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Entretien

Le secteur privé est au cœur de la transformation de l’Afrique

Le secteur privé est au cœur de la transformation de l’Afrique
  • Publiénovembre 27, 2023

Le Maroc cultive une stratégie de branding pour soutenir le travail de modernisation et de développement économique. Le Forum d’Ifrane (6-8 décembre) participe de cette démarche. Sa présidente, Khadija Idrissi Janati, explique la portée de cette initiative.

 

 

Qu’est-ce qui distingue le Forum d’Ifrane, et pour quelle utilité ?

Ifrane Forum, le Sommet africain du commerce et de l’investissement, est bien plus qu’un événement, c’est une philosophie, celle de connecter les Africaines et Africains pour mieux se connaitre, se faire confiance et donc mieux travailler ensemble. Il a été conçu comme un espace d’échanges, de réflexions et d’actions par l’Afrique et pour l’Afrique, avec l’ambition de contribuer au développement du commerce et de l’investissement intra-Afrique.

Il s’adresse au secteur privé africain, en priorité aux TPE et PME, en créant le débat sur ces problématiques et en mettant en lumière le rôle fondamental que les opérateurs jouent dans l’économie du continent.

Tout au long des sept dernières années, Ifrane Forum a pu fédérer un réseau de dirigeants de TPME, décideurs, donneurs d’ordre et leaders d’opinion, tous engagés pour une Afrique prospère.

 

Que privilégiez-vous dans le choix des profils des personnalités invitées et des problématiques abordées ?

Etant tourné vers l’action et la création d’impact, il est essentiel de choisir des participants et des intervenants qui partagent la philosophie d’Ifrane Forum en rapport avec sa mission.

Khadija Idrissi Janati
Khadija Idrissi Janati

Nous mettons notre tribune à la disposition des personnes ayant à leur actif des expériences riches et enrichissantes, qui incarnent l’intelligence, la détermination et le potentiel des Africains, qui font preuve de générosité et nourrissent un fort sens d’appartenance au continent et devoir en contribuant à son développement. Nous leur donnons la parole pour partager leur expérience, les défis relevés et les succès réalisés.

Le comité scientifique choisit des Africains du continent et de la diaspora, qui agissent loin des lumières et dont les parcours et l’engagement méritent d’être mieux connus, des femmes et des hommes qui, pour nous, font l’Afrique d’aujourd’hui et demain.

Il ne s’agit pas d’avoir des « têtes d’affiche », mais des « têtes bien faites » qui sauront inspirer et montrer le chemin.

En ce qui concerne les thèmes, ils sont choisis en fonction des enjeux du moment pour servir l’ambition du Forum, tout en gardant à l’esprit l’Agenda 2063 de l’Union africaine. À chaque édition, un travail de réflexion profond est mené dans ce sens. Le comité se penche sur les dernières études, statistiques et analyse les publications des différentes institutions, échange avec le réseau élargi et le met à contribution pour définir des thèmes fédérateurs, inspirants et engageants, auxquels les opérateurs du secteur privé peuvent s’identifier et se projeter.

 

Entre les politiques des États et les bailleurs de fonds, on voit la priorité donnée à l’émergence d’afro-champions économiques, en vue de structurer et renforcer la Zone de libre-échange. Où en est-on aujourd’hui ?

En effet, et c’est tout l’intérêt d’avoir une représentante du secrétariat général de la ZLECAf parmi nos intervenants, mais aussi de consacrer un panel à ce sujet. Avant de répondre à votre question, il me semble important de rappeler le processus long et complexe engagé depuis 2012 afin de donner vie à ce rêve africain.

Sa pleine mise en œuvre permettra de jeter les bases d’une union douanière et d’un marché unique à l’échelle du continent produisant ainsi une transformation profonde dans l’économie africaine.

Le secteur privé africain est au cœur de cette transformation. La nouvelle configuration du continent offrira de grandes opportunités de développement au TPME africaines. La dynamique est déjà engagée sur le continent.

Nous assistons depuis quelques années à une dynamique de collaboration intra-africaine unique en son genre. En 2022, 297 opérations de fusions-acquisitions ont été bouclées en Afrique subsaharienne seule, contre 176 en 2021. Plus tôt en 2018, le sud-africain Sanlam a investi plus d’un milliard de dollars dans l’assureur marocain Saham. Le train de développement des entreprises africaines est en marche, renforcé par une prise de conscience de l’importance de se tourner vers le marché africain comme alternative accessible et moins contraignante aux marchés européen et américain, devenus de plus en plus réglementés.

 

Vous avez fait de cette thématique l’axe majeur de votre forum. Justement, pour que vous apportiez des éléments utiles à ce débat, comment pensez-vous vous y prendre ?

Lorsque nous posons les thématiques du Forum et les communiquons plusieurs mois à l’avance, notre premier objectif est d’attirer l’attention sur le sujet et susciter la curiosité de la communauté, les invitant ainsi à explorer et s’informer. Souvent, ce processus donne déjà lieu à une question et un changement de perspective. Le programme du forum a été conçu autour de panel avec de sous-thèmes précis animés par des intervenants experts et connectés au terrain, dont les réponses sont claires et opérationnelles, pour se projeter dans l’Afrique de demain, comprendre la ZLECAf et le rôle et la place du secteur privé dans ce nouveau marché, identifier les mécanismes de soutien et d’accompagnement des TPME africaines, comprendre les nouvelles dynamiques entrepreneuriale dans le continent, investir dans l’art et la culture comme industrie à fort potentiel,..

Le travail ne s’arrête pas aux plénières. Dans le programme sont prévus des ateliers pratiques sur des sujets comme la transformation digitale, l’internationalisation ou encore le passage à l’échelle, des sujets clés pour la croissance d’une entreprise.

Au menu également des visites de terrain d’entreprises marocaines devenues grandes et opérant à l’international pour des sessions de réseautage et de partage de bonnes pratiques.

Tous les débats font l’objet de comptes rendus qui sont diffusés à l’ensemble de la communauté qui reste connectée, même après l’événement, via notre plateforme en ligne.

Enfin, cette édition sera l’occasion pour nous de consolider les activités annexes d’Ifrane Forum par le lancement d’une initiative à très forte valeur ajoutée, qui sera une nouvelle force de réflexion et de proposition. Son annonce se fera à la clôture de l’événement.

 

Le Maroc a fait de l’Afrique un axe majeur de son orientation économique. Plus de quinze ans après ses débuts, cette politique semble avoir besoin d’un second souffle. Comment voyez-vous cette relance ?

Depuis son accession au trône, le roi Mohammed VI a effectué plus de 50 visites en Afrique couvrant une grande partie du continent. Accompagné d’une délégation constituée du gotha économique du pays, le Roi affiche une ferme volonté d’inscrire le Maroc dans la trajectoire de développement du continent, avec un message clair livré dans son discours à Abidjan : l’Afrique doit faire confiance à l’Afrique.

Ces visites matérialisent la politique du Maroc vers l’Afrique basée sur l’ouverture, la collaboration et le co-développement. Plusieurs mesures ont été prises dans ce cadre notamment l’annulation de la dette marocaine pour les pays les moins avancés, et l’exonération totale des droits de douane pour leurs produits à l’entrée au Maroc. Ce sont plus d’un millier d’accords de coopération qui ont été signés entre le Maroc et les pays du continent durant les vingt dernières années, le double de ce qui a été signé entre 1956 et 1999.

Naturellement, cette phase, comme tout « lancement » a bénéficié d’une grande visibilité, qui s’est estompée au fil du temps cédant la place au travail sur le terrain. Les opérateurs économiques, décideurs politiques, agences gouvernementales, patronats et fédérations professionnelles, du Maroc sont en relation continue avec leurs homologues dans différents pays d’Afrique et avancent ensemble sur des projets structurants pour les pays et pour le continent.

Je ne parlerais donc pas de « relance », mais de « passage à l’étape suivante ». Plusieurs dizaines d’entreprises marocaines opérant dans des secteurs divers comme la finance, les mines, l’assurance, l’immobilier, le pharmaceutique, l’hydrocarbure, le tourisme, le BTP, les télécoms, la technologie et bien d’autres. L’implantation de ces entreprises, souvent grandes, pourrait se consolider par la création d’écosystèmes permettant de localiser une partie ou la totalité des chaînes de valeur. La ZLECAf et ses dispositions contribueraient à faciliter cette nouvelle étape.

Le passage à l’étape suivante se fait aussi à travers le renforcement des investissements marocains en Afrique. Le flux des IDE a connu une croissance spectaculaire, passant d’environ 100 millions $ en 2014 à plus de 800 millions $ en 2021.

 

Vous êtes dans la communication ; comment le branding Maroc doit évoluer dans un monde en crise ?

La marque Maroc s’appuie essentiellement sur le narratif du royaume autour de son héritage culturel, pays millénaire à l’histoire à la rencontre de trois continents et deux mers, dont l’influence s’est étendue du sud de la France jusqu’au fleuve du Niger, avec une longue tradition de gouvernance où se sont succédé plusieurs dynasties.

Le pays est reconnu pour sa qualité de vie, son facteur humain, la sécurité, la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. Ces deux derniers attributs sont sans doute en lien avec la tenue au Maroc de la COP 21. La stabilité politique du Maroc est également considérée comme atout majeur, reconnu.

En 2022, le Maroc a occupé la 32e place auprès des pays du G7 + la Russie parmi les 72 pays évalués, au même titre que les États-Unis et l’Indonésie; et mieux que la Corée du Sud, le Vietnam, le Chili, les BRICS, la Turquie et l’ensemble des pays arabes et africains, selon le rapport annuel de l’Institut royal des études stratégiques.

Afin de consolider cette image plutôt positive, dans un contexte de profonde mutation où tout évolue à grande vitesse, y compris les opinions, il est fondamental de maintenir les attributs reconnus et agir sur d’autres attributs qui constituent des éléments de référence dans le monde d’aujourd’hui et de demain. Je vous en citerai cinq :

Le premier est l’éthique et la responsabilité, deux éléments qui deviennent de plus en plus importants notamment pour les jeunes générations, qui marquent un retour aux valeurs humaines. L’image déjà positive du capital humain marocain facilitera ce travail ;

Khadija Idrissi JanatiLe second est le niveau de développement. L’engagement du Maroc sur le chemin de l’industrialisation et sa position de leadership sur le continent dans plusieurs secteurs dont l’automobile et l’aéronautique lui fait gagner des points. Cette donne est à consolider en renforçant son positionnement aussi sur l’axe de la technologie et du digital, qui fait rêver les jeunes et les moins jeunes à travers le monde ;

Le troisième est le tourisme en mettant en avant, de manière harmonieuse et équilibrée, les différents atouts touristiques du Royaume et en les valorisant à travers les lieux à visiter, les expériences à vivre et les rencontres à faire ;

Le quatrième est l’immigration. En pays d’accueil comme en pays d’origine, la marque Maroc est impactée par les systèmes engagés et les expériences vécues. Les Marocains résidant à l’étranger sont des ambassadeurs et ambassadrices dont les actes et les paroles contribuent à façonner la perception du Maroc, il en est de même pour les étrangers qui vivent au Maroc.

Et le cinquième élément est le système éducatif. Plusieurs pays dans le monde ont pu se faire une place grâce à leurs universités, écoles supérieures et centres de recherche à l’exemple de pays comme la Roumanie et l’Ukraine dans les années 1990, qui accueillaient chaque année des milliers d’étudiants étrangers pour des études majoritairement en médecine. Des universités comme celle de Benguerir, UM6P, sont en train de jouer ce rôle, en organisant des visites pour des leaders d’opinion nationaux et internationaux, des événements d’envergure, des programmes de partenariats avec des universités prestigieuses ou des organisations de renommée mondiale comme le WEF (World Economic Forum).

La voix de l’Afrique à la COP28

@AB

Écrit par
HBY

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