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Economie

Makhtar Diop (Banque mondiale) se confie

La création effective de la zone de libre-échange suppose une action concertée des capitaines d’industrie du secteur privé – les AfroChampions – qui sont encore en nombre limité…

Vous mettez le doigt sur une question essentielle. Des progrès ont déjà été accomplis sur le rôle du secteur privé en Afrique, mais ils sont encore insuffisants et doivent être poursuivis. Le président nigérien Issoufou, qui a dirigé dans une certaine mesure, le dossier de la zone de libre-échange a fait un remarquable travail avec le président Alpha Condé et d’autres chefs d’État qui ont collaboré avec eux. Le résultat est impressionnant ! Maintenant, c’est vrai, pas d’espace économique sans que le secteur privé n’y joue un rôle majeur.

Nous devons nous unir pour réaliser un certain nombre de choses, à commencer par unifier le cadre réglementaire à l’échelon des ensembles régionaux. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger ont tous une loi sur les PPP (partenariats public-privé). Quand vous les regardez de près, ces lois sont très similaires, leurs différences ne portent que sur des détails. Nous pourrions arriver assez facilement à unifier ces différents textes dans une loi PPP commune à l’Uemoa.

Cela permettrait à des investisseurs qui veulent investir dans différents pays de ne pas avoir à recommencer chaque opération dans un cadre juridique différent. Nous pourrions faire la même chose pour les PPP, et sur d’autres sujets, que ce qui a déjà été fait dans le cadre de l’OHADA.

Dans le cadre de l’EAC, les pays d’Afrique de l’Est sont parvenus à supprimer les charges de roaming sur la téléphonie entre les pays, ce qui a permis une augmentation sensible du trafic. La même chose pourrait être réalisée en Afrique de l’Ouest. Nous devons nous inspirer d’exemples de réussite dans certaines zones du continent pour voir comment ces succès peuvent être transposés et généralisés ailleurs. Pourquoi ne nous posons-nous cette question qu’à propos de Singapour ? Il y a tellement de bonnes choses qui se passent en Afrique ! Nous pourrions y parvenir en créant un cadre de discussions entre chefs d’État et décideurs économiques.

Vous évoquez différents outils, comme les PPP… Comment allez-vous vous orienter, en termes de syndication, par rapport à d’autres structures comparables ?

Nous allons travailler avec tout le monde. Les PPP exigent beaucoup de garanties que nous devrons mettre en place – car la perception du risque demeure élevée en Afrique – pour que le secteur privé soit prêt à investir dans nos pays. Nous allons travailler avec la BAD, avec la BEI, avec l’AFD, avec Proparco, car les besoins en garanties sont importants.

Avez-vous une nouvelle approche de la syndication ou vous contenterez-vous de mieux rationaliser ce qui existe déjà ?

La syndication représente un stade déjà plus avancé… Commençons par travailler ensemble. L’une des raisons de ma visite ici, c’est que le président de la Banque mondiale a lancé depuis deux ou trois ans des consultations régulières et en profondeur avec les institutions du développement.

Il y a six ans, lorsque nous parlions de production énergétique, nous discutions encore sur le point de savoir s’il fallait ou non nouer des partenariats avec le secteur privé. Aujourd’hui, tout le monde ou presque achète de l’électricité produite par le secteur privé !

Menée par sa directrice générale, Kristalina Georgieva, toute l’équipe de la Banque mondiale a eu une discussion très approfondie avec les représentants de l’AFD, durant une journée entière, sur la façon dont nous pourrions collaborer dans divers domaines : la question des garanties, celle des investissements, etc. Nous nous sommes particulièrement focalisés sur certaines sous-régions comme le Sahel où les besoins sont énormes. Ce travail en commun commence maintenant à bien s’ancrer au sein des institutions du développement.

Dans un certain discours assez répandu, la Banque mondiale fait office d’épouvantail. Personne ne conteste son expertise extraordinaire, sa capacité à inventer des solutions pour les pays en crise, mais est-elle toujours ancrée dans le réel ?

Oui, je pense que nous sommes bien dans le réel ! Vous évoquez des pays en crise, des pays fragiles, tels que la Libye. Ce sont précisément ces pays où la Banque mondiale intervient le plus. Nous avons même créé un département à cet effet. Je ne vous donnerai qu’un ou deux exemples : lorsque vous construisez une route dans le Kivu, vous vous heurtez à de nombreuses difficultés, en matière de sécurité, par exemple. Or, nous sommes dans ces pays. Aujourd’hui, la Banque mondiale est un des soutiens financiers les plus importants en Centrafrique. Nous y investissons dans l’énergie, notamment.

Pourtant, il subsiste comme un décalage entre la perception et la réalité…

Je suis d’accord avec vous, nous devons faire davantage. Et nous devons mieux expliquer nos actions.

Comment cohabitent en vous Makhtar Diop l’Africain et Makhtar Diop le citoyen du monde ?

Je ne peux être un citoyen du monde sans être, au départ, un Africain. Sans mes racines, je ne suis rien. Ce sont mes racines sénégalaises qui font de moi un citoyen du monde. Le monde ne pourra être riche que lorsque le point de vue des Africains sera enfin pris en compte. Les Africains sont riches.

Ils démontrent chaque jour qu’ils sont en train de contribuer au développement de ce monde. Si je peux être un tout petit contributeur à ce processus, je le fais avec plaisir et avec beaucoup d’humilité. Oui, je pense que la Banque mondiale est utile pour l’Afrique. Sinon, je ne serais pas là. Je n’ai aucune hésitation. 

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