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Economie

Le ministre Issa Doubragne pour ou contre le F.CFA ?

L’absence de coercition explique-t-elle l’échec du mariage à six ?

Il faut que les pays de la Cemac, par eux-mêmes, prennent conscience qu’ils ne doivent pas attendre que les autres leur rappellent ce qu’ils doivent faire. C’est ainsi que le chef de l’État tchadien a décidé d’en appeler à la sagesse de ses pairs et ils lui ont favorablement répondu en disant : « Nous allons prendre des engagements, les accomplir et nous devons les contrôler régulièrement. »

Je sors d’une réunion avec le président Idriss Déby Itno qui a demandé que les résolutions de N’Djaména soient rapidement traduites en actes pour qu’elles s’imposent aux institutions spécialisées et aux États. Tant que les six ne vont pas au programme, nous sommes tous en danger. Et si nous sortons tous du programme, nous retombons et nous courons des risques graves.

Le risque de la dévaluation, vous voulez dire…

Le sommet extraordinaire de N’Djaména était venu à point nommé parce que les réseaux sociaux commençaient à faire courir les rumeurs d’une dévaluation du franc CFA. La dévaluation n’est pas un tabou, on peut en parler ! Mais la situation actuelle ne permet pas d’envisager une telle mesure. Certaines des résolutions de Yaoundé ont été presque appliquées.

Par exemple, nous avons stabilisé le niveau des réserves de change à la BEAC. Nous devons renforcer nos engagements et les concrétiser dans un délai plus court que ce que nous faisons actuellement. Dans ce cas, il n’y a pas besoin de parler de dévaluation, c’est mettre la charrue avant les boeufs. La dévaluation n’est pas à l’ordre du jour.

L’intégration en Afrique centrale piétine, c’est l’une des régions les moins intégrées du continent. Qu’est-ce qui bloque ?

En matière de circulation des personnes, le Tchad a marqué le coup en prenant l’engagement d’accepter librement, sans contrôle, nos frères et soeurs des cinq autres pays. Cet acte a été suivi par d’autres pays. Mieux, deux pays ont même déjà émis des passeports Cemac, c’est un grand pas.

À l’opposé, sur le point de vue desserte aérienne, le projet Air-Cemac est mort-né.

Du côté monétaire et financier, nous avons beaucoup avancé. Malgré les difficultés, la BEAC est une intégration réussie, elle permet la circulation de la monnaie commune.

L’intégration économique, elle, est faible. Les pays de la Cemac, pour la plupart exportateurs de matières premières (notamment le pétrole et le bois), se sont privés de développer un pan entier de l’économie : la production sur place qui créerait des alternatives au tout-pétrole, au tout-bois, les mettant dans une dépendance totale à ces ressources. Le syndrome hollandais est passé par là et nos pays se sont mis à diversifier leurs économies.

Comment évolue le processus de diversification au Tchad, aux yeux du ministre de l’Économie et de la planification du développement ?

Au Tchad, nous sommes en train de concevoir le plan directeur d’industrialisation et de la diversification économique, avec l’appui technique et financier de la Communauté économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) qui va, d’ici le premier trimestre 2019, nous rendre ce plan et nous aider à son application.

Ce plan bénéficiera, dans le cadre du PND (Programme national de développement 2017-2021), de financements importants à investir dans la création de tissus industriels basés sur les filières porteuses dans l’agriculture, sur les chaînes de valeur dans l’élevage, sur le numérique, sur tout ce qui peut permettre de construire d’autres leviers économiques et faire que le pétrole soit l’un des vecteurs de notre économie et non le seul vecteur. 

*Président en exercice de l’Union économique des États de l’Afrique centrale

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