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Entretien

 « Djibouti de demain ? Une capitale verte »

 « Djibouti de demain ? Une capitale verte »
  • Publiémai 14, 2024

Urbaniste de formation, Amina Abdi Aden est ministre de la Ville, de l’urbanisme et de l’habitat de Djibouti. Elle décrypte les défis du pays face aux enjeux du développement durable.

 

Comment se porte le secteur du bâtiment et de l’immobilier à Djibouti ?

L’adage dit « quand le bâtiment va tout va ». Ceux qui connaissent Djibouti savent que le secteur du bâtiment a beaucoup évolué ces dernières années. Nous avons entrepris beaucoup de constructions, que ce soit d’infrastructures publiques ou de constructions privées, notamment dans le domaine du logement qui représente autour de 6 % du PIB depuis plusieurs années. Preuve de ce dynamisme, dans le courant de l’année 2023, les ventes de ciment ont bondi de 53 %. Ce secteur est porté par les institutions publiques mais aussi par le secteur privé. Nous encourageons depuis plusieurs années le secteur privé à construire des logements privés pour les classes moyennes et les classes sociales hautes, et cela porte ces fruits.

Nous avons de très grands projets immobiliers portés par des privés, qui sont en cours de démarrage et des bonnes perspectives pour les années à venir, durant lesquelles de nombreux projets sont en cours de développement ou seront livrés prochainement.

Comment faciliter l’accès à la propriété pour les classes moyennes ?

Les institutions publiques produisent des logements sociaux, et pour répondre aux besoins de la classe moyenne, des promoteurs privés ont bénéficié de mesures incitatives pour construire des logements adaptés à cette classe moyenne. À Djibouti, la demande en logement est très importante, notamment les primo-accédants, car la population est jeune. Il fallait un partage des rôles.

 

Quel est le rôle des banques, ici ?

Ces dernières années, le gouvernement a favorisé le financement bancaire en prenant par exemple des mesures pour résoudre les problèmes juridiques autour des hypothèques. Récemment, nous avons mis en œuvre un programme pour inciter les banques à aller vers les classes sociales moins hautes et on a mis en place un fonds de garantie des logements, pour que les ménages à revenu faible puissent aussi être éligibles.

 

Quels sont les besoins en matière de logement ?

D’après nos études, nous devons construire entre 3 000 et 4 000 nouveaux logements chaque année. Or, nous avons un déficit de 20 000 logements ces dernières années. Le rythme de construction aujourd’hui, public et privé cumulé, n’arrive pas encore à répondre de manière satisfaisante à cette demande. Mais toutes les conditions sont posées pour que d’année en année, nous puissions rattraper ce déficit.

 

En matière d’urbanisme, existe-t-il un « Master plan » pour accompagner la croissance économique et démographique de Djibouti, sur les prochaines décennies ?

Amina Abdi Aden
Amina Abdi Aden

Djibouti a toujours disposé de chemins directeurs d’aménagement et d’urbanisme. Le dernier en cours date de 2014. Il couvre une période de dix ans. Nous allons donc rédiger un nouveau « Master plan » qui sera beaucoup plus ambitieux que celui de 2014. On cherche à transformer cette ville.

Djibouti, de par sa position géographique, fait face à beaucoup de défis, surtout matière de changement climatique, comme le drainage : une grande partie de la ville est construite au niveau de la mer, donc nous avons des problèmes autour de l’évacuation des eaux de pluie, et ce qui se passe dans le monde ne nous rassure pas. Nous avons des chemins directeurs aussi pour les villes en région. La planification est là, les mesures réglementaires existent aussi.

 

La construction d’immeubles va-t-elle changer les manières de vivre ?

Nous avons commencé, depuis dix ans, à construire des logements sociaux sous forme d’immeubles, avec des appartements. Au début, les gens étaient très réticents, mais économiquement, cette solution est plus rentable que de construire des logements individuels. Cela permet de minimiser les coûts pour les ménages qui vont en être bénéficiaires.

Pour faciliter les choses, nous construisons des logements sur quatre niveaux, avec deux appartements par pallier, et les syndics de copropriété permettent aux habitants de gérer les espaces en commun. C’est un apprentissage. On a aussi construit ce type de logements dans les régions. C’est quelque chose que les Djiboutiens acceptent maintenant, et désormais la demande est constante.

 

Qu’est-ce qui pourrait être entrepris pour améliorer l’hygiène et la propreté de la capitale ?

Cela ne relève pas des compétences de mon ministère, mais nous appuyons les communes en leur fournissant du matériel. La ville est en train de grandir et les services publics n’arrivent pas à suivre. Cela nous gêne, mais les équipes concernées travaillent là-dessus.

 

Comment rénover, préserver et mettre en valeur le centre-ville historique de Djibouti ?

Celui-ci dispose d’un Code de préservation du patrimoine architectural et touristique. On essaie de le mettre en œuvre pour redynamiser ce centre-ville. Ces dernières années, de plus en plus d’activités économiques ont vu le jour, il y a eu beaucoup de restauration et les bâtiments ont pris de la valeur. Maintenant, il faut concilier l’intérêt économique – certains veulent raser un bâtiment ancien pour en faire un immeuble – et faire comprendre que les bâtiments sont historiques.

Ce n’est pas uniquement un plan de conservation. Le Code constitue aussi un plan dynamique pour transformer le centre-ville, lui donner une vitalité économique, tout en préservant le patrimoine qui témoigne de l’histoire de Djibouti.

 

Comment développer la ville sans trop dénaturer l’environnement ?

C’est quelque chose d’essentiel car dans notre pays, le climat est assez chaud et il ne pleut pas tous les jours. Des dispositions sont prises par le gouvernement et une campagne de plantation d’arbres a été engagée, en ville et en région. Djibouti a besoin de plus de verdure donc un parc sera bientôt ouvert dans la ville à l’initiative du président de la République. Dans toutes les cités que nous construisons, nous intégrons des plantations des arbres, et nous incitons les gens à les entretenir.

 

De par son emplacement stratégique, sa taille relativement petite et son activité portuaire, Djibouti présente des similarités avec un pays comme Singapour ou une ville comme Dubaï. Comment attirer des investisseurs étrangers dans l’immobilier, comme l’ont réussi ces deux exemples, contribuant ainsi au boom économique de leur pays ?

En matière d’urbanisme, nous nous inspirons de Singapour, pour aménager au mieux notre ville. Pour le prochain schéma directeur, le nouveau Master plan, nous souhaitons associer la cité-État asiatique à cette vision, tout en gardant les caractéristiques de Djibouti. Nous sommes conscients que même si les économies et la position géographique sont similaires, nos pays ne se ressemblent pas, les cultures diffèrent, mais Singapour est un très bon exemple pour Djibouti, ne serait-ce que sur le plan de la verdure. Dans leurs aménagements, les Singapouriens laissent une place importante à la nature. Ils ont aussi su résoudre le problème de la mobilité qui est pour nous une préoccupation majeure.

Aujourd’hui la plupart des administrations sont concentrées sur la ville ancienne, et vous avez un mouvement de balancier, notamment le matin et le soir. On pense donc à une redistribution des administrations et des activités économiques pour que celles-ci soient mieux réparties sur notre territoire.

Nous réfléchissons à un autre sujet : comment intégrer les ports à la ville ? Il faut que la ville tire profit économiquement de ces infrastructures. Il ne faut pas de coupure physique entre le port et les populations urbaines car elles doivent profiter de ces aménagements en matière d’emplois et d’espaces créatifs.

 

Le secteur immobilier a pris du retard après des crises récentes. Que faire pour rester sur le chemin de la vision 2035 ?

Nous tirons profit de la vitalité économique de Djibouti et ce qui se passe dans le secteur. Nous avons de très grands projets immobiliers portés par des privés, qui sont en cours de démarrage et des bonnes perspectives pour les années à venir, durant lesquelles de nombreux projets sont en cours de développement ou vont être livrés prochainement. Même si les produits de construction sont importés, et ces crises successives ont un impact sur les coûts, l’activité du secteur reste dynamique et les besoins sont là.

 

Comment imaginez-vous le Djibouti de demain ?

J’imagine une ville mieux aménagée, résiliente, qui offre beaucoup de facilités en matière de services à ses habitants, et surtout, une ville verte, parce que c’est le rêve de chaque être humain de vivre dans un espace où la nature est dominante ! D’autant plus que dans le même temps, avec les conséquences du réchauffement climatique, nous avons des températures qui sont de plus en plus élevées à Djibouti, déjà connu pour ses températures élevées en été. On espère donc qu’elles ne vont pas trop augmenter.

@AB

Écrit par
African Business

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