Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Emmanuel Dupuy : Conjuguer action militaire et approche civile

Emmanuel Dupuy, spécialiste des relations internationales, revient sur le dispositif militaire et les moyens humains mis en oeuvre dans la région du Sahel. Une organisation où tous les acteurs doivent trouver leur place et coordonner leurs actions.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

En quoi le G5 Sahel, en voie de trouver ses marques et ses moyens financiers, sera-t-il l’instrument pour sécuriser le Sahel ?

La montée en puissance du G5-Sahel implique trois phases concomitantes, sur le plan militaire, à court terme (avant la fin du premier semestre de 2018) et une quatrième, d’ordre plus stratégique, à envisager sur un temps plus long (plusieurs années).

La première est le volet financier. Depuis la réunion des donateurs du 23 févriers, quelque 250 millions d’euros sont à disposition pour équiper, former et entraîner les cinq bataillons des pays impliqués à travers la Force conjointe du G5-Sahel, portée à son objectif de 5 000 hommes.

Néanmoins, il faudra réunir 425 millions d’euros par an pour que le bouclage financier soit complet. Le tour de table financier engage désormais l’Arabie Saoudite (100 millions de dollars), les Émirats Arabes Unis (30 millions $), les États-Unis (60 millions $) ainsi que l’UE, qui a doublé sa contribution, en la portant à 100 millions d’euros. Sans oublier les 35 millions d’euros que la France s’est engagée à investir, aux côtés du financement déjà lourd de l’opération Barkhane, engageant près de 4 000 hommes pour un montant avoisinant les 800 millions d’euros/an. On attend d’autres participations, du côté japonais, russe, britannique…

La deuxième phase est d’ordre organisationnel. La nomination de Manan Sambo Sidikou, en tant que secrétaire permanent du G5 Sahel, ainsi que la désignation du commandant de la Force conjointe, le général malien Didier Dakouo, viennent clore ce préalable à la mise en oeuvre concrète de l’action du G5-Sahel. La troisième phase reste encore à accomplir. Il s’agit, pourtant, de la plus importante : celle des premières opérations menées par la Force conjointe et ses succès attendus.

En parallèle, l’Alliance pour le Sahel, proposée par la France, le 13 juillet dernier, par le truchement notamment de la nouvelle stratégie de l’AFD « Vulnérabilités aux crises et résilience (2017-2021) », mêlant actions de développement et appui au secteur de la sécurité est de nature à stabiliser après la phase de sécurisation.

Cette nouvelle « Alliance pour le Sahel » s’inscrivant dans une « Coalition pour le Sahel », aux côtés de nos partenaires allemands, de l’UE, du PNUD, de la Banque mondiale, qui va au-delà du seul vote sécuritaire, repose sur trois piliers. Le premier est la « priorisation » des projets, dans un souci de clarté et de lisibilité des actions engagées dans un délai de cinq ans. Le deuxième est la « redevabilité », dans une logique d’atteinte des objectifs. Le troisième pilier est l’« efficacité », qui consiste à réduire le temps de mise en oeuvre des projets et à chercher l’amélioration de la capacité d’absorption des pays bénéficiaires, à l’instar de la diversification des acteurs et du renforcement des maîtrises d’ouvrage des projets.

Ces trois priorités mettent ainsi en exergue l’objectif du renforcement de la coordination dans cinq domaines que sont l’employabilité des jeunes, l’éducation et la formation ; l’agriculture et la sécurité alimentaire ; le climat et les énergies vertes ; la gouvernance, le renforcement des systèmes judiciaires et la lutte contre la corruption ; et, in fine, le retour des services de base, notamment au travers de l’appui à la décentralisation.

C’est avant tout de cette conjonction entre action militaire et approche globale (civile) que réside la clé de réussite du G5 Sahel. C’est celle qui crédibilisera et de facto pérennisera la nouvelle structure. Dans la logique de la « relativité » de la victoire dans les conflits asymétriques, et l’impossibilité de conclure un cessez-le-feu avec les groupes armés terroristes, seule une action à long terme permettra d’« assécher » le terreau qui rend les populations marginalisées, qui deviennent des terres d’ancrage et des viviers de recrutement des organisations djihadistes et groupes criminels, aux objectifs bien souvent imbriqués.

La diplomatie militaire de la France est contestée par les Africains. En quoi son action profite-t-elle au continent, au-delà de ce rôle de gendarme ?

La présence en Afrique ne se résume pas aux quelque 8 000 hommes qui y sont stationnés en permanence, par exemple dans nos bases de Dakar au Sénégal (350 hommes), de Libreville au Gabon (350) et de Djibouti (1 900). Il faut aussi tenir compte de la capacité d’action «diplomatique» que nous confère notre engagement dans les principaux théâtres d’opérations sur le continent et au large de ses côtes, notamment ceux engagés depuis août 2014 dans l’opération…

Related Posts