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Entretien

Les États-Unis ont leurs propres raisons, histoire, et intérêt pour l’Afrique

Les États-Unis ont leurs propres raisons, histoire, et intérêt pour l’Afrique
  • Publiénovembre 30, 2022

Florie Liser dirige le Corporate Council on Africa, basé à Washington, depuis 2017. Au cours de sa carrière au département d’État, où elle a occupé le poste de représentante commerciale des États-Unis pour l’Afrique, elle a contribué à la structuration et à la mise en œuvre de la loi américaine sur la croissance et l’opportunité en Afrique (AGOA). Elle livre son sentiment à l’approche du Sommet États-Unis Afrique.

 

Qu’attendre du Sommet des leaders américains et africains ?

Nous voyons beaucoup d’excitations à l’approche de ce rendez-vous. Ce que j’espère, c’est que nous parviendrons à une structure et un cadre sur lesquels nous pourrons nous appuyer. J’apprécie certains des propos tenus par le secrétaire d’État Antony Blinken lors de sa récente visite en Afrique du Sud. Il a souligné que l’intérêt des États-Unis pour l’Afrique ne consiste pas à contrer qui que ce soit. Nous avons nos propres raisons, notre propre histoire, notre propre intérêt pour l’Afrique. Il a également reconnu que les Africains ont le droit d’avoir les partenaires qu’ils souhaitent.

L’expérience nous montre que les plus grands textes législatifs en faveur de l’Afrique ont été soutenus de manière bipartite, à la fois par le Sénat et la Chambre des représentants, et par les démocrates et les républicains. Ce n’est pas le cas pour toutes les régions du monde.

Il ne s’agit pas d’un jeu géopolitique où ils doivent nous choisir contre tel ou tel autre ; l’Afrique est un partenaire géostratégique important des États-Unis. On dit que les États-Unis ne sont pas en Afrique, mais cette perception n’est pas exacte, car de nombreuses entreprises américaines sont présentes en Afrique et ont investi en Afrique.

Ont-elles fait autant que nous le voudrions ? Les États-Unis ont-ils pleinement tenu la promesse de l’engagement américano-africain ?  Non, nous n’en sommes pas encore là, mais il est également faux de dire que les États-Unis ne sont pas en Afrique ! Des entreprises membres du Corporate Council on Africa qui sont en Afrique depuis soixante ou cent ans. Elles sont là, elles se sont engagées, elles ont investi et elles investissent encore.

La pandémie a changé le monde à bien des égards, notamment en ce qui concerne les chaînes d’approvisionnement. C’est le moment idéal pour les entreprises américaines et du monde entier de considérer l’Afrique comme la plateforme la plus récente et peut-être la plus sûre et la plus résiliente pour diversifier leurs sources d’approvisionnement et fabriquer sur place en Afrique. Si l’on considère des pays comme la RD Congo, qui possède 60 % de certains des minéraux essentiels du monde, pourquoi ces produits devraient-ils être expédiés hors d’Afrique pour fabriquer des batteries destinées aux véhicules électriques qui représentent l’avenir des transports ? L’Afrique serait l’endroit idéal pour investir dans les minéraux stratégiques et produire les batteries sur le continent.

Nous allons en entendre parler de certains accords et projets importants en cours de lancement. Je m’attends à des annonces intéressantes, au cours de ce sommet, par le gouvernement américain.

 

L’AGOA arrive à son terme en 2025. Une annonce sur son avenir pourrait-elle être faite lors du sommet ?

Je ne pense pas que cela se produira lors de ce sommet. L’ambassadrice Katherine Tai, représentante américaine au commerce, organise une réunion des ministres du commerce le 13 décembre, et l’AGOA sera au centre des discussions : comment l’étendre et aller au-delà de l’accord actuel, limité actuellement au seul commerce des marchandises ? Je suis une farouche partisane de l’AGOA, mais nous avons également besoin de plus que cet accord. Beaucoup de choses ont changé depuis que nous avons lancé l’AGOA en 2000. La question à poser est la suivante : « Comment accroître les investissements ? » Car il ne s’agit pas seulement de commerce : il s’agit aussi d’investissements. Les Africains à qui je parle sont très attachés à l’investissement comme au commerce.

 

Rosa Whitaker, assistante du représentant américain au commerce pour l’Afrique, a récemment proposé une initiative visant à accorder des allégements fiscaux aux entreprises américaines pour stimuler les investissements en Afrique. Sur quelles initiatives pensez-vous que les États-Unis peuvent travailler ?

Accorder des allégements fiscaux aux entreprises américaines est une question difficile. Pourtant, j’aime l’idée, et sa proposition à ce sujet. Je ne sais pas si le Congrès le fera ou non. J’aime aussi l’idée d’étendre l’AGOA au commerce des services. Je ne sais pas comment les partenaires s’y prendraient, mais il est important de s’y pencher.

Je me pose les questions suivantes : « Pourquoi un programme commercial entre les États-Unis et l’Afrique ne devrait-il couvrir que l’Afrique subsaharienne ?  Pourquoi n’est-ce pas le bon moment pour dire que nous nous intéressons à l’ensemble du continent ? »

J’ai également suggéré que l’un des critères d’éligibilité à l’AGOA devrait peut-être être que les pays admis dans l’accord mettent en œuvre les dispositions de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pourquoi ferions-nous cela ? Parce que nous savons que le commerce intra-africain est important, qu’il devrait beaucoup se développer. Nous, les États-Unis, devrions donc, dans le cadre de notre propre programme commercial avec l’Afrique, aider les Africains à faire ce qu’ils doivent faire entre eux. S’ils parviennent à réduire les obstacles au commerce entre eux, cela les rendra également plus compétitifs pour le commerce mondial.

 

Comment l’Afrique peut-elle faire appel aux grands investisseurs institutionnels américains tels que les fonds de pension ?

Lors de notre sommet commercial USA-Afrique à Marrakech, en juillet, nous avons pu inviter six investisseurs institutionnels de fonds de pension américains. L’une des choses que nous avons apprises est que la plupart des fonds de pension, et la plupart des investisseurs institutionnels en général, n’ont pas de portefeuille Afrique : ils ont un portefeuille marchés émergents.

Donc, il faut les amener à considérer l’Afrique par rapport à l’Asie, l’Amérique latine, l’Europe du Sud, etc. Cela demande beaucoup de travail pour les amener à considérer le continent et à s’y intéresser. Il faut ensuite qu’ils soient capables de convaincre leurs conseils d’administration et à leurs comités d’investissement.

L’autre aspect est que les investisseurs institutionnels, du moins la plupart d’entre eux, n’investissent pas dans des projets ; ils investissent plutôt dans des fonds. Nous devons donc créer des véhicules dans lesquels ils seront à l’aise pour investir. Nous pourrons alors dire que nous avons vu des investissements fructueux de la part du capital-investissement et du capital-risque. Il y a aussi les particuliers fortunés, les familles, qui investissent d’une manière différente et qui sont aussi des groupes intéressants à approcher. Il est évident que pour combler le déficit d’infrastructures de 130 milliards de dollars en Afrique, il faut des approches différentes.

Pourtant, nous voyons beaucoup trop de capitaux disponibles et je suis toujours surpris par les personnes qui disent qu’il n’y a pas assez de capitaux investis en Afrique par manque de capitaux. De leur côté, les investisseurs nous disent qu’ils ont du capital, mais qu’ils ne trouvent pas de projets bancables. Les deux parties de cette proposition sont vraies, parce qu’il est clair qu’il y a beaucoup de projets en Afrique qui ont besoin de financement, mais je vois aussi que les investisseurs recherchent certaines choses et opèrent de certaines manières. Il faut donc les rencontrer, tisser des liens et travailler avec eux.

 

Les États-Unis viennent de terminer leurs élections de mi-mandat. Les changements politiques affectent-ils la politique africaine ou s’agit-il d’une question bipartisane ?

Je ne pense pas que les élections de mi-mandat aux États-Unis soient focalisées sur l’étranger. Il n’y a pas de raisons pour qu’une région du monde ait l’impression que les choses vont changer pour elle à cause des élections de mi-mandat. Dans le cas de l’Afrique, l’expérience nous montre que les plus grands textes législatifs en faveur de l’Afrique ont été soutenus de manière bipartite, à la fois par le Sénat et la Chambre des représentants, et par les démocrates et les républicains. Ce n’est pas le cas pour toutes les régions du monde. L’Afrique a eu la chance de bénéficier de ce type de soutien bipartisan.

@NA

 

Écrit par
Omar Ben Yedder

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