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Cesar Augusto Mba Abogo, ministre des Finances et du budget…

Nous avons rencontré le nouveau ministre des Finances et du budget au lendemain de la Conférence économique nationale organisée pour faire le point sur le programme Horizon 2020.

Entretien avec Omar Ben Yedder 

Comment décririez-vous la situation économique du pays depuis ces trois dernières années ? Où en sommes-nous aujourd’hui et quelles sont les perspectives ? 

Après l’effondrement du prix du pétrole en 2014, nous avons repensé notre modèle de développement. Depuis trois ans, nous avons procédé à de sérieux réajustements. La chute du prix du baril était une très mauvaise nouvelle pour les pays exportateurs de matières premières et nous n’avons pas fait exception. Nous avons dû réfléchir aux moyens d’accroître nos revenus non pétroliers et de stimuler le secteur privé. 

Notre plan de développement reposait sur le secteur des hydrocarbures et nous sommes parvenus à transformer nos infrastructures, mais lorsque nous avons été frappés par la crise pétrolière, nous avons dû trouver des solutions à long terme pour diversifier l’économie.

Nous avons ainsi dû revoir notre cadre juridique, faciliter les affaires, créer des chaînes de valeur locales et mieux nous intégrer aux chaînes logistiques internationales. Nous avons lancé un dialogue national réunissant différents acteurs, des sociétés privées, le gouvernement et des partenaires de développement pour avoir une discussion franche, réfléchir aux moyens d’améliorer notre compétitivité, d’encourager davantage d’investissements et de lever des obstacles.

Nous avons fait appel à la Banque mondiale pour qu’elle nous aide à revoir nos politiques, supprimer les obstacles pour améliorer le climat des affaires, et permettre au secteur privé de prospérer. Nous avons également travaillé avec les Singapouriens, qui excellent dans ce domaine, afin d’améliorer notre compétitivité. 

Depuis trois ans, nous réajustons l’économie afin que le secteur privé puisse prendre la relève. 

Jugez-vous que le prix du baril, à environ 70 $, est adéquat ? 

En tant que ministre des Finances, je préférerais bien sûr qu’il soit plus élevé. Mais nous sommes très prudents et nous avons prévu un budget tablant sur un prix inférieur. C’est une bonne nouvelle que le prix soit à présent supérieur à 70 $ le baril, mais nous ne voulons pas nous faire d’illusions ni dévier notre énergie du travail que nous réalisons depuis trois ans pour transformer notre économie et la rendre moins dépendante de l’État et des revenus pétroliers. 

À quel prix doit être le baril pour équilibrer votre budget ? 

L’an dernier, nous nous sommes basés sur un prix du pétrole à environ 50 $ le baril. Nous sommes donc satisfaits que le cours soit plus élevé. Mais, comme je l’ai dit auparavant, nous ne voulons pas compter là-dessus. Nous savons qu’il nous reste beaucoup à faire pour restructurer l’économie et nous ne pouvons pas nous écarter de cet objectif. 

Quelles sont les perspectives de croissance pour le pays ? 

Au plus fort de la crise, nous avons enregistré une croissance économique négative de -8,9 %. L’an dernier, le taux était de -4,7 % et, cette année, nous allons enfin obtenir une croissance positive de l’ordre de 1 % avant de rebondir réellement en 2020. Mais, je dois dire que nous avons amélioré la résistance de l’économie, parce que le choc était important. 

Vous êtes actuellement en discussions avec le FMI. Comptez-vous demander un prêt comme les autres pays d’Afrique centrale ont dû le faire ? 

Nous faisons partie de la Cemac, au sein de laquelle nous utilisons une monnaie commune. Après la chute du prix des matières premières, nous avons décidé ensemble de suivre un programme du FMI, suite à la visite…

Nous avons dépassé les attentes dans les infrastructures, les indicateurs sociaux et la gouvernance. Nous n’avons pas suffisamment diversifié l’économie, mais nous avons créé le socle qui nous permettra d’y parvenir.

…de Christine Lagarde, en 2016. En tant que membre de l’Union monétaire, nous avons la responsabilité de préserver la stabilité. Nous avons travaillé avec le FMI pour renforcer notre situation budgétaire et accroître les revenus hors pétrole. Nous avons commencé à discuter de programmes financiers, mais ce n’est pas pour tout de suite. 

Lorsque le pays était en récession, vous auriez pu contrebalancer le ralentissement en augmentant les dépenses publiques, selon une logique keynésienne. Pensez-vous que vous auriez dû accroître les dépenses pour stimuler l’économie ? 

Notre priorité était de veiller à ce que les plus vulnérables ne sombrent pas dans la pauvreté. Nous avons conservé nos programmes sociaux et nous y avons même consacré un budget supérieur. Nous voulions également améliorer l’efficacité de nos dépenses publiques. 

Outre transformer l’économie pour la rendre plus dynamique, nous avons voulu renforcer notre système de protection sociale – un filet de sécurité qui permet de protéger les populations les plus fragiles. 

Vous avez donc réduit les dépenses dans les infrastructures mais augmenté les dépenses sociales ? 

Nous avons réduit les dépenses dans les infrastructures mais nous nous sommes efforcés de les rendre plus efficaces, d’évaluer leur impact et de bien choisir les dépenses à réaliser. Nous avons fait appel à l’expertise de la Banque mondiale pour qu’elle nous aide à mieux planifier, mettre en oeuvre et suivre nos plans d’investissement. 

L’agriculture affichait un taux de croissance supérieur à celui des autres secteurs pendant la récession. En dehors du secteur du gaz et du pétrole, comment se portent les autres industries ? 

La diversification de l’économie est un défi. Aujourd’hui, nous avons les bases nécessaires pour permettre une diversification économique plus rapide. On ne peut pas diversifier l’économie à l’aide d’un simple décret. Mais nous menons des réformes pour faciliter les affaires et nous devons nous assurer que les agents et les institutions qui peuvent jouer un rôle dans la diversification de l’économie soient en mesure de mobiliser des ressources, de travailler et de communiquer. 

Nous bénéficions d’une situation géographique stratégique et nous avons un régime politique stable. Nous examinons tous les domaines où nous pouvons apporter des améliorations. Nous avons lancé un programme pour restructurer toutes les sociétés publiques : électricité, eau, routes, ports, etc. Cela devrait favoriser les partenariats public-privé et stimuler le secteur privé. Le secteur public doit intervenir dans certains secteurs tandis que les autres doivent être gérés par le secteur privé. 

Quelles sont les sociétés publiques que vous restructurez ? 

La société d’électricité, la société qui gère la distribution des biens immobiliers publics, les sociétés de pétrole et de gaz ainsi que l’autorité portuaire font l’objet d’une restructuration. 

Y aura-t-il des privatisations ? 

Dans certains cas, oui. Nous avons défini trois catégories. Dans certains secteurs, le privé doit prendre la relève ; dans d’autres, des PPP seront signés et, ailleurs, nous aurons des entreprises publiques mais nous veillerons à ce qu’elles soient mieux gérées. 

Selon vous, il y a eu trop d’investissements publics et pas assez d’investissements privés dans l’économie ? 

Oui, c’est vrai. C’est évident. Hormis le secteur du pétrole et du gaz, où les investissements privés ont été importants, l’État a beaucoup contribué ; mais le modèle n’est pas viable. Nous devons impliquer le secteur privé et créer une nouvelle dynamique de dialogue entre le secteur privé et le gouvernement. C’est la voie que nous prenons. 

ENCADRE

Des responsabilités nouvelles 
Ces cinq dernières années, Cesar Augusto Mba Abogo était le secrétaire d’État chargé de coordonner la deuxième phase du Plan de développement Horizon 2020. Le plan a été divisé en deux phases. La première phase (2007-2014) était axée sur la modernisation des infrastructures du pays tandis que la seconde visait à diversifier l’économie, en utilisant les ressources d’hydrocarbures pour stimuler la croissance économique. 
En avril 2019, Mba Abogo est devenu ministre des Finances et du budget. Incarnation même de la nouvelle génération de jeunes ministres dynamiques, Mba Abogo veut transformer son pays et montrer qu’il est possible en Afrique d’accomplir de grandes choses et d’obtenir des rendements élevés. Dans le cadre de l’initiative Horizon 2020, Cesar Mba Abogo était notamment chargé de mobiliser des investisseurs nationaux et internationaux. On comprend pourquoi : il est aussi à l’aise en négociant avec des banquiers d’investissement de Wall Street ou des IFD qu’avec l’homme de la rue – charmant, humble mais avec une idée très claire des objectifs qu’il veut atteindre. 
Il est depuis longtemps considéré comme l’une des étoiles montantes du gouvernement. Devenu ministre, il a aujourd’hui davantage de responsabilités et doit mener les réformes structurelles dont le pays a besoin. Malgré des investissements très importants qui ont permis de moderniser les infrastructures du pays, l’économie demeure trop dépendante des dépenses publiques pour stimuler la croissance. La chute des prix des matières premières et du pétrole en 2015 a sonné comme un coup de semonce, estime le ministre. Elle a également souligné la nécessité d’accélérer la diversification économique et de renforcer les filets de sécurité dans le domaine social. 
La Conférence économique nationale, organisée au printemps, a permis de faire le point sur Horizon 2020, de définir de nouveaux objectifs pour 2035, et de s’assurer que le plan national de développement est aligné sur l’Agenda 2063 et les Objectifs de développement durable de l’ONU.


Quelle part du budget consacrez-vous à l’éducation ? À la santé ? Aux infrastructures ? 

Nous voulons que les postes budgétaires soient plus clairs. Tout est publié en ligne mais, auparavant, nos définitions ne correspondaient à celles du FMI ou de l’ONU, ce qui fait que nos dépenses sociales semblaient inférieures à ce qu’elles sont réellement. Nous classifions nos dépenses dédiées aux écoles, aux hôpitaux et au logement social dans la catégorie des infrastructures au lieu de celle des dépenses sociales. Nous divisons notre budget en quatre catégories : les dépenses sociales, les infrastructures, la gouvernance et le secteur productif. Les dépenses sociales représentent 25 % de notre budget. C’est le plafond que nous avons convenu avec le FMI. 

Par secteur productif, vous incluez les dépenses publiques dans des secteurs comme l’agriculture par exemple ? 

Oui. 

À quoi sont consacrées vos dépenses dans la gouvernance ? 

Il s’agit des dépenses destinées au secteur public, à la législation, au fonctionnement des institutions, etc. 

Envisageriez-vous d’émettre une euro-obligation pour renforcer les finances publiques ? 

Nous pensons que nous devons plutôt mobiliser davantage de fonds au niveau national. Par exemple, la moyenne de notre pays en termes de perception des droits de douane s’élève à peine à 1 % du PIB. Elle est proche de 5 % dans les pays similaires au nôtre.

Il en va de même pour la TVA et d’autres revenus. Nous avons beaucoup à faire dans ces domaines. Et nous avons également le problème de l’économie informelle. Nous devons réfléchir aux moyens de mobiliser des fonds pour le long terme. Mais, à court terme, notre objectif est d’améliorer la mobilisation au niveau national et c’est aussi ce que nous avons convenu avec le FMI. 

Vous venez d’achever la troisième conférence économique. Comment résumeriez-vous le principal message ? 

Ce message est très simple. La devise des ODD (Objectifs de développement durable) de l’ONU est « personne ne doit être laissé pour compte ». Celle de l’Agenda 2063 de l’Union africaine est « L’Afrique que nous voulons ». Connaissez-vous ce proverbe africain : « Si vous voulez aller vite, partez seul; si vous voulez aller loin, partez avec d’autres » ? Le message de notre Conférence économique nationale est le suivant : « nous allons avancer ensemble ».

Nous avons défini un plan à l’horizon 2035 et nous pensons que d’ici là, nous pouvons réaliser un grand nombre des ODD et avoir bâti une société inclusive, diversifiée et durable. Nous l’avons baptisé : « Plan de développement durable stratégique – avançons ensemble. » 

Vous arrivez au terme du plan Horizon 2020. Qu’avez-vous accompli ? 

Nous sommes allés au-delà de tous nos objectifs. Lorsque nous avons établi ce plan, certains ont jugé que l’on allait gaspiller de l’argent dans les infrastructures et qu’on n’atteindrait pas nos objectifs. 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Nous avons rebâti le pays, pas seulement autour des zones urbaines. Nous avons apporté dans l’ensemble du pays des routes, de l’électricité, de la fibre optique, de l’eau, et l’assainissement des eaux.

La situation politique est stable et le rapport sur les Objectifs de développement du millénaire de 2015 a montré que la Guinée équatoriale avait changé de profil social. Nous avions fait quatre promesses. Nous avons dépassé les attentes dans trois domaines : les infrastructures, les indicateurs sociaux et la gouvernance.

Nous n’avons pas suffisamment diversifié l’économie mais, la bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, nous avons créé le socle qui nous permettra d’y parvenir et nous pouvons diversifier l’économie en tenant compte de la durabilité et de l’inclusion.

Les principaux objectifs de notre conférence économique nationale étaient de nous assurer que l’Agenda 2063 et les ODD étaient bien intégrés à nos plans de développement national et de proposer un mécanisme permettant de mobiliser les ressources. C’est ce que nous avons fait. 

Souhaitez-vous ajouter autre chose ? 

Je me rappelle vous avoir rencontré à Londres. Continuez de parler de l’Afrique, car l’une des difficultés auxquelles nous sommes confrontés, ce sont les stéréotypes. L’Afrique est victime de stéréotypes qui n’encouragent pas les investisseurs à venir saisir les opportunités qui se présentent sur le continent.

La population est en augmentation, la consommation de technologies et de TIC est en augmentation et l’Afrique présente de nombreuses opportunités. Ainsi, en faisant connaître nos pays et l’Afrique, vous rendez service à l’Afrique mais aussi aux investisseurs.

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