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Economie

L’Algérie au ralenti

Peu d’investissements, manque de perspectives à moyen terme et crise politique ; en pleine révolte populaire contre le système, l’économie algérienne cale. Le moment semble venu d’intensifier sa diversification, soulignent les économistes et les entrepreneurs.

Alger, Ali Boukhlef 

Avec l’avènement des manifestations populaires, commencées le 22 février 2019, la machine économique algérienne, déjà grippée, est quasiment à l’arrêt. « La situation est extrêmement inquiétante. L’Algérie est en quasi-faillite », avertit Lachmi Siagh, qui dirige de Paris la société financière Skylar. « La décision de faire fonctionner la planche à billets sur une période de cinq ans est révélatrice des difficultés sérieuses auxquelles est confronté le pays », considère l’expert financier.

Au milieu des cris des manifestants qui réclament sa démission, le gouvernement a pris des mesures pour réduire les importations qui grèvent le matelas de réserves de changes. Les entrées de produits alimentaires et de plusieurs biens manufacturés sont strictement encadrées. 

Pour l’économiste Smaïl Lalmas, la crise économique ne vient pas d’aujourd’hui, elle est « le résultat de plusieurs années de mauvaise gestion »; le président de l’ACE (Association nationale Algérie conseil export) fait partie des figures les plus en vue du mouvement populaire qui proteste contre le régime politique. 

Pour ne rien arranger à la situation, l’arrestation de plusieurs hommes d’affaires, et l’interdiction faite à plusieurs investisseurs de quitter le territoire national, suscitent l’inquiétude, pour ne pas dire la peur, dans les milieux d’affaires.

Depuis février, aucun projet d’investissement privé n’a été déclaré. « Il faut absolument rassurer les investisseurs », clame Smaïl Lalmas qui considère qu’en dehors des délits prévus par la loi, « un investisseur ne peut pas être perçu comme un délinquant ». 

Illustration de ce malaise, les banques, notamment celles, majoritaires, relevant du secteur public, ne s’aventurent pas à accorder des crédits aux rares entrepreneurs qui osent en demander.

Les banquiers craignent des représailles des autorités, eux qui avaient longtemps servi de bras financiers du régime politique déchu. « Même avec toutes les garanties, les banques publiques, qui financement 96 % des investissements, ont peur », commente l’économiste Ahmed Hamidouche, cité par le quotidien El Watan

BTP et Tourisme à la peine 

Cette situation commence à produire des effets négatifs. C’est le cas du – déjà fragile – secteur du tourisme, qui subit l’atonie du pays. La baisse des réservations a été très sensible durant les cinq premiers mois de l’année.

Selon Lazhar Bounafaa, PDG du groupe public HTT (Hôtellerie, tourisme, thermalisme) la chute atteint 85 % par rapport à la même période de l’année dernière, et la situation « devient difficile à gérer, que ce soit pour le public ou pour le privé, parce qu’on parle de capacités nationales ».

Il déplore une situation « jamais vue » depuis trente ans que le groupe existe : « Non seulement nous avons perdu des clients, mais les réservations pour la saison estivale, où nous réalisons notre plus grand chiffre d’affaires, ne dépassent pas les 5 % pour le moment. À la même période, l’an dernier, nos hôtels affichaient complet jusqu’au mois de septembre ! »

Le tourisme a longtemps été le « parent pauvre » de l’économie algérienne, mais un spectaculaire essor, ces dernières années, l’avait fait passer à 2,5 % du PIB en 2018, contre 0,8 % en 2015. 

Un autre secteur inquiète particulièrement, celui du BTP, porté essentiellement par les commandes publiques. « Les entrepreneurs du bâtiment, des travaux publics et de l’hydraulique, qui ont des contrats avec des sociétés publiques, voient leurs relations vis-à-vis de cette administration gelée, face à la peur, du côté du public de prendre des décisions », reconnaît l’ancien ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, redevenu consultant depuis son départ du gouvernement, en mai 2018.

Les grands projets publics, financés à coups de milliards de dollars, étaient essentiellement confiés à des entrepreneurs comme Ali Haddad (autoroutes, chemins de fer et ouvrages d’arts) et les frères Kouninef (transferts d’eau et autres projets du métro et tramways), qui ont été placés en détention ; il leur est reproché des faits de corruption et de dilapidation de deniers publics. 

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