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Entretien Politique

Les ambitions du Sénégal dans le numérique restent intactes

Les ambitions du Sénégal dans le numérique restent intactes
  • Publiéjanvier 13, 2023

Ibnou Taïmiya Sylla est conseiller spécial de Macky Sall, chargé du numérique. Fort de son expérience dans le privé, il accompagne les ambitions de son pays dans les nouvelles technologies, de la diffusion de l’Internet à l’envoi d’un satellite dans l’espace.

 

Le Sénégal est toujours engagé dans la stratégie « Sénégal numérique 2025 »  élaborée en 2016. À ce titre, il a été réélu au Conseil de l’UIT (Union Internationale des Télécommunications). En quoi est-ce une bonne nouvelle ?

Depuis sa première élection au sein du Conseil de l’UIT en 1972, le Sénégal a été constamment réélu ! Cela traduit la confiance que nos partenaires au sein de l’UIT ont par rapport à notre apport, notre compétence et notre expertise en matière de télécommunications. Cette présence nous conforte dans notre sentiment que nous sommes sur la bonne voie avec l’élaboration de la stratégie SN2025. Laquelle a bien sûr été réactualisée afin de corriger certaines faiblesses. Cette stratégie nous permettra de renforcer et d’élargir notre écosystème numérique. En somme, d’entrer définitivement dans l’ère de l’économie digitale. Notre ambition est inchangée : accroître la contribution du numérique au PIB à plus de 16%, ce qui représente la moyenne mondiale.

 

L’émergence du Sénégal ne peut se faire qu’en investissant et en améliorant significativement les conditions de vie des populations ? 

Absolument ! Vous savez que je suis de cette école de pensée qui croit fermement au fait qu’une croissance économique, quel que soit son niveau, n’est significative que lorsqu’elle se traduit par une amélioration de la qualité de vie des populations surtout rurales. C’est pour cela que je ne cesse de prôner la théorie du « Bottom Up » qui consiste à créer un dynamisme économique à la base qui se traduit par un accroissement du pouvoir d’achat des populations qui offriront un marché réel aux entreprises nationales. Nos entreprises, quelle que soit la qualité de leurs produits ou de leurs services, ne peuvent générer de revenus si les populations ne disposent pas de pouvoir d’achat.

Pour le républicain que je suis, la question du deuxième quinquennat sera tranchée par la Cour constitutionnelle qui déterminera d’abord la recevabilité ou non d’une éventuelle candidature du Président. Ensuite le peuple sénégalais décidera s’il lui accorde sa confiance.

 

Dans le domaine de l’économie numérique, quelles sont les ambitions du gouvernement sénégalais ? 

Pour nous, il s’agit de positionner le Sénégal dans le peloton de tête des pays ayant réussi leur transformation numérique en Afrique. La contribution du numérique dans le PIB mondial ne cesse d’augmenter. Si la moyenne mondiale est de 16%, la moyenne en Afrique n’est que de 13% ; pour nous, il est impératif d’être au-dessus de la moyenne mondiale. Ainsi nous aurons réussi à mettre en place un écosystème numérique solide et faire avancer le Sénégal vers l’« Économie de la connaissance », qui est le futur enjeu. Pour atteindre ses objectifs, le Sénégal dispose des ressources humaines de qualité, des infrastructures nécessaires ainsi qu’un plan directeur. Nous devrons être très rigoureux dans l’exécution de la stratégie en respectant les indicateurs de performance clé ainsi que les chances fixées.

 

Le Sénégal a un autre projet : envoyer dans le courant de l’année son tout premier satellite dans l’espace. Quel est l’enjeu de cette ambition ?

Le projet suit son bonhomme de chemin et nous espérons pouvoir respecter les dates prévues. L’impact de ce projet de satellite est très important, car son utilisation nous permettra d’améliorer nos besoins en matière de connectivité. La technologie satellitaire dans les domaines de la télédétection, de la communication et de la navigation peut fournir des informations précieuses dans un certain nombre de domaines allant des affaires à la gestion des catastrophes en passant par l’agriculture. Cela serait très bénéfique pour un pays comme le nôtre.

 

Votre propos repose sur une solide expérience : vous avez occupé différentes positions hautement stratégiques parmi lesquelles le directeur du Marketing des produits Wireless de faible puissance, et le directeur du Marketing des produits Wireless pour les applications de télésanté et télémédecine.

J’ai rejoint Texas Instrument en 2000 comme ingénieur de conception de circuits intégrés radiofréquence, avant de gravir les échelons, notamment dans le domaine des produits de télésanté et de Télémédecine. J’ai supervisé l’élaboration de plusieurs stratégies de pénétration de produits dans des régions géographiques données telles que l’Amérique du Sud ou l’Asie.  C’est à travers ces différents rôles que j’ai siégé au niveau de différents comités techniques de standards et participé à la rédaction de plusieurs de ces standards tels que Zigbee, Wi-Fi, Bluetooth.

Les comités techniques de standards sont très importants dans le monde de la technologie, car c’est en siégeant au sein de ces comités que l’on arrive à influencer les futurs produits dans le sens favorable à une compagnie. Ces comités techniques sont la plupart du temps le théâtre de bataille où chaque multinationale essaie d’influer le standard pour être en phase avec ses intérêts stratégiques !

 

Évoquons la vie politique du Sénégal. Depuis deux ans, elle est marquée par certaines tensions ; quelle lecture en faites-vous ?

Vous savez, les tensions politiques relèvent le plus souvent de la vigueur de la situation démocratique ! Le Sénégal aujourd’hui est le peloton de tête des nations démocratiques en Afrique ; donc il est normal d’observer des tensions politiques de temps en temps. Cela ne fait que traduire la vivacité de notre démocratie. Ce qui est important est que la classe politique comprenne que personne n’a intérêt à ce que l’ordre républicain soit déstabilisé pour quelque raison que ce soit. Donc quelles que soient les tensions, il faut que l’ordre républicain soit toujours sauvegardé.

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Bio express : Ibnou Taïmiya Sylla, président du parti Disso Sénégal Natt, est issu d’une grande famille maraboutique  de Koumpentoum, plus précisément à Niani, une localité située à 393 km de Dakar. Il a poursuivi tout son cursus scolaire à Dakar avant d’intégrer en 1990, l’école supérieure des Postes et télécommunication de Tunis après le Baccalauréat.

Ingénieur en informatique, il est titulaire, et co-titulaire de plus d’une dizaine de titres de brevets d’inventions dans le domaine des nouvelles technologies et de la télémédecine. Titulaire d’un NBA en Finance et leadership stratégiques, il est un spécialiste de l’Internet des objets et est consultant pur de nombreuses start-up internationales et agences de régulation gouvernementales.

Il a occupé de nombreux postes auprès de plusieurs multinationales de grande envergure telles que Philips, Texas Instruments ou Palma Ceia Semi-design. Le fils prodigue de Niani, représente ainsi dignement le Sénégal à l’international dans cette transition numérique planétaire. Il est depuis mai 2022, ministre conseiller spécial du président de la République, chargé de l’économie numérique.

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A. D.-B. : La question du troisième mandat – ou deuxième quinquennat après un premier mandat de sept ans –, du président Macky Sall agite le débat politique ; si l’intéressé lui-même n’a pas encore dit son dernier mot, du côté de l’opposition, la tension se fait sentir tous les jours pour dire non à cette perspective.

I.T.S. : Ce débat est à mon avis un débat inopportun, car le Sénégal vit une démocratie avec une Constitution et des institutions stables. Pour le républicain que je suis, cette question sera tranchée par la Cour constitutionnelle qui déterminera d’abord la recevabilité ou non d’une éventuelle candidature du Président pour un deuxième quinquennat ; ensuite le peuple sénégalais décidera s’il lui accorde sa confiance. À mon avis, la priorité en ce moment est de trouver des solutions aux multiples défis auxquels fait face le peuple sénégalais.

 

Mimi Touré, ancienne ministre de la Justice, s’est déclarée non inscrite suite à sa non-élection à la présidence de l’Assemblée nationale. Elle clame que ce poste lui avait été promis par le chef de l’État. Que pensez-vous de cette tension politique au sein même du parti au pouvoir ?

Mimi Touré est libre d’adopter la position politique qui lui convient ; cependant, il faut garder à l’esprit que le chef de l’État lui a toujours fait confiance en lui confiant des postes stratégiques au sein de l’appareil d’État sans aucune pression. Si cette fois-ci, il décide que Mimi Touré n’est pas la personne la mieux indiquée pour diriger cette institution, vu les multiples défis qui se posent, elle devrait avoir la grandeur d’accepter cette décision. Encore une fois, elle est une politicienne expérimentée ; donc je n’ai aucun doute qu’elle ait mûrement réfléchi sa décision avant de la prendre. 

 

Amadou Bâ vient d’être nommé Premier ministre, un poste vacant depuis 2019. Doit-on y voir une stratégie politique ? 

Non. Gardons à l’esprit que cela n’est pas une nouveauté dans l’histoire politique du Sénégal. Dans le passé, le poste de Premier ministre a été supprimé à plusieurs reprises pour ensuite être rétabli. Si le chef de l’État décide de ramener le poste de Premier ministre afin de rendre plus efficace l’action gouvernementale, il ne faut pas y voir une stratégie électorale. 

Par exemple, le vote du budget, de 6 400 milliards de F.CFA (9,76 milliards d’euros), traduit la volonté du président d’alléger la souffrance des Sénégalais qui comme tous les peuples, subissent les conséquences d’une crise économique mondiale très aiguë. À mon avis, ce budget est conçu pour mieux prendre en compte leurs préoccupations. 

 

La prochaine élection présidentielle se déroulera en 2024. Quelles sont les perspectives ?  

Elles sont bonnes. Je pense comme cela a toujours été au Sénégal ; ce seront des élections libres, démocratiques et transparentes. Mon parti en tant que membre de la majorité présidentielle n’a pas encore arrêté une décision ; mais il le fera au moment opportun.

@NA

 

Écrit par
Aïssatou Diamanka-Besland

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