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Energie

RD Congo : Le gaz inexploité du lac Kivu

De plus en plus de voix s’élèvent au sein de la société civile pour réclamer l’exploitation du gaz méthane contenu dans le lac Kivu, en vue d’accroître la production énergétique de la RD Congo. Ce dossier prend du retard, tandis que le Rwanda semble montrer l’exemple.

Par J.J Arthur Malu-Malu

Situé à la frontière entre le Rwanda et la RD Congo, le lac Kivu, l’un des plus grands du continent (environ 2 700 km2), est l’un des rares lacs au monde dont la concentration de gaz est suffisamment élevée pour être commercialement exploité. En effet, les études estiment à

55 milliards de mètres cubes les réserves. Si les prévisions des experts sont respectées, cette ressource pourrait générer jusqu’à 500 MW d’électricité en une quarantaine d’années.

Pour relever ses principaux défis économiques, notamment celui de l’industrialisation, la RD Congo doit accroître sensiblement sa production d’électricité qui, pour l’heure, ne parvient pas à couvrir les besoins nationaux, la rendant dépendante en partie de pays voisins pour combler son déficit chronique.

« L’exploitation de ce gaz est une urgente nécessité pour la RDC. C’est un don que la nature nous fait et il est temps qu’on l’exploite pour résorber les questions d’énergie dans l’est du pays. Cette exploitation pourrait se faire pendant plusieurs décennies. Il n’y a plus de forêt autour du lac Kivu, car les riverains coupent du bois de manière excessive pour leurs besoins domestiques », explique Alain Botoko, le président du comité exécutif de l’ONG congolaise Environnement sain sans frontière (ESSF).

De son côté, le Rwanda est passé à la vitesse supérieure en février 2019, concluant un accord de production du gaz butane en bouteilles à partir de la ressource du lac Kivu, avec la société Gasmeth Energy, constituée par des hommes d’affaires américains, nigérians et rwandais.

Le pays a jusqu’ici tablé sur l’extension du gigantesque barrage d’Inga, construit sur les rives du fleuve Congo, aux environs de la ville de Matadi, à quelque 350 km au sud-ouest de Kinshasa.

Le coût de ce projet se situerait entre 13 et 14 milliards de dollars que Kinshasa peine à réunir. Le coup d’envoi des travaux tarde à être donné, les derniers montages financiers n’ayant pas encore été bouclés.

Il se dit déjà que les nouvelles autorités, pressées de montrer les premiers résultats de leur politique, n’attendront pas la réalisation des travaux qui sont censés prendre sept à dix ans.

La donne politique a changé

Dans un pays ensoleillé durant toute l’année et desservi par une hydrographie de rêve, avec un impressionnant réseau de rivières et de cours d’eau, dont des affluents du puissant fleuve Congo, le deuxième fleuve le plus puissant du monde par son débit (80 832 m3/s) après l’Amazone, la solution des énergies renouvelables est-elle la mieux adaptée aux réalités de la RD Congo ? Pour le moment, le débat se focalise sur le lac Kivu.

« Des études ont déjà été effectuées. Des sociétés étrangères, notamment sud-africaines, qui sont prêtes à se lancer. Si l’équipe sortante semblait subir des pressions et freinait toute initiative, la donne a changé avec l’arrivée du président Félix Tshisekedi. Les choses peuvent enfin avancer. C’est une grande opportunité qui se présente. Les riverains du lac Kivu auront accès à une électricité bon marché. Et cela serait une bonne manière de lutter contre la coupe sauvage de bois. La RD Congo a perdu près de 2,5 % de ses forêts ces dernières années à cause de cette pratique qui nuit gravement à l’environnement », affirme Alain Botoko.

Pendant que la RD Congo s’interroge, le Rwanda, avec lequel elle entretient des relations compliquées et empreintes de méfiance depuis le génocide rwandais de 1994, qui a eu des conséquences tragiques sur le sol congolais, a déjà commencé à exploiter le gaz méthane du lac Kivu.

En effet, le Rwanda a marqué des points décisifs face à son grand voisin. Les deux pays avaient conclu un accord en novembre 2015 pour exploiter conjointement la ressource et en partager les bénéfices, au lieu de l’évacuer par d’autres manières. L’accord prévoyait également des mesures de sécurité qui devaient accompagner la mise en œuvre de ce projet ambitieux.

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