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Le retour de la Russie en Afrique

Peu analysée, la présence nouvelle de la Russie en Afrique ne cesse d’intriguer. Incontestablement, le pays de Vladimir Poutine cherche à étendre son influence en investissant sur le dernier marché-frontière qu’est le continent africain.

Par Johan Burger, directeur du Centre d’études africaines *

Après plusieurs décennies d’affronte- ment entre l’Union soviétique et les États-Unis, la chute de l’URSS a sus-cité un monde unipolaire, dominé par les États-Unis – jusqu’à ce que la Chine s’impose. Aujourd’hui, la carte géopolitique mondiale se redessine de nouveau : les États-Unis perdent du terrain, l’Union européenne affiche des signes de division et de nouveaux acteurs s’affirment.

Avec sa position géographique stratégique, ses abondantes ressources naturelles, ses marchés en pleine expansion et sa population jeune, l’Afrique pèse davantage sur l’échiquier mondial. Alors que les projecteurs sont braqués sur la présence de plus en plus marquée de la Chine sur le continent, la progression de la Russie en Afrique passe presque inaperçue.

Les sanctions occidentales ont affaibli la Russie qui cherche à trouver de nouvelles sources de revenus et à renforcer sa présence militaire, par exemple dans la Corne de l’Afrique, en Égypte et au coeur du continent, riche en ressources naturelles.

Il y a vingt ans, la Russie était un acteur majeur en Afrique, contrebalançant la présence occidentale. Elle s’est retirée à la fin de la Guerre froide avant de décider de revenir en force ces dernières années. Que cherche la Russie en Afrique ? Quelles motivations sont à l’origine de la stratégie africaine de Poutine ?

Comment est perçue la présence de la Russie sur le continent par les dirigeants africains et les autres pays du monde ? Quels sont les avantages et les dangers de cette alliance ? Certains considèrent qu’on assiste à une nouvelle « ruée » vers l’Afrique. Les principaux acteurs sont la Chine, l’Europe et les États-Unis.

Pourtant, d’autres pays convoitent aussi le continent : l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Iran, la Corée du Sud et les pays du Golfe veulent développer leur coopération avec l’Afrique. Le volume d’échanges de la Russie avec l’Afrique est inférieur à celui de presque tous les acteurs que nous venons de citer. Ce commerce représente moins de 12 milliards de dollars. Néanmoins, dans certaines régions, la concurrence est vive entre la Russie et d’autres acteurs.

À l’époque de la Guerre froide, l’Union soviétique exerçait une grande influence en Afrique. La chute de l’URSS y a mis fi n. Il semble aujourd’hui que la Russie ait de nouvelles aspirations en Afrique, comme l’ont révélé les visites du ministre des Affaires étrangères russe dans plusieurs pays africains cette année.

Quasi-triplement du commerce

Ces visites ne pouvaient avoir lieu à un meilleur moment : l’Afrique est en quête de nouveaux partenaires stratégiques et une nouvelle dynamique géo- politique s’installe. Le Royaume-Uni et les États- Unis – partenaires traditionnels du continent –, adoptent une politique plus isolationniste, suite au Brexit et à l’élection de Donald Trump.

Comme la Chine, la Russie a bénéficié de ce repli occidental. Moscou était d’autant plus intéressé qu’il recherchait de nouveaux partenaires commerciaux depuis les sanctions occidentales qui ont suivi l’invasion de la Crimée. De surcroît, Poutine a la volonté de rendre à la Russie son pouvoir perdu. Le mode d’investissement de la Russie en Afrique – sans les conditions ni les prescriptions morales qu’impose l’Occident – ouvre également la voie aux échanges économiques.

Le commerce et les investissements entre la Russie et l’Afrique ont ainsi presque triplé entre 2005 et 2015. Avec l’expansion de la présence russe en Afrique, la concurrence avec d’autres acteurs se fait plus vive. La Russie souhaite, par exemple, participer à la construction de centrales nucléaires sur le continent mais elle n’est pas le seul pays à vouloir le faire et rencontre une certaine opposition.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a entrepris un voyage de cinq jours en Afrique en mars 2018, au cours duquel il s’est rendu en Angola, en Namibie, au Mozambique, au Zimbabwe et en Éthiopie. Cette visite illustre l’intention de la Russie de développer sa présence.

Elle est aussi une réaction au refroidissement de ses relations avec l’Occident. « Les Russes ont des priori-tés commerciales tandis que la visite des Américains était motivée par des questions de paix et de sécurité », commente un expert qui fait allusion à la tournée en Afrique de l’ancien secrétaire d’État, Rex Tillerson.

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