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Economie

Les opportunités de croissance

Les économistes de l’Union africaine et de l’OCDE émettent une série de recommandations pour l’Afrique. Les réalités du continent sont autant de risques que de facteurs d’opportunités. Aux États et aux décideurs économiques d’éviter les premiers et de saisir les seconds. 

Par Laurent Soucaille 

L’Union africaine et l’OCDE publient leur premier rapport Dynamiques du développement en Afrique, dans la perspective de l’Agenda 2063 et de la mise en chantier de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Une photographie complète et exhaustive d’un continent à la croisée des chemins.

Partant de la croissance économique « volatile » de ces dernières années, ses auteurs analysent les politiques requises pour parvenir « à une croissance inclusive, créer des emplois et réduire les inégalités ». Ils considèrent que les marchés régionaux et mondiaux offrent de nouveaux débouchés pour l’Afrique, « à condition que les gouvernements adoptent leurs stratégies de développement ». 

Aussi, le défi ne réside-t-il pas dans le niveau d’intégration, à l’économie mondiale, mais dans la qualité de cette intégration : la montée en gamme des produits existants, l’élargissement de l’offre à l’exportation et un meilleur accès aux biens d’équipement. « Cette diversification peut intervenir en profitant des chaînes de valeur régionales et en ciblant mieux les marchés émergents. »

Ainsi, la ZLEC peut-elle servir de « tremplin » : la libéralisation des échanges de biens pourrait soutenir le PIB à hauteur de 1 % et l’emploi pour +1,3 % ; le commerce intra-africain pourrait progresser de 33 %, avec une réduction de moitié du déficit commercial du continent. 

Pour réussir ce défi, l’Afrique ne manque pas d’atouts. Ainsi, la contribution de la consommation privée à la croissance est-elle en progression constante, se situant à 3,5 points de PIB sur la période 2009-2016. Un niveau comparable à celui de la Chine et d’autres pays en développement d’Asie, à la faveur de l’urbanisation et de l’apparition d’une classe moyenne.

Celle-ci favorise une consommation régionale « toujours plus soutenue », qui s’oriente vers des produits transformés. Le marché des produits alimentaire pourrait tripler à horizon 2030, pour atteindre 1 000 milliards de dollars. Sachant que la demande en aliments transformés augmente rapidement (1,5 fois plus que la moyenne sur la période 2005-2015). 

Améliorer la productivité 

Les débouchés qu’offre l’Afrique attirent les investisseurs internationaux : « Du fait de leur potentiel, les marchés intérieurs et régionaux ont attiré 53,4 % des investissements étrangers en faveur de projets nouveaux en Afrique, entre 2013 et 2017 » ; une part proche de celle de l’Asie et bien supérieure à l’ALC, la Zone de libre-échange américaine. 

Des stratégies de croissance verte pourraient permettre à l’Afrique de développer de nouveaux secteurs d’activité, de créer des emplois et de réduire ses futurs coûts d’adaptation.

Enfin, les auteurs se félicitent des « progrès récents » dans l’environnement des affaires (moins de procédures administratives, réductions des coûts pour créer une entreprise…) qui constituent une motivation supplémentaire pour les investisseurs étrangers. 

L’essor constaté des marchés régionaux offre « de réels débouchés » de croissance pour les entreprises africaines, qui peuvent faire monter en gamme leurs produits.

Les entrepreneurs locaux, les PME, bénéficient d’un avantage comparatif, du fait de leur connaissance de leurs marchés. Attention, « les entreprises africaines doivent rattraper leur retard en termes de productivité, au risque, sinon, de voir leurs marchés locaux investis par des concurrents internationaux », préviennent les auteurs qui pointent « les reculs » de l’Afrique, par rapport à l’Asie, notamment dans l’agriculture, les transports, les activités financières, la construction, et les manufactures. 

Trois leviers 

Dès lors, « les entreprises africaines ont besoin de nouvelles politiques de soutien, pour renforcer leur productivité et exploiter les débouchés commerciaux ».

Certes, les initiatives comme les ZES (Zones économiques spéciales) peuvent attirer les entreprises leaders sur leur marché et créer quelques milliers d’emplois manufacturés. « Mais, trop souvent, elles deviennent des enclaves peu productives et n’entretenant que peu de liens avec l’économie et les emplois locaux. »

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