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Le retour de la Russie en Afrique

Des relations bilatérales renouées

D’un point de vue commercial, l’essor de la classe moyenne africaine crée un vaste marché de consommateurs, sur lequel la Russie peut vendre ses produits. Les matières premières africaines peuvent également être utiles à la production russe. Les entreprises russes ont mis en oeuvre plu-sieurs projets intéressants dans des pays africains. Au Zimbabwe, par exemple, la Russie va construire une mine pour exploiter l’un des plus grands gisements de métaux du groupe du platine.

La Russie semble renouer ses liens avec l’Angola également. Alrosa, le géant russe, exploite les diamants dans ce pays. Des discussions sont en cours pour la production d’hydrocarbures, l’Angola étant l’un des plus grands producteurs pétroliers du monde et membre de l’OPEC.

L’entreprise russe Roscosmos a récemment proposé de construire le deuxième satellite d’Angola. Ce dernier investira 121 millions $ tandis que la Russie apportera les 320 millions $ restants. De même, l’Angola et le Mozambique coopèrent activement avec la Russie pour la production d’équipement militaire.

Sergueï Lavrov est attaché au renforcement des liens avec le nouveau gouvernement du Zimbabwe, mis en place après le renversement de Robert Mugabe. Il sera intéressant de voir comment évolue cette relation, compte tenu de l’influence de la Chine dans ce pays. Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, s’est rendu en Chine pour discuter d’une collaboration liée à l’initiative de la nouvelle Route de la soie.

Une commission intergouvernementale sur la coopération économique entre la Russie et la Namibie a récemment été établie. Visiblement, la Russie projette d’accroître les exportations de ses produits agricoles dans ce pays (blé, produits laitiers, volailles, etc.). La Chine pourrait faire concurrence à la Russie sur ce terrain. Comme son homologue du Zimbabwe, le président namibien Hage Geingob a rencontré le président chinois Xi Jinping en vue de la participation du pays à la nouvelle Route de la soie.

Des liens historiques avec le Soudan

Dans le même temps, un comité de sanctions de l’ONU vient d’autoriser la Russie à vendre des armes à la République centrafricaine, qui peine à contenir un conflit ethnique et religieux. Un contingent de formateurs militaires russes s’est également rendu sur place. Le président Faustin- Archange Touadéra a fait savoir qu’il voulait renforcer sa coopération avec la Russie, notamment dans le domaine des infrastructures et de l’éducation. C’est particulièrement dans les États fragiles, tels que la République centrafricaine, que les Russes veulent accroître leur part de marché.

D’un point de vue commercial, l’essor de la classe moyenne africaine crée un vaste marché de consommateurs, sur lequel la Russie peut vendre ses produits. Les matières premières peuvent également être utiles à la production russe.

Avec certains pays, la Russie entretient des liens de nature sécuritaire tandis qu’avec d’autres, les relations sont davantage axées sur le commerce. Parfois, les liens sont à la fois économiques et militaires.

La Russie et le Soudan entretiennent des liens économiques, politiques et militaires depuis des décennies. La Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, et la Chine, se sont opposées à l’envoi d’une mission de paix au Darfour, bien que le Soudan ait accepté la mission dans le cadre de l’accord de Paix global signé en 2005. En outre, la Russie fournit des armes aux pays depuis longtemps.

Sur le plan militaire, le Soudan et la Russie ont convenu d’un programme visant à augmenter la capacité militaire du Soudan, pour permettre au pays de dissuader tout agresseur. La force aérienne soudanaise est principalement composée d’avions russes, tandis que la majeure partie du matériel militaire dont dispose le Soudan a été fournie par la Russie. Le nouveau programme n’est donc que la continuité de la politique en place.

C’est lors d’un voyage en Russie en novembre 2017 qu’al-Bashir a demandé la coopération de Moscou dans le domaine de l’énergie nucléaire. La Russie a accepté de fournir au Soudan une centrale nucléaire flottante de faible capacité pour produire de l’électricité, et prévoit d’achever les études techniques d’ici huit ans.

Le projet fait partie d’un plan visant à produire plus de 5 000 mégawatts en 2020. Al-Bashir a également discuté de l’installation de bases militaires sur la côte de la mer Rouge avec le Président Poutine et son ministre de la Défense. D’autre part, il a exprimé son soutien concernant le rôle de la Russie en Syrie. Tout se passe comme si al-Bashir encourageait la Russie d’utiliser le Soudan comme passerelle vers l’Afrique.

Sur le plan commercial, le Soudan a invité des entreprises russes à participer au développement de son industrie pétrolière. Il a proposé aux entreprises plusieurs sites pétroliers, y compris des gisements exploités par d’autres sociétés étrangères, dont les Russes pourraient accroître la production.

La position stratégique de la Corne de l’Afrique

Le Soudan a fait du développement de l’industrie pétrolière une priorité après la sécession avec le Sud Soudan en 2011. Les deux pays demeurent dépendants l’un de l’autre : tandis que le Sud Soudan possède 75 % des réserves pétrolières, l’unique voie de transport vers les marchés internationaux se trouve au Soudan. Rosneft, Gazprom, Lukoil, et Tatneft font partie des entreprises russes invitées par le gouvernement à exploiter les ressources pétrolières du Soudan.

La Russie négocie actuellement avec les dirigeants du Somaliland pour y implanter une base navale capable d’accueillir ses navires de guerre et ses sous-marins. Cette base aurait aussi l’avantage de se trouver près des routes maritimes très fréquentées sur lesquelles sont acheminés la plupart des produits provenant d’Europe.

Si cette base navale venait à voir le jour, ce serait la première base navale russe en Afrique depuis la Guerre froide – un succès pour Poutine, déterminé à restaurer la puissance de la marine russe. La base devrait abriter deux destroyers, quatre frégates, deux vastes abris pour sous-marins, deux pistes d’avion pouvant accueillir six gros appareils et quinze avions de chasse. Quelque 1 500 personnes devraient y travailler.

Selon certaines sources, la base navale serait implantée près de la ville de Zeila, à la frontière avec Djibouti – près de la base chinoise ouverte l’an dernier. Étant donné que les États-Unis et la Chine ont des installations militaires à Djibouti, il ne serait pas étonnant que la Russie veuille s’y installer également.

Selon Andrew Foxall, directeur du Centre d’études sur la Russie et l’Eurasie, la Corne de l’Afrique revêt une importance stratégique capitale pour diverses raisons : elle permet, entre autres, d’accéder au Moyen-Orient et d’exercer une influence sur le Canal de Suez via le golfe d’Aden. C’est pourquoi la Russie aurait proposé de reconnaître la République du Somaliland en échange de sa présence sur le territoire et de former le personnel militaire du pays afin de renforcer sa sécurité.

Cette base navale au Somaliland s’inscrit dans la stratégie du « Pivot vers l’Afrique » de Moscou. Elle permettrait, le cas échéant, à la Russie de servir de médiateur entre le Somaliland et la Somalie et de s’attirer les faveurs des deux pays ainsi que de leur voisin, l’Éthiopie.

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