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Economie

Togo : Budget de soutien à la croissance

À 2,2 milliards d’euros (+ 11,5 %), le budget 2019 vise un pouvoir d’achat consolidé et l’assouplissement fiscal pour le secteur privé. Objectif ? Dépasser les 5 % de croissance en 2019, après une année aux performances contrastées.

Lomé, Max-Savi Carmel

Lomé, 31 octobre 2018. Dans les bureaux de la Banque mondiale au Togo, Komi Klassou suit la publication en direct du classement Doing Business 2019. Le Premier ministre s’entoure pour l’occasion de quelques collaborateurs dont certains sont engagés dans le Plan national de développement, PND, qui incarne de gros espoirs pour l’économie.

Quelques jours plus tôt, des fuites ont permis aux Togolais de savoir le bond en avant du pays dans le dernier classement.

En nette amélioration

Première bonne nouvelle pour le Togo. Rattrapant 19 rangs, passant ainsi de la 156e à la 137e place, le Togo ne sera dépassé, dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) que par la Côte d’Ivoire. Un bond qui le place devant ses voisins mais très vite relativisé par l’opposition.

« Dans le quotidien des Togolais, rien n’a changé, bien au contraire, la précarité enfle », scande Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition.

Du côté du pouvoir, on met en avant les points positifs du classement. Notamment, la 6e place que le pays s’arroge dans le Top 10 des réformateurs au plan mondial, soit la deuxième position africaine derrière le Rwanda. En se plaçant devant le Sénégal (141e), le Burkina Faso (151e) et le Bénin (153e), le Togo entend encore accélérer les réformes économiques en 2019.

« Ce n’est que le début », confie le Premier ministre togolais Komi Klassou. « Nous devons continuer les efforts qui seront récompensés », pronostique le chef du gouvernement qui s’est donné pour prochain combat « la lutte contre la corruption et la maîtrise de l’inflation ».

La création d’entreprises, le transfert de propriété, l’exécution de contrats ont été notamment les domaines qui ont favorisé le Togo dans ce classement. Sandra Johnson qui est en charge de la Cellule présidentielle du Climat des affaires s’engage pour de nouvelles réformes « qui rassurent les investisseurs et facilitent l’implantation au Togo d’industries et d’entreprises ».

Un budget de croissance

À 1 461 milliards de F.CFA (2,23 milliards d’euros), le budget est en hausse de 11,5 %, dans le but de soutenir la croissance. Il répond à plusieurs critères.

D’abord, il est le résultat de la réorientation de la politique économique et sociale. Le gouvernement vise à assouplir les contraintes fiscales pour les entreprises qui, en 2018, s’étaient déclarées à 81 % affectées par la crise politique vécue par le pays. Le Togo a notamment perdu plus de 25 % de ses recettes fiscales et a eu du mal à honorer ses créances.

Ensuite, ce budget est axé sur « le cadrage macro-budgétaire cohérent avec le programme triennal soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) conclu avec le FMI », explique le ministère des Finances. Au-delà de la dernière FEC conclue le 5 mai 2017, le gouvernement a dû se conforter aux normes de l’Uemoa pour équilibrer le budget en dépenses et en recettes.

Le Togo vise, par ses réformes économiques, une élection au Millenium Challenge Corporation, afin de bénéficier de l’Aide publique américaine. Après plus de cinq ans de procédure, Lomé vient de valider 14 critères sur 20.

Enfin, ce budget vise à soutenir le pouvoir d’achat, affecté par une inflation qui est passée de 0,8 % en 2017 à 1,3 % et qui devrait atteindre, en 2019, les 2 % tout en restant, « heureusement » selon Sani Yayi, « en deçà des contraintes de l’Uemoa » qui exigent une hausse des prix inférieure à 3 %.

Le ministre des Finances a dû tenir aussi compte des conjonctures liées aux manifestations politiques et ayant contraint le gouvernement à réajuster le budget en cours en le réduisant de 1 %, soit 10 milliards de moins, que les 1 318,5 milliards de F.CFA initialement prévus.

Enfin, le Togo vise pour 2019 une relance de la croissance et une politique budgétaire qui contribue à faire baisser le chômage. C’est pour cela que le budget a été conçu pour prendre en charge 1 000 enseignants recrutés en octobre, 1 000 agents de police, ainsi que plusieurs centaines de fonctionnaires répartis dans plusieurs ministères.

Perspectives

Le pays vise, par ses réformes économiques, une élection au Millenium Challenge Corporation, afin de bénéficier de plusieurs centaines de milliards de F.CFA de Washington.

Après plus de cinq ans de procédure, Lomé vient de valider 14 critères sur 20. Le chemin est encore long, car le MCC exige des progrès contre la corruption endémique dans l’administration et une amélioration de la situation des droits de l’homme, mise à mal par la répression des forces de l’ordre pendant des manifestations liées à la crise.

Pourtant, le pays entend miser sur l’effectivité du Plan national de développement, « qui connaîtra une vitesse de croisière en 2019 », promet Gilbert Bawara.

Le ministre de la fonction publique espère que le PND viendra renforcer « le mandat social » promis par le chef de l’État en confortant « rapidement la consommation des ménages par une augmentation sensible du pouvoir d’achat ». Mais le gouvernement reste prudent sur la croissance, prévoyant 5,1 % pour 2019 soit 0,2 point de plus qu’en 2018. Pour autant, l’opposition, face à l’impasse du dialogue a promis de multiplier des manifestations de rue pour cette fin d’année. 

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