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Economie

Togo : De bonnes fées pour le Plan de développement

Dans un contexte incertain, le Togo met en oeuvre un Plan national de développement ambitieux, qui veut transformer le visage du pays à l’horizon 2022. Il semble bien accueilli par la communauté financière internationale.

Lomé, Guillaume Weill-Raynal, envoyé spécial

Lancé solennellement à Lomé le 4 mars, en présence du président Faure Gnas­singbé Eyadema, le Plan national de développement (PND) 2018-2022 sera-t-il en mesure de satisfaire les attentes d’une population qui tarde à voir se traduire concrètement les effets des politiques écono­miques engagées ces dernières années, et exprime régulièrement son impatience ?

« L’Afrique n’a pas à s’excuser de ne pas être un continent profitable. Nous sommes l’un des plus profitables dans toutes les comparaisons internationales ! L’Afrique est le deuxième continent le plus croissant et l’Uemoa est la zone la plus croissante de l’Afrique », martèle Lionel Zinsou.

Le nombre et la qualité des personnali­tés présentes à la cérémonie de lancement, venues comme autant de « bonnes fées » entourer la naissance du projet, atteste de son sérieux et de sa rigueur : Ade Ayeyemi, président de Ecobank, Gilbert Houngbo, président du FIDA, l’un des fonds les plus importants des Nations unies en charge de la lutte contre la pauvreté ;

Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies ; Lionel Zinsou, banquier d’affaires, ancien Premier ministre du Bénin ; Patrick Sevaistre, enseignant à Sciences-Po et HEC Paris, conseiller auprès de l’Union européenne, et chargé de relation du CIAN (Conseil des investisseurs français en Afrique)…

« C’est un moment important pour le Togo et pour l’Afrique », estime Lionel Zinsou, « car il ne s’agit pas d’un plan de plus, comme les autres. Je pense qu’il s’agit d’un travail abso­lument remarquable. »

Sur le papier, le PND obéit à une construction en trois axes stra­tégiques principaux, dont la cohérence a été soulignée par tous. Le premier de ces axes porte sur la création d’un hub logistique d’ex­cellence et d’un centre d’affaires de premier ordre dans la sous-région, notamment à travers une amélioration des infrastructures existantes – au premier rang desquelles le port en eaux profondes de Lomé dont les performances sont déjà remarquables au niveau régional.

Le deuxième axe porte sur le développe­ment de pôles de transformation agricoles, manufacturiers, et d’industries extractives, destinés à s’inclure dans des chaînes de valeurs nationales et régionales.

Une stra­tégie louée par Patrick Sevaistre : « Le Togo n’est pas tombé dans le piège de ces pays qui ont des marchés réduits, et qui passent tout de suite à la phase de services en zappant la phase industrielle. »

Un troisième axe, enfin, vise à consolider le développement social et renforcer les méca­nismes d’inclusion, notamment, à travers la formation professionnelle, la protection sociale et la responsabilité d’entreprise.

Des objectifs ambitieux et réalistes

Le Togo dispose déjà d’atouts qui pour­raient aider à la mise en oeuvre opérationnelle de ce plan, à commencer par les taux de crois­sance encourageants, malgré une baisse en 2017, suivie d’une remontée en 2018.

Pour Carlos Lopes « l’un des gages de succès de ce plan, c’est qu’il a déjà commencé, on en voit les résultats ». Sentiment partagé par Lionel Zinsou qui, de surcroît, juge ce plan « prudent et raisonnable », en réponse à ceux qui le jugent irréaliste : « Lorsqu’un pays obtient déjà 4,7 % de croissance en 2018 et table sur une croissance de 5,2 %, il n’est pas trop ambitieux. »

En effet, le PND a retenu deux scénarios, l’un « tendanciel », sur la base de l’objectif de croissance de 5,2 %, l’autre plus volontariste, tablant sur une croissance de 6,6 %.

De plus, l’environnement des affaires a sensiblement progressé au Togo, qui figure avec trois autres pays de l’Afrique subsaharienne (Kenya, Côte d’Ivoire et Rwanda) dans le classement Doing Business des dix pays ayant mené le plus de réformes pour améliorer cet environnement.

« Les graines de la crédibilité du PND sont profon­dément semées dans l’histoire du Togo », a souli­gné à cet égard Ade Ayeyemi, en rappelant le rôle joué naguère par Gnassingbé Eyadema dans la conclusion des premiers accords Cedeao.

Reste la question fondamentale du financement. Sur la base de ressources estimées, pour la période 2018-2022, à 4 622,2 milliards de F.CFA (70,46 milliards d’euros), les dépenses publiques ressortent à 1 623,1 milliards de F.CFA (24,74 milliards d’euros), soit 35,1 % du coût global de la mise en oeuvre du plan. Les 64,9 % restant, soit la somme de 2 999,1 milliards de F.CFA, proviendraient de l’investissement privé.

Trouver des débouchés à la jeunesse

Un financement encore hypothétique à ce jour, source d’une inquiétude que Lionel Zinsou a tenu à lever, en rappelant d’abord les fondamentaux psychologiques des inves­tisseurs – « Ils ont de la liquidité à placer, ils sont obligés d’investir ! » – et réfutant ainsi l’idée que les pays destinataires seraient en position de demande : « Ce n’est pas un concours de beauté où Miss Togo versus Miss Rwanda essayerait d’avoir le titre ».

En réalité, explique-t-il, « l’Afrique n’a pas à s’excuser de ne pas être un continent profitable. Nous sommes l’un des plus profitables dans toutes les comparaisons internationales ! L’Afrique est le deuxième continent le plus croissant et l’Uemoa est la zone la plus croissante de l’Afrique ».

Et si le PND est financé aux deux tiers par le secteur privé, « on ne dit pas si l’investisseur sera fran­çais, européen, chinois, turc, brésilien, coréen, vietnamien, indien, sud-africain, marocain… car l’Afrique, aujourd’hui, elle a le choix du partenaire ! Nous ne sommes pas dans la mendi­cité de notre développement. Nous sommes dans l’exhibition de notre croissance ».

Un plaidoyer flamboyant, et remarqué lors de la cérémo­nie de lancement, mais qui ne règle pas pour autant toutes les inconnues du PND. Ce que Lionel Zinsou admet. Car – problème récur­rent – les investissements vont, par atavisme, au capital et non au travail.

C’est cette donne qu’il faut, maintenant, changer. « Trouver des débouchés à la jeunesse, c’est essentiel. Au début de notre croissance, on ne pouvait pas faire autrement qu’investir dans l’énergie, dans l’eau, etc., des secteurs qui ne créent pas directement des emplois. Désormais, nous sommes à la phase où il devient urgent d’être dans des activités très intensives de travail. »

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