Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Energie

RD Congo : Le gaz inexploité du lac Kivu

Mais côté congolais, rien ne s’est concrétisé, pendant que les autorités rwandaises s’activaient et multipliaient les tours de table avec les bailleurs. Résultat : en mai 2016, Kigali, qui a souvent eu un coup d’avance, a inauguré une centrale électrique de gaz méthane. L’entreprise américaine Contour Global, qui est ainsi entrée en piste, visait une production initiale de 26 MW à partir du méthane dont regorge le lac Kivu.

Cette centrale se trouve à Kibuye, dans l’ouest du Rwanda. Une plateforme flottante montée sur le lac, à une douzaine de km de la rive, permet ainsi de pomper, à plus de 300 mètres de profondeur, de l’eau ayant une forte teneur en gaz méthane et en dioxyde de carbone. Le méthane en est extrait et envoyé à la centrale où s’opère sa transformation en électricité. Contour Global prévoyait d’accroître progressivement sa capacité de production.

Le Rwanda prend de l’avance La mise en œuvre de ce projet délicat a nécessité un investissement initial de 200 millions $ apporté par des privés ainsi que des institutions comme la BAD. Cette prouesse technologique a permis au Rwanda d’alimenter une partie de sa population en électricité produite à partir du gaz méthane du lac Kivu. Une grande première dans la région des Grands Lacs.

Le Rwanda est passé à la vitesse supérieure en février 2019. Le pays des Mille collines a conclu un accord avec la société Gasmeth Energy pour produire du gaz butane en bouteilles à partir de la ressource du lac Kivu. Gasmeth Energy est une société privée, constituée par des hommes d’affaires américains, nigérians et rwandais. L’accord dure sept ans et porte sur 400 millions $ d’engagements.

Reste que le lac Kivu fait planer le spectre du lac Nyos, situé dans le nord-ouest du Cameroun. En 1986, le lac Nyos avait brusquement lâché dans l’atmosphère une quantité anormalement élevée de dioxyde de carbone (CO2) qui s’était transformée en une nappe asphyxiante, privant d’oxygène de nombreux riverains. Un millier de personnes avaient succombé lors de cette tragédie qui avait entraîné le déplacement de quelque 3 000 villageois.

Alain Botoko estime, quant à lui, qu’à l’inverse, c’est l’inexploitation du gaz méthane qui menace le Kivu et ses populations : « Le gaz méthane inexploité du lac Kivu est toxique et représente un grand danger. Une vraie bombe à retardement ! Si on n’en prend pas soin, ce gaz peut, en se libérant soudainement dans l’atmosphère, tuer des riverains et affecter la biodiversité.»

Jusqu’ici, le Rwanda a réussi à transformer une potentielle menace mortelle dans cette région hautement sismique non seulement en une source d’énergie, mais aussi en une nouvelle source de revenus pour l’État. La RD Congo suivra-t-elle cet exemple ? La question reste entière.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • Soutien bienvenu de la BAD à Inga 3

    La Banque africaine de développement a réaffirmé son soutien au méga barrage d’Inga 3, dont le financement et les objectifs doivent être réaffirmés. Le projet est au cœur de l’ambition de la BAD d’« éclairer l’Afrique ».

  • Niger : Regain d’intérêt pour le solaire

    L’ensoleillement du Niger offre une opportunité aux investisseurs intéressés par le solaire. La demande potentielle est forte, la volonté politique est enfin au rendez-vous, reste à établir un environnement économique attractif, face aux coûts initiaux élevés.

  • Prix Forbes 2018 : Benedict Peters, lauréat

    En 2015, Benedict Peters renforça le portefeuille d’actifs d’Aiteo, avec l’acquisition du plus grand site terrestre d’Afrique subsaharienne (OML 29) pour trois milliards de dollars.  …