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Energie

L’Afrique au coeur des solutions innovantes

Le combat contre le réchauffement climatique et pour la transition énergétique est une cause mondiale. L’Afrique trouve sa pleine place dans les débats. Ses innovations technologiques constituent des premiers éléments de réponse.

Monaco, Guillaume Weill-Raynal, envoyé spécial

C’est le combat majeur de ce siècle. Si nous ne le menons pas, les générations futures n’auront pas à se poser la question, il sera trop tard », s’exclame la maire de Paris, Anne Hidalgo, en présence du prince Albert II, en ouverture de la première édition du Transition Monaco Forum qui s’est tenue, les 26 et 27 juin, dans la principauté de Monaco.

Devant près de 500 participants, une centaine d’intervenants de 43 pays – décideurs publics et privés, investisseurs et entrepreneurs, experts scientifiques, membres de la société civile – ont débattu, pendant ces deux journées, des conditions dans lesquelles la transition énergétique pourrait être concrètement et efficacement mise en oeuvre pour parvenir, dans les prochaines décennies, à assurer à la planète un modèle de développement véritablement durable.

« Un match imperdable, car il n’y a pas de plan B », selon Lionel Le Maux, président d’Aqua Asset Management, une holding engagée auprès des PME des secteurs de l’environnement et des énergies renouvelables, et co-fondateur de la manifestation organisée par Richard Attias & Associates.

Les diagnostics sont maintenant bien connus, confirmés par la communauté scientifique internationale. Mais la cause environnementale ne peut se suffire de déclarations d’intention sans qu’aient été au préalable identifiés les instruments et les outils de sa mise en oeuvre. Au premier rang desquels l’ensemble de ceux qui sont subordonnés à la question du financement.

« Les solutions techniques et innovantes existent, le problème reste leur financement. Les besoins financiers sont immenses et c’est l’un des plus grands problèmes des pays en voie de développement, » analyse Bernard Fautrier, vice-président de la Fondation du prince Albert II de Monaco.

D’où l’originalité de ce forum qui entend s’inscrire dans la pérennité et pour les prochaines éditions duquel les dates sont déjà fixées pour les trois années à venir. « La transition énergétique sera capitalistique », estime Lionel Le Maux. Il va falloir «remplacer une dépense par un investissement dans des objets qui vont produire une énergie non fossile ou en économiser les coûts ». Un mouvement porté par la transition industrielle « où la baisse des coûts va se conjuguer à une hausse des performances, comme ce qu’on a vu avec le téléphone portable».

La question du financement reste entière

Cinq leviers ont déjà été identifiés, comme autant d’outils d’accélération : le financement, la réglementation, le rôle des cités et des territoires, l’innovation, et enfin, le rôle des nouveaux acteurs tels que les sociétés civiles et les ONG. Autant de facteurs qui nécessitent une « implication de tous les membres de l’écosystème ». Une diversité que les organisateurs de l’événement ont voulu exprimer à travers celle des participants, acteurs économiques majeurs publics ou privés, mais aussi jeunes entrepreneurs et dirigeants de start-up.

L’Afrique est concernée au premier chef par ce lien étroit qui unit les problématiques de la révolution numérique, de la transition énergétique et du financement. « Je regarde la transition énergétique et le numérique comme un problème unique, vous ne pouvez pas avoir l’un sans l’autre. Pour que le numérique avance, il faut que la transition énergétique avance aussi », estime Henri Nyakarundi, fondateur et dirigeant de la société ARED.

Une jeune société rwandaise, créée il y a cinq ans, qui possède déjà une première filiale en Ouganda, travaille à se développer vers le Nigeria, le Ghana et le Sénégal, et ambitionne d’être présente dans une vingtaine de pays d’Afrique dans dix ans. Le kiosque digital qu’elle a mis au point propose aux consommateurs africains une plateforme unique de services téléphoniques, mais aussi d’assurances, de paiement par mobiles et de formalités administratives. Un système intelligent fondé sur un mix-énergétique qui combine les énergies traditionnelles au photovoltaïque, et qui permet de toucher les populations urbaines, semi-urbaines et rurales.

Si la source de l’énergie solaire est gratuite, les solutions innovantes ont besoin de financements pour se développer. Lesquels font complètement défaut pour les jeunes entrepreneurs africains. « La majorité du financement de l’innovation en Afrique va plus dans les compagnies étrangères que dans les compagnies locales. Or, nous ne pouvons pas développer l’Afrique avec des technologies étrangères ! », déplore-t-il. Lui-même n’est parvenu à développer sa société que grâce à des financements allemands, qu’il n’a pu obtenir qu’en passant un partenariat avec une entreprise de ce pays, car le gouvernement de Berlin ne peut financer des entreprises étrangères… Il est venu à Monaco, certes, pour rencontrer les professionnels du secteur et s’informer de nouvelles solutions innovantes, mais surtout pour tirer la sonnette d’alarme sur ces problèmes de financement.

Mais les choses commencent à bouger, sur le continent. Le Maroc, tout particulièrement, qui apparaît comme un acteur majeur de l’avenir énergétique de l’Afrique, s’est engagé dans un ambitieux programme de développement de centrales solaires ou mixtes et de centres de production hydroélectriques qui a permis au pays d’atteindre un taux de production d’énergies renouvelables de 37% et qui se fixe pour objectif un taux de 42 % en 2020 et de 50 % à l’horizon 2030.

Un choix rendu obligatoire par les besoins croissants de l’économie marocaine qui augmentent de 4 % à 5 % chaque année. Tous les dix ans, le royaume chérifien doit ainsi doubler ses capacités énergétiques. Le souci du développement compte autant que celui de la préservation de l’environnement. Là encore, deux problématiques indissociables. « Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des énergies fossiles, d’une fluctuation et d’une volatilité des prix des matières premières énergétiques qui mettraient en risque le modèle économique marocain », explique Obaïd Amrane, membre du directoire et numéro deux de MASEN, une société énergétique de droit privé, à capitaux exclusivement publics créée à l’initiative du roi Mohammed VI.

Le pari, au moins pour 2020, est en passe d’être gagné. Le taux de 42 % d’énergies renouvelables pourrait être atteint avant. Fort de ces bons résultats, le Maroc peut prétendre au rôle de locomotive énergétique du continent. Des pays d’Afrique de l’Ouest, de l’Est, d’Afrique centrale et du Nord font appel aujourd’hui à l’expertise marocaine. « Ils nous demandent de les accompagner dans la configuration de leurs projets d’énergies renouvelables ».

Les besoins sont énormes, à la mesure du retard africain, et les solutions innovantes pourraient permettre, en évitant les étapes transitoires du passé des pays développés, de concilier les problématiques économiques et environnementales. Obaid Amrane est confiant : « Les projets vont se développer d’une manière fulgurante. Il y a matière à construire une collaboration entre le Nord et le Sud la plus exemplaire qu’on n’ait jamais vue». 

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