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Entretien

Les capitaux africains sont essentiels aux infrastructures

Les capitaux africains sont essentiels aux infrastructures
  • Publiéavril 9, 2024

Anas Charafi, d’Africa50, estime que l’exploitation des capitaux institutionnels issus d’Afrique peut aider les pays africains à accélérer le déploiement des énergies renouvelables.

 

Les projets d’infrastructure en Afrique, en particulier dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, dépendent depuis longtemps de financements provenant de l’extérieur du continent. Les institutions de financement du développement, principalement des pays européens, restent des acteurs clés dans la fourniture de capitaux pour les parcs éoliens et solaires d’Afrique.

Cependant, Anas Charafi, directeur principal des investissements de la plateforme d’investissement dans les infrastructures Africa50, estime que le continent peut accélérer le déploiement des énergies renouvelables en exploitant ses propres ressources financières.

« On trouve pas mal de capitaux disponibles au niveau mondial pour les projets verts. Il s’agit simplement pour l’Afrique de s’en emparer. »

« Nous devons absolument trouver de nouvelles sources de capitaux », déclare-t-il. « L’un des domaines les plus importants est la mobilisation de fonds locaux, en particulier auprès des investisseurs institutionnels. Il existe en Afrique une réserve de capitaux assez importante qui pourrait servir à financer des projets d’infrastructure. »

Africa50 appartient à 31 pays africains, ainsi qu’à la Banque africaine de développement, à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et à la Bank Al-Maghrib du Maroc. La plateforme a franchi une étape importante dans ses efforts pour mobiliser des capitaux africains à la fin de l’année dernière, lorsqu’elle a annoncé que son Fonds d’accélération des infrastructures avait obtenu des engagements de la part de 16 investisseurs institutionnels africains. Parmi ceux-ci figurent certains des principaux fonds de pension et compagnies d’assurances du continent.

« Nous sommes très fiers d’avoir réussi à lancer ce fonds dédié aux infrastructures en Afrique qui, pour la première fois, a mobilisé des capitaux provenant essentiellement d’investisseurs institutionnels locaux », se félicite Anas. Chafari. À ce jour, le fonds a obtenu 225,5 millions de dollars de la part de ses 16 investisseurs africains, ainsi que de la Société financière internationale.

Un champ d'éoliennes géré par le groupe marocain Nareva.
Un champ d’éoliennes géré par le groupe marocain Nareva.

 

Dans de nombreux pays africains, les actifs gérés par les investisseurs institutionnels ont considérablement augmenté ces dernières années. Une étude de la SFI portant sur sept pays africains et publiée en 2022 révèle que les actifs gérés par les fonds de pension ont augmenté en moyenne de 65 % rien qu’entre 2016 et 2020.

 

Amélioration des perspectives macroéconomiques

Toutefois, les gestionnaires de fonds de pension préfèrent généralement investir dans des obligations d’État ou sur le marché boursier. Les actifs liés aux infrastructures sont traditionnellement perçus comme des paris plus risqués.

Anas Charafi reconnaît que les investisseurs institutionnels africains « ont besoin d’un peu de soutien pour se familiariser avec la classe d’actifs ». Pour ajouter qu’il serait « très logique » qu’ils investissent dans les infrastructures, étant donné que la classe d’actifs produit des rendements sur une longue période et qu’elle devrait en théorie convenir parfaitement aux fonds ayant pour mandat d’effectuer des investissements à long terme.

Un autre facteur positif, selon Anas Charafi, est que les promoteurs africains sont de mieux en mieux placés pour réaliser des projets. « Nous voyons maintenant quelques développeurs et investisseurs vraiment crédibles qui renforcent leurs capacités sur leur marché national et commencent à se développer. »

Il cite le groupe malgache Axian, l’égyptien Taqa Arabia et le marocain Nareva comme exemples d’acteurs africains qui sont « au même niveau que les promoteurs internationaux ». « C’est une autre tendance que je pense voir se poursuivre parce qu’en fin de compte, qui est mieux placé pour investir en Afrique que les Africains ? »

Anas Charafi
Anas Charafi

Dans l’ensemble, Anas Charafi est « raisonnablement optimiste » sur le fait que 2024 sera une bonne année pour les projets d’énergie renouvelable sur le continent.

Le secteur bénéficie de l’« élan post-COP », juge-t-il, avec des projets promis lors du sommet sur le climat de l’année dernière à Dubaï qui se concrétisent maintenant. Africa50 a signé des accords lors de la COP28 pour financer un important projet de stockage d’énergie solaire et de batteries au Mozambique, qui comprendra la première infrastructure solaire flottante à grande échelle du continent, ainsi qu’un projet de transmission d’électricité dans le même pays.

Une légère amélioration de la situation macroéconomique dans la plupart des pays africains devrait également favoriser les investissements dans les infrastructures.

« Nous pensons que l’environnement économique et financier se stabilise. Le pire est probablement derrière nous et nous devrions voir une amélioration. Nous constatons que les projets initiés en 2023 ont pris de l’ampleur et qu’ils devraient porter leurs fruits en 2024. »

En fin de compte, l’Afrique doit être prête à rivaliser pour obtenir des investissements afin d’améliorer son infrastructure en matière d’énergies renouvelables, explique Anas Charafi. « On trouve pas mal de capitaux disponibles au niveau mondial pour les projets verts. Il s’agit simplement pour l’Afrique de s’en emparer. »

@AB

Écrit par
Ben Payton

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