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Entretien

Business France mise sur les partenariats

Business France mise sur les partenariats
  • Publiéoctobre 7, 2022

Christophe Lecourtier, directeur général de Business France, revient sur la politique de cet organisme chargé d’accompagner les entreprises françaises. Il nous décrit quelques partenariats « gagnant gagnant » favorisant l’essor des pays africains.

 

Comment Business France travaille aujourd’hui, pour davantage d’efficience et d’efficacité ?

Nous avons créé ce que tout le monde réclamait depuis vingt ans, mais que personne n’avait réussi à faire : un dispositif unifié, complet et personnalisé d’accompagnement à l’export, avec un guichet unique en région, au plus près des entreprises, et un seul correspondant dans chaque pays.

Lancée en 2018, la Team France Export, qui réunit à titre principal Business France, les chambres de commerce et d’industrie et Bpifrance, est devenue rapidement opérationnelle. À l’étranger, Business France dispose de plus de 700 collaborateurs dans 55 pays et en mesure de couvrir 100 pays avec ses partenaires Team France Export. Dans les territoires, nous avons installé un réseau de 250 conseillers internationaux chargés d’apporter aux entreprises les meilleures solutions de marché, de financement et de garantie. La force de la TFE c’est ce continuum qui va des territoires jusqu’aux marchés.

La France parie sur la jeunesse africaine, sur une nouvelle génération d’entrepreneurs africains et sur la diaspora du continent en France pour multiplier les projets de codéveloppement créateurs d’emplois et de richesses en Afrique.

Une plateforme numérique commune, la « plateforme régionale des solutions » a été déployée dès le printemps 2019. Elle regroupe les offres d’accompagnement et de financement publics à l’export et le meilleur des offres du secteur privé, aux fins de détecter, préparer et orienter les primo-exportateurs. Enfin, un outil informatique commun de gestion clients nous permet d’optimiser notre coopération au service des entreprises. En 2021, nous avons consolidé la TFE en renouvelant notre partenariat avec les CCI.

 

Pourtant, on a parfois le sentiment que les instruments travaillant avec l’Afrique se chevauchent et s’entrecroisent.

L’Afrique a été longtemps une destination privilégiée des grands groupes ou de l’Agence française de développement, et Ubifrance – dénomination antérieure de notre agence –, y était très peu présente.

Depuis 2017, le continent est devenu pour nous une priorité. Nous y disposons déjà de douze implantations et de près de 80 collaborateurs, qui accompagnent les PME et ETI françaises sur 32 marchés du continent tout comme les entreprises africaines désireuses de s’implanter en France. Un Plan Afrique programme précisément le développement de notre présence et de nos services –, prestations individuelles ou collectives, formules innovantes de Boosters/Accélérateurs, appel à projet accompagnement, etc. Nous ne nous interdisons pas de faire davantage à l’avenir.

Aujourd’hui, les rôles respectifs joués en Afrique par l’Agence française de développement, sa filiale Proparco dédiée au secteur privé, Bpifrance et Business France sont clairement identifiés, bien individualisés et complémentaires.

 

Quelle est l’ingénierie pour répondre aux besoins des Africains qui demandent du partenariat, de l’échange et du transfert de savoir-faire ?

L’action de la France en Afrique s’inscrit désormais dans une logique de partenariat. Par exemple, lorsque les entreprises françaises investissent en Afrique, elles embauchent des Africains plutôt que de faire venir des Français ; elles les forment, leur transmettent un savoir-faire et procèdent à des transferts de technologies.

Voici deux illustrations de cette démarche, tirées d’actions conduites par Business France. La première concerne le renouvellement du matériel ferroviaire roulant en Afrique du Sud. Le groupe français Alstom a été retenu en 2013 et notre agence est intervenue afin que des PME françaises contribuent à ses côtés à la réalisation de ce projet : l’entreprise GSDI, qui a remporté le contrat pour habiller les trains, s’est installée en Afrique du Sud en 2015 où une vingtaine de techniciens sud-africains formés par ses soins procèdent aux opérations d’impression, de découpe, de laminage et de pose.

La seconde est relative aux technologies que les industriels africains doivent intégrer pour respecter les normes d’efficacité énergétique et rendre possible la création de chaînes de valeurs euro-africaines. Business France a organisé à cet effet, du 27 au 29 septembre 2022 en Tunisie, pour sept pays du continent, le premier Forum Afrique France de la transition écologique et énergétique. Y participaient 60 entreprises françaises, très en pointe sur ces technologies, et 500 industriels africains au travers de 34 conférences et présentations de projets, un atelier financement et des centaines de mises en relation d’affaires.

 

De quoi les Africains ont-ils besoin pour entretenir cet esprit de coopération ?

De mobiliser leur potentiel économique et d’investir dans tous les secteurs qui répondent à leurs besoins. Dans le domaine des télécoms, ils ont bien réussi, avec l’aide d’Orange notamment, et sont en avance sur nous dans certains services, tels que le paiement par téléphone. Dans le domaine agricole, les besoins sont considérables en matière de transformation. La Côte d’Ivoire, par exemple, ne transforme que 20 % de sa production de cacao. Nous avons des entreprises qui peuvent accompagner les producteurs sur un chemin de montée en valeur.

Le domaine des infrastructures réclame également des investissements considérables auxquels les entreprises françaises peuvent participer dans une logique de partenariat « gagnant-gagnant ». Dans les transports, par exemple, nous avons construit des lignes de TER à Dakar et, aujourd’hui, les salariés employés dans ce service sont presque tous sénégalais.

Enfin, l’Afrique doit relever le défi de la transition énergétique, lié à l’énorme croissance des villes et à la pollution qui en découle. Là encore, la France propose des solutions que retiendront, je l’espère, de nombreux pays africains.

 

Pour sortir du storytelling sur l’Afrique, continent très convoité, beaucoup de pays œuvrent pour avoir des parts de marché. Comment abordez-vous cette réalité ? 

Ces convoitises montrent que l’Afrique est vue non plus comme un continent miné par les conflits et criblé de dettes, mais comme un continent d’avenir et qu’elle est entrée résolument dans une démarche ambitieuse de développement durable.

Pour la France, la question est : sommes-nous capables de présenter aux Africains des offres qui nous différencient des autres ? Et la réponse est positive, non seulement pour les produits, les techniques et les savoir-faire que nous proposons, mais encore pour la démarche que nous suivons, axée sur le co-développement en partenariat avec les Africains.

 

Comment réagissez-vous à l’atmosphère anti-France que l’on observe en Afrique ?

Elle doit être relativisée. La foule qui brandit des drapeaux russes à Ouagadougou n’obéit pas à un enthousiasme spontané… Notre image n’en doit pas moins être améliorée car elle ne correspond pas à l’esprit et à la réalité de notre action en Afrique. Le président Macron a clairement énoncé le nouveau cadre dans lequel elle s’exerce lors de son intervention dans cette même ville le 28 novembre 2017.

Trois orientations la définissent, qui répondent aux souhaits des Africains : une logique de partenariat, fondée sur une relation « gagnant–gagnant », des succès équilibrés, une croissance partagée  une intervention sur l’ensemble des facteurs favorisant l’essor économique des pays africains, notamment l’éducation. Enfin, la volonté de désétatiser notre relation avec l’Afrique pour mobiliser les sociétés civiles, la jeunesse, les acteurs privés.

Ces orientations nouvelles se traduisent par une attitude plus modeste, moins politique, une attention plus grande aux besoins des économies africaines et par le souci d’apporter des solutions concrètes efficaces dont puissent se saisir les Africains pour prendre eux-mêmes en main leur développement.

 

Dans le contexte de la crise ukrainienne, d’indicateurs économiques dégradés, des défis énormes de sécurité alimentaire, d’approvisionnement en énergie… comment intégrez-vous cette dimension à votre tableau de bord ?

Nous sommes nous-mêmes confrontés à cette réalité et nous n’avons pas toutes les réponses. Je constate, en outre, que, depuis la pandémie, l’Afrique est résiliente alors même qu’elle est fortement impactée sur les sujets que vous citez.

Dans le domaine de l’énergie, le continent africain dispose, en outre, de capacités plus importantes que les nôtres face à la crise, que ce soit pour les hydrocarbures, l’hydroélectrique, le solaire ou le photovoltaïque. Nous avons de belles entreprises dans ces domaines, capables de développer des projets sur place.

C’est plus compliqué pour l’agroalimentaire, notamment en Afrique du Nord où nous exportons beaucoup de blé. Nous encourageons de nombreux projets de développement de filières adaptées aux contextes africains. La transformation sur place doit être encouragée tous azimuts afin que le continent conserve une part plus importante de la valeur ajoutée.

Quant à l’action de Business France, la situation critique actuelle conforte la priorité que nous accordons à l’Afrique depuis 2018 et la renforce encore.

 

Le savoir-faire français est important mais reste en deçà des ambitions…

Nous sommes restés trop longtemps au stade où les pays africains nous vendaient leurs matières premières sans beaucoup de valeur ajoutée pour eux. Cette période s’achève. Les nouvelles orientations de la politique française à l’égard de l’Afrique, que je citais plus haut, témoignent de notre volonté d’œuvrer à la montée en puissance économique de l’Afrique. Je tiens d’ailleurs à rappeler que ce continent concentre aujourd’hui 50 % des activités de l’Agence française de développement et 80 % de ses financements.

La France parie sur la jeunesse africaine – notre pays est la première destination européenne choisie par les étudiants africains en mobilité –, sur une nouvelle génération d’entrepreneurs africains et sur la diaspora du continent en France pour multiplier les projets de codéveloppement créateurs d’emplois et de richesses en Afrique.

 

Dans quel sens réorientez-vous vos implantations ?

Notre perception s’est élargie à l’ensemble de l’Afrique. Nous avons, bien sûr, une dilection assez forte en France pour l’Afrique de l’Ouest, notamment la Côte d’Ivoire et le Sénégal, et pour l’Afrique du Nord aussi. Mais nous nous intéressons de plus en plus au reste de l’Afrique, où nous multiplions désormais les prospections pour le compte de nos entreprises, en fonction des besoins locaux, particulièrement en Afrique du Sud, au Kenya et en Tanzanie. Nos collaborateurs sur le continent couvrent maintenant 32 économies africaines, dont ils ont acquis une connaissance approfondie.  

 

Comment projetez-vous votre action sur les prochains mois ?

L’Afrique sera la plus importante de nos priorités. La Chine est entrée dans une logique de substitution d’industries nationales aux industries étrangères présentes sur place et nombre d’entreprises françaises cherchent à s’y désengager ou à réduire leur activité. L’Amérique latine, où nous avons une importante présence économique, n’est pas très vaillante. L’Asie du Sud-Est se tient mieux, mais nous avons du mal à y trouver une place – nos parts de marché n’y dépassent guère de 2 %. Le continent africain a l’avantage de la proximité et la mobilisation de ses élites en faveur d’un développement économique accéléré nous enjoint de répondre à leurs attentes.

@AB

 

 

Écrit par
Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

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