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Le retour de la Russie en Afrique

Alliance Moscou-Le Caire

Compte tenu du peu d’espace à Djibouti, et de la distance relativement grande entre Port-Soudan et l’Éthiopie, la Russie s’ouvre aussi une porte vers l’Éthiopie, un allié du Somaliland.

La construction d’un port à Berbera, au Somaliland, par l’Éthiopie et les Émirats arabes unis, ainsi que le renforcement des liens entre la Russie et ces deux derniers pays, semblent indiquer que la décision de construire une base à Zeila est en partie motivée par des raisons économiques : la base pourrait en effet servir à consolider les relations avec les trois pays.

La Russie et l’Égypte se sont rapprochées sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi après le coup  d’État de juillet 2013. Le commerce bilatéral entre les deux pays a doublé pour atteindre 5,5 milliards $ en 2014.

La Russie et l’Égypte ont réalisé leurs premiers exercices navals conjoints en juin 2015, puis leurs premiers exercices militaires en octobre 2016. La Russie a également déployé des forces spéciales à la frontière libyenne en mars 2017, indiquant le rôle croissant de la Russie en Libye. En octobre 2017, Le Caire a finalisé ses négociations avec Moscou pour la construction de la première centrale nucléaire égyptienne.

L’Égypte espère la reprise du tourisme suite à la décision de la Russie de reprendre les vols à destination du Caire, en avril 2018. Fin 2015, les vols entre les deux pays avaient été interrompus après l’attentat qui avait détruit un avion de ligne russe au-dessus du Sinaï.

Le secteur du tourisme égyptien en a beaucoup souffert, les Russes étant la première nationalité de touristes dans le pays. La reprise des vols va faire revivre le tourisme russe sur la côte de la mer Rouge.

Selon le ministère du Tourisme égyptien, le nombre de touristes russes se chiffrait entre 2,8 millions et 3,1 millions en 2014, générant 2,4 milliards $ selon les estimations. Suite à l’attentat de 2015, l’Égypte a renforcé la sécurité dans ses aéroports. Selon le président égyptien, le retour des touristes russes enverrait le message au monde entier que l’Égypte est redevenu un pays sûr.

Poutine et al-Sissi se sont mis d’accord pour construire une zone industrielle russe en Égypte en 2014. Le parc industriel russe sur le canal de Suez, dont la superficie est passée de 80 à 2 000 hectares, propose un régime fiscal plus avantageux aux entreprises russes. La zone industrielle devrait représenter 77 000 emplois, et 11,6 milliards $ de revenus sont attendus.

La Russie devrait investir environ 4,6 milliards $ dans la construction du parc industriel d’ici à 2035, les fonds provenant d’investisseurs privés. Les travaux débuteront à Port-Saïd Est. La zone industrielle accueillera notamment les grandes entreprises russes Kamaz, GAZ, UAZ, Transmashholding, Gazprom Neft, Tatneft et Inter RAO.

Une présence militaire accrue

En Éthiopie, la visite de Lavrov a montré que la Russie voulait renouer une alliance diplomatique rarement interrompue depuis le XIXe siècle. Sergueï Lavrov a négocié la construction d’un réacteur nucléaire par la Russie sur le sol éthiopien. Il a, en outre, demandé que la Russie devienne membre du Mécanisme de coopération policière de l’Union africaine (AFRIPOL).

De leur côté, les États-Unis ont exprimé leur inquiétude face aux ambitions navales de la Chine en Afrique, mais n’ont pas commenté en des termes aussi forts l’expansion de la Russie en Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Nord. En 2017, la Chine a inauguré sa base militaire à Djibouti, qui peut accueillir 10 000 personnes, plus que le nombre total de soldats aux bases militaires française et américaine dans le pays.

C’est à Djibouti que se situe la plus grande base militaire américaine d’Afrique. Elle permet aux Américains de lutter contre les groupes terroristes en Afrique de l’Est, en Somalie et au Moyen-Orient. Le président Ismail Omar Guelleh a tenu aussi à renforcer la présence de la Chine, de la Russie, de la Turquie, des Émirats et du Qatar à Djibouti.

L’influence militaire de la Russie est notable en Afrique, à en juger par les forces déployées sur le continent, mais aussi de transactions militaires avec différents pays. La Russie est le deuxième exportateur d’armes du monde et l’un des plus grands fournisseurs d’armement à l’Afrique. Malgré la controverse et les questions éthiques que cela suscite (ce sont souvent des armes russes que l’on retrouve dans des pays soumis à un embargo sur les armes), l’exportation d’armes est sans conteste l’un des avantages comparatifs qu’offre la Russie.

Une terre d’opportunités pour la Russie

D’autre part, la Russie fournit un grand nombre de troupes pour les missions de maintien de la paix de l’ONU. Le nombre de ces soldats russes dépasse ceux envoyés par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Les intérêts russes en Afrique ne sont pas seulement d’ordre militaire, ils sont également économiques. La vaste population africaine, qui devrait atteindre 2,4 milliards de personnes en 2050 et plus de 4 milliards de personnes à l’horizon 2100, offre un vaste marché pour les produits russes. L’essor de la classe moyenne africaine rend ce marché encore plus attrayant.

Plus de 620 millions de personnes en Afrique n’ont pas encore accès à l’électricité – une aubaine pour l’industrie nucléaire russe. La Russie a déjà approché plusieurs pays d’Afrique à ce sujet, notamment l’Égypte, l’Éthiopie, le Soudan et l’Afrique du Sud. Moscou convoite aussi les ressources naturelles africaines (en particulier l’uranium de Namibie et le platine du Zimbabwe), ainsi que des produits agricoles. Les plus gros investisseurs russes sont des entreprises telles que Gazprom, Lukoil, Rostec et Rosatom, qui ont des intérêts en Algérie, en Égypte, au Sud Soudan, en Ouganda et en Angola.

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