Kitio au Cameroun, Joséphine Ndeze en RD Congo, etc. Je reste persuadée que chacun à son niveau a le pouvoir de changer le monde et d’agir pour un monde meilleur, plus juste et plus créatif.

Sara Sabry, première Africaine astronaute

Vous avez aussi ouvert une antenne en Afrique, à Libreville

En effet, depuis avril 2021, date d’ouverture de notre première antenne en Afrique à Libreville, JFD Gabon, nous avons formé plus de 300 femmes gabonaises aux métiers du digital. Nous accompagnons quotidiennement des femmes dans la formalisation de leur start-up et les aidons à croitre. À travers une promotion 2023 « Invest in Her », cette année, nous avons fait le choix de placer la question de l’investissement dans les projets portés par les femmes de la Tech et de l’innovation au cœur de nos débats. Ce sera le fil rouge de la promotion 2022-2023 qui réunira femmes dirigeantes, investisseurs, entrepreneures, conseils et médias pour améliorer et favoriser l’investissement dédié aux femmes de la Tech.

Cette année, je me concentrerai sur l’accès au financement pour les femmes entrepreneures, constatant l’écart de financement entre femmes et hommes.

 

Pourquoi ce choix ?

Si l’on se réfère à l’Unesco, le financement des start-up dirigées par une femme ne représentait qu’environ 7% des investissements technologiques de 2021 en Afrique. En 2019 et 2020, les chiffres étaient beaucoup plus bas, soit 4 % et 2 %. En 2020, seules 10% des start-up fondées par des femmes en Afrique de l’Ouest avaient réussi à lever 1 million de dollars. Alors que selon une étude 2019 de la société́ de capital-risque Illuminates Ventures, les entreprises technologiques dirigées par des femmes ont un retour sur investissement supérieur de 35 % à celui des entreprises dirigées par des hommes. Identifier les obstacles causant ce déséquilibre et y trouver des solutions pérennes deviennent une nécessité impérieuse si l’on mesure le potentiel de l’entrepreneuriat.

 

Cérémonie des Margaret 2022. Photo JFD/François Goize
Cérémonie des Margaret 2022. Photo JFD/François Goize

 

À ce propos, la Journée de la femme digitale lance l’appel à candidatures pour la promotion 2023 du prix Margaret.

Il s’achève le 9 janvier 2023. Il s’adresse aux femmes qui entreprennent ou entreprennent ainsi qu’aux jeunes filles (de 7 à 18 ans) porteuses d’un projet Tech qui peut changer le monde.

Les candidatures se font directement sur notre site www.joinjfd.com. L’annonce des lauréates est prévue le 17 avril à Paris, sous le haut patronage du président de la République française. À travers notre programme d’accélération de croissance, avec nos partenaires tels que le groupe Eramet, la French Tech, France Digitale, Mastercard, La Poste, ou encore EY, nous donnons l’opportunité́ aux femmes détentrices de projet Tech de libérer leur potentiel, en mettant à leur disposition des leviers appropriés : coaching, mentoring, outils numériques, une exposition médiatique d’une valeur de 1 million d’euros pendant un an, des financements pour les entrepreneures et une bourse d’études de 1 000 euros pour les juniors.

 

Un message à lancer ?

J’encourage toutes ces femmes qui s’en sentent prêtes à oser. Oser mettre leur idée en lumière, la partager et à croire en elles. Il suffit d’une seule femme pour contribuer à un monde meilleur comme Margaret Hamilton, à l’origine du premier pas de l’Homme sur la lune. Et comme elle disait : « N’écoutez pas les soi-disant experts qui vous diront que c’est impossible. N’ayez pas peur ! »

 

De gauche à droite, Delphine Remy-Boutang (à gauche), Allyah Semiai, lauréate du prix les Margaret Junior 2022 et l’astronaute égyptienne Sara Sabry. Photo JFD/François Tancré.
De gauche à droite, Delphine Remy-Boutang (à gauche), Allyah Semiai, lauréate du prix Margaret Junior Europe 2022 et l’astronaute égyptienne, ambassadrice de la JFD, Sara Sabry. Photo JFD/François Tancré.

 

Delphine Remy-Boutang, fondatrice et dirigeante de la Journée de la femme digitale (JFD) a œuvré durant 14 ans chez IBM, une entreprise pionnière en innovation. Puis elle a ressenti le besoin de s’affranchir de ce grand groupe, afin de réfléchir à une manière plus concrète de matérialiser ses engagements et ses convictions.

Elle a pu le faire en créant en 2012 à Londres, sa propre structure The Bureau, société de communication d’abord à Londres puis à Paris. En parallèle, elle fonde en 2013 la première journée dédiée aux femmes dans la Tech. Dix ans après, la structure continue d’accélérer des femmes ambitieuses de la Tech en Europe et en Afrique et d’être soutenues par les plus hautes instances. Le prix les Margaret est d’ailleurs placé sous le haut patronage du président de la République française.

@AB

Écrit par
Aïssatou Diamanka-Besland

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