Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Energie

UEMOA : Vers un financement massif du solaire

Un état des lieux au vu duquel le Premier ministre togolais, Komi Selom Klassou, exhorte les dirigeants de l’UEMOA à « impliquer fortement le secteur privé dans les investissements solaires, en bâtissant un cadre réglementaire qui lui est favorable ».

Mieux, il convie la communauté régionale « à une harmonisation des politiques énergétiques nationales dans le cadre de l’Alliance solaire internationale », laquelle regroupe depuis 2015 plus de 121 pays. 

De l’avis de François Moisan, directeur exécutif de l’Agence française de l’environnement (Ademe), il faut se réjouir déjà de l’existence dans l’UEMOA d’« un accès décentralisé (via l’utilisation de kits solaires) des populations à l’énergie. Il faut dans ce sens mettre en synergie tous les acteurs de la question solaire qui en possèdent une expertise » pour mieux profiter de cette source d’énergie. 

Un modèle économique à trouver 

Pour l’heure, dans l’espace UEMOA, en matière de mobilisation d’investissements publics ou privés dans le solaire, la Côte d’Ivoire et le Sénégal sont en avance. Un constat qui n’est pas anodin. « L’énergie solaire est capitalistique et nécessite un investissement important au départ, et présente un coût très faible par la suite. L’UEMOA gagnerait à aussi faire financer de très petits projets solaires via divers mécanismes, à côté des initiatives d’envergure », fait remarquer Cyril Carabot du SER (Syndicat des énergies renouvelables) en France.

Sur ce chantier, un grand travail d’éducation à la compréhension du risque de financement par les banques commerciales est à accomplir pour démontrer la rentabilité des projets. La finance climatique, selon la BAD, regorge d’opportunités de près de 600 milliards $, pour réduire le déficit énergétique en Afrique. 

Trop-plein de financements ? 

« L’accès universel à l’énergie d’ici à 2025 est une priorité de la BAD. Nous disposons d’une Facilité d’inclusion énergétique (fonds de dettes) pour financer les petites entreprises en matière de solaire, avec un Fonds de 58 millions $ », souligne Daniel Schroth, conseiller spécial du vice-président de la banque de développement. 

Ainsi, la demande exprimée pour le solaire se heurte à la difficulté de mobiliser le financement international, lequel abonde pourtant. « Nous sommes face à un paradoxe énorme. Les banques commerciales sont en surliquidités, les investisseurs ne savent plus où investir, alors que le monde fait face à des besoins énormes. Ce n’est pas l’argent qui manque. Les États doivent fournir une feuille de route sur les investissements dans le solaire. Il y a une urgence de standardisation du cadre réglementaire en open-source pour chaque pays », s’alarme Hacina Py responsable l’Export finance chez Société Générale. 

En effet, confirme Christian Adovelande, à travers divers mécanismes internationaux, au profit de l’UEMOA, « nous disposons déjà à la BOAD de beaucoup de financements, et des financements très variés auprès de différentes institutions. Il faut maintenant les adapter aux différentes gammes de projets qui se présentent à nous. Le problème n’est pas la disponibilité des ressources financières pour financer le développement des énergies renouvelables ». 

Le président de la BOAD s’engage : « Il est dorénavant de notre responsabilité de dénicher des projets viables et rentables sur le solaire, et les financer. Ou encore d’accompagner des personnes physiques et morales de l’UEMOA pour qu’elles puissent nous soumettre des projets ! En tant qu’institution financière régionale, nous n’allons plus nous situer en aval de la soumission des projets. Il nous appartient aujourd’hui d’accompagner et d’encadrer les porteurs de projets, de renforcer leurs capacités pour mieux formuler leurs projets, même si cela n’est pas notre rôle premier. » 

Selon une projection de l’African Guarantee Fund, lancée en 2011 avec le soutien de la BAD, il est possible de faciliter le financement de petits projets (via des garanties partielles de crédit) de 5 millions $ en faveur des PME africaines s’intéressant aux énergies renouvelables. « L’octroi d’une garantie à hauteur de 50 % d’AGF à l’UTB (Union togolaise de Banque, banque commerciale) a ainsi permis d’octroyer un prêt de 2 millions $ à une PME, BBOXX-Togo, avec pour objectifs de connecter 100 000 ménages au Togo à travers des kits solaires », explique David Ekabouma, des AGF. 

Privilégier les contenus locaux 

Plusieurs autres instruments internationaux de mobilisation de financements sont à portée de main des pays de l’Union. À l’image du Fonds Vert (dernier Fonds en date à faire son entrée dans l’architecture multilatérale du financement climatique) qui met également à disposition des ressources pour la préparation des projets/ programmes. « Le coût d’investissement de la finance carbone, par le FEM (Fonds pour l’environnement mondial), principale source publique de financement de projets et programmes environnementaux pour les pays en développement, en Afrique tourne autour de 116 millions $ sous forme de dons, et un cofinancement s’élevant autour de 20 milliards $ », rappelle à ce titre Ibrahima Sow, coordonnateur régional en Afrique du FEM.

S’inscrit dans la même dynamique, Scaling Solar, le projet phare de la Banque mondiale en matière solaire, et tourné vers les opérateurs privés via des garanties partielles. Pas moins de 140 millions $ seront disponibles au titre du Scaling Solar à partir de 2019 pour tous les pays de l’Uemoa pour attirer le privé à vendre des kits solaires hors réseau. 

Néanmoins, il semble nécessaire de valoriser les ressources locales dans l’Uemoa : « Il faut exhorter la BOAD à accorder plus d’importance aux projets qui mettent l’accent sur des contenus locaux, c’est-à-dire sur le transfert de compétences (en matière de maintenance des installations pour leur durabilité à moindre coût) et à la recherche-développement. On pourra alors influer sur le coût des intrants de production du solaire », défend Romuald Wadagni, président en exercice du Conseil des ministres des Finances de l’UEMOA.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Related Posts

  • Soutien bienvenu de la BAD à Inga 3

    La Banque africaine de développement a réaffirmé son soutien au méga barrage d’Inga 3, dont le financement et les objectifs doivent être réaffirmés. Le projet est au cœur de l’ambition de la BAD d’« éclairer l’Afrique ».

  • Niger : Regain d’intérêt pour le solaire

    L’ensoleillement du Niger offre une opportunité aux investisseurs intéressés par le solaire. La demande potentielle est forte, la volonté politique est enfin au rendez-vous, reste à établir un environnement économique attractif, face aux coûts initiaux élevés.

  • RD Congo : Le gaz inexploité du lac Kivu

    De plus en plus de voix s’élèvent au sein de la société civile pour réclamer l’exploitation du gaz méthane contenu dans le lac Kivu, en vue d’accroître la production énergétique de la RD Congo.

  • Prix Forbes 2018 : Benedict Peters, lauréat

    En 2015, Benedict Peters renforça le portefeuille d’actifs d’Aiteo, avec l’acquisition du plus grand site terrestre d’Afrique subsaharienne (OML 29) pour trois milliards de dollars.  …