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African Business

Edem Adzogenu parle des standards africains

Le conseiller spécial du comité exécutif d’AfroChampions revient sur les fondements de l’Initiative et sur les premiers retours des tournées d’information qu’elle déploie.

Quel premier bilan tirez-vous de cette tournée ?

Elle constitue une réussite dans la mesure où il nous a permis de valider plusieurs hypothèses. La première, c’est que le secteur privé a la volonté d’être engagé dans ce processus. C’est important pour ses représentants de pouvoir dialoguer avec les acteurs publics. La seconde, c’est que nous constatons qu’il y a énormément de dimensions à prendre en compte pour que l’accord sur la ZLEC fonctionne : en matière de douanes, de commerce, de facilitation des échanges, etc.

La liberté de déplacement des gens dynamisera le potentiel touristique mais aussi la circulation des marchandises. Nous devons abaisser les barrières pour exploiter tout le potentiel du commerce.

Tous ces aspects sont importants. Nous constatons, également, une possibilité de poursuivre ce dialogue que nous avons commencé d’engager, de nouer un suivi avec le secteur privé. Tous les gens que nous venons de rencontrer sont intéressés par cette plateforme qui va leur ouvrir un accès auprès des institutions de l’UA.

De plus, cette tournée nous a permis d’organiser un certain nombre de mises en relations, et de partages de bonnes pratiques. Ces connexions entre hommes et femmes d’affaires favorisent tout ce que nous essayons de créer en matière de transfert de compétences et de savoir entre ces générations successives d’entrepreneurs, afin de développer un modèle et des standards africains qui soient pertinents pour nous.

Jusqu’à présent, il y a eu beaucoup de copier-coller de normes venues de l’étranger – du monde occidental – mais qui, parfois, sont moins pertinentes. Nous avons vu beaucoup de multinationales étrangères se perdre, et perdre leur âme, en exploitant les individus et les ressources de manière abusive. C’est précisément pour proposer une nouvelle façon de faire que nous avons mis en place la Charte des AfroChampions : une nouvelle façon de faire de la croissance qui ne se fasse pas aux dépens de certaines populations ou de certaines catégories de personnes.

Le secteur privé est au coeur de l’initiative AfroChampions. Comment comptez-vous mobiliser le plus possible d’acteurs de ce secteur, à l’instar de personnalités telles qu’Aliko Dangote ?

Nous avons pour objectif de créer une masse critique plus importante de champions, qui puissent s’inscrire dans le sillage des champions qui existent déjà. Effectivement, certaines personnalités nous ont déjà rejoints, comme Aliko Dangoté ou Kuseni Dlamini Kuseini, Paul Fokam ou Jean-Louis Billon, qui viennent de l’ensemble du continent – c’est un point très important car ce sont des gens qui ont un esprit panafricain – mais ce sont surtout des gens qui ont travaillé à cette intégration avec leur écosystème local. Par leur activité, ils ont aidé des contractants locaux et des entreprises plus petites, ils ont développé des chaînes de valeurs à l’échelle de leur activité. C’est ce qui nous intéresse.

Ce sont des pionniers dans la mesure où, si pour le moment, aucune entreprise africaine ne figure dans le classement Fortune 500, cela arrivera un jour. Et surtout, ces pionniers vont aider les autres, dans leur écosystème, à émerger pour devenir des afro-champions. Nous avons pour objectif d’inspirer l’excellence, le respect des principes auxquels nous croyons et qui sont inscrits dans notre charte.

Notre priorité est de définir ces standards africains. Toutes les sociétés ne cherchent pas à développer un écosystème local, à faire de la croissance inclusive, à s’intégrer ou à créer des chaînes de valeur régionales. Ce qui est important pour le continent, c’est que nous développions ces standards-là, de telle sorte que le respect inspiré par les AfroChampions incite d’autres gens à les prendre pour modèle et à suivre leurs pas. C’est par ce mécanisme que nous entendons créer cette masse critique d’acteurs.

Quelles seront les prochaines étapes après la première tournée d’information sur la ZLEC ?

Cette tournée n’est pas une fin en soi, d’autres vont suivre. Dans l’immédiat, nous avons considéré comme stratégiquement prioritaire de nous rendre dans tous les pays qui ont signé l’accord ZLEC. Ils sont 44, et l’agenda sera donc chargé. Il s’agit d’une étape importante dans la mesure où ce n’est pas parce que le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Ghana ont signé que les enjeux ont forcément été bien compris par les entrepreneurs de ces pays.

Nous devons donc en faire la pédagogie. À cet égard les nombreuses questions qui nous ont été posées lors des discussions que nous avons eues ont fait apparaître la nécessité de bien expliquer le calendrier de mise en oeuvre, le contenu de la réforme et l’impact de la libre circulation. Toutes ces questions qui ont été soulevées doivent être davantage expliquées aux entrepreneurs. Il est donc très important pour nous de continuer ces tournées et de ne négliger aucun pays.

Quel sera le rôle des Fonds souverains en termes de financement et d’impact sur les économies des pays africains ? Comment en faire une véritable force ?

C’est un des aspects essentiel de notre programme AfroChampions dans la mesure où nous poursuivons un but d’intégration économique. D’un côté, l’intégration économique relève de la ZLEC et, de l’autre, la libre circulation des marchandises suppose un réseau d’infrastructures. Or, ces infrastructures, aujourd’hui, nous ne les avons pas. Seuls les investissements des fonds souverains nous permettront de les avoir.

Notre projet repose donc sur une vision très cohérente qui prend en compte le lien entre toutes les problématiques. Voilà pourquoi nous souhaitons voir se créer cette alliance entre les fonds souverains qui doivent prendre conscience que les capitaux dont ils disposent excèdent très largement leur seul capital financier. Ils ont en outre une habitude, une capacité à gérer les projets et possèdent également un riche capital humain. Toutes ces ressources peuvent être mises en commun. L’enjeu, à présent, ne se limite à la création d’un barrage ou d’une route mais de disposer d’un véritable réseau d’infrastructures, au minimum à l’échelon régional.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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