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Economie

La ruée asiatique

Économie dynamique et stable, le Sénégal attire de plus en plus les investisseurs asiatiques. Si la Chine tient le haut du pavé, les autres puissances que sont l’Inde, le Japon, ou la Corée du Sud, ne manquent pas d’ambitions.

Dakar, Seydou Ka 

Porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest, réputé pour sa stabilité, le Sénégal est une destination prisée par les investisseurs asiatiques. « Avec l’entrée de la Chine et de l’Inde dans l’OMC, les grandes puissances asiatiques ont orienté des programmes de développement à destination des pays comme le Sénégal, sur le plan du commerce bilatéral et dans les investissements d’infrastructures ; l’objectif étant d’être présent et de peser dans les marchés du futur, dont l’Afrique », observe Oumar Bâ, enseignant à l’université Cheikh- Anta-Diop de Dakar.

Naturellement, la Chine se taille la part du lion. Depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, en 2005, Pékin multiplie les investissements dans tous les domaines (santé, culture, sport, infrastructures, etc.). 

En 2018, les échanges commerciaux entre la Chine et le Sénégal ont atteint 2,27 milliards de dollars, avec une croissance de 3,7 % par rapport à 2017. Et cette coopération ne cesse de s’élargir et se diversifier au fil des années.

Le Sénégal est ainsi le premier pays signataire, en Afrique de l’Ouest, du Mémorandum d’entente sur la coopération dans le cadre de l’Initiative « La ceinture et la route ». Signe que les relations sino-sénégalaises sont « au beau fixe », pour reprendre les termes de l’ambassadeur de la République populaire de Chine au Sénégal, Zhang Xun, les chefs d’État des deux pays ont effectué des visites croisées, en 2018, et le Sénégal a été élu coprésident du Forum sur la coopération Chine-Afrique (Focac) pour six ans lors du Sommet de Beijing 2018.

D’après l’ambassadeur, qui assure que la Chine est disposée à « accompagner le Sénégal vers l’émergence », la participation active de la partie sénégalaise dans la construction de La ceinture et la route favorisera le renforcement de la capacité d’auto-développement du pays et le raffermissement de la coopération bilatérale. 

À la différence des autres partenaires asiatiques, la Chine s’est fortement positionnée sur les infrastructures, au point qu’elle devient le financier-constructeur autoroutier quasi exclusif du Sénégal. Malgré les critiques des pays occidentaux, les deux parties aiment à rappeler qu’il s’agit d’une relation « gagnant-gagnant ». 

L’Inde joue l’équilibre 

« Le Sénégal a besoin d’infrastructures pour son développement. De son côté, la Chine exporte déjà beaucoup de produits de consommation au Sénégal et l’aide chinoise, à travers les réalisations d’infrastructures, participe à l’essor des échanges commerciaux entre les deux pays », analyse Oumar Bâ. 

Si entre la Chine et le Sénégal, la balance commerciale penche très largement en faveur du premier, l’Inde, elle, semble privilégier l’équilibre dans son approche. Entre l’Inde et le Sénégal, le secret réside ainsi dans le chiffre trois.

En effet, New Delhi est à la fois le troisième acheteur et le troisième vendeur du Sénégal. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), les exportations totales du Sénégal vers l’Inde se sont chiffrées à 168 milliards de F.CFA (256 millions d’euros) en 2018, soit 10 % du total.

Les importations du Sénégal en provenance de l’Inde se sont élevées à 215 milliards de F.CFA (328 millions d’euros) sur la même période, soit 5,5 % du total.

C’est cette relation déjà forte et « très équilibrée », d’après le mot de l’ambassadeur de l’Inde à Dakar, Rajeev Kumar, que les deux pays veulent consolider et élargir à travers le forum d’affaires Inde- Sénégal, dont la quatrième édition s’est tenue le 19 mars 2019 à la Chambre de commerce, d’agriculture et d’industrie de Dakar (CCIAD), devenue « la maison des entreprises indiennes », en présence des représentants d’une demi-dizaine de grandes entreprises indiennes telles que Tata Motors, Ajanta Pharma, Kirloskar Brothers Limited ou KEC India. 

Ces dernières années, l’Inde a investi plus de 300 millions $ au Sénégal dans des secteurs comme l’électrification rurale, la pêche, les transports publics ou l’agriculture, avec notamment 62,95 millions $ en faveur du programme national d’autosuffisance en riz. 

À la différence des autres partenaires asiatiques, la Chine s’est fortement positionnée sur les infrastructures, au point qu’elle devient le financier-constructeur autoroutier quasi exclusif du Sénégal. 

New Delhi a aussi consenti plusieurs mesures visant à dynamiser les échanges entre les deux pays : mise à disposition d’une ligne de crédit d’un montant de 228,8 millions $, octroyée par l’Inde aux entreprises sénégalaises, suppression des taxes à l’importation, gratuité du visa d’affaires pour les entrepreneurs sénégalais, offre de bourses pour les étudiants, etc. 

L’Asie, deuxième client après l’Europe 

Rajeev Kumar, qui prononce parfois une partie de ses discours en wolof, quittera son poste pour le Mozambique à partir du 1er juillet ; le diplomate a beaucoup oeuvré pour inscrire ces échanges « dans la durée » et « briser les barrières », et défier le manque d’information entre opérateurs économiques des deux pays, en organisant de nombreuses rencontres (16 au total) avec les chambres de commerce du Sénégal pour créer le lien. « Le Sénégal et l’Inde sont fortement complémentaires », rappelle-t-il.

Désormais, les deux parties veulent favoriser des coentreprises entre groupes indiens et sénégalais, notamment dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, dont l’Inde est l’un des leaders mondiaux, ou les nouvelles technologies. 

Pour la phase 2 du PSE, le Sénégal entend mettre l’accent sur les parcs industriels intégrés à forte intensité de main-d’oeuvre. Un modèle susceptible d’intéresser l’Inde.

Dans ce sens, un « paquet de mesures incitatives et un schéma de gouvernance pertinent » sont en cours d’adoption par l’Assemblée. Globalement, l’Asie reste le deuxième fournisseur du Sénégal derrière l’Europe. Les importations du Sénégal en provenance de l’Asie ont atteint 962,3 milliards de F.CFA (1,47 milliard d’euros) en 2017 contre 874,8 milliards de F.CFA (1,33 milliard d’euros) l’année précédente, soit une hausse de 10 %.

Le continent asiatique représente 27,2 % des importations du Sénégal. Dans l’autre sens, 20,2 % des exportations du pays (300,4 milliards de F.CFA, 458 millions d’euros) étaient destinées vers le continent asiatique en 2017, contre 28,9 % pour l’Europe et 42,1 % vers l’Afrique. 

Quand l’aide prend le dessus sur le business 

À côté des deux géants que sont la Chine et l’Inde, d’autres pays asiatiques sont présents sur le marché sénégalais. Avec le Nigeria et le Bénin, le Sénégal fait partie des plus gros importateurs du riz thaï en Afrique de l’Ouest (28,8 % du total des importations de riz en 2017).

En 2013, le Sénégal s’est classé cinquième partenaire commerciale de la Thaïlande en Afrique de l’Ouest. Outre le riz susmentionné, la Thaïlande vend au Sénégal, notamment, des pièces détachées et du plastique.

Ces exportations sont chiffrées à 104,59 millions $. En retour, le royaume importe du Sénégal du fer, des produits halieutiques ou encore du coton pour une valeur commerciale de 12,14 millions $. 

En revanche, les deux autres puissances asiatiques, le Japon et la Corée, semblent axer leur coopération sur le modèle occidental, où l’aide prend le dessus sur le business.

« Le Japon et la Corée du Sud mènent une politique d’aide proche du modèle américain (USAid), alors que les deux nouvelles puissances asiatiques (Inde et Chine) utilisent leurs banques d’investissement pour financer leurs projets, sous une forme de relation directe par l’implantation de leurs entreprises », note Oumar Bâ.

D’ailleurs, on retrouve le même schéma organisationnel, avec une agence (JICA pour le Japon et KOICA pour la Corée) qui centralise les interventions. Dans tous les cas, les échanges commerciaux restent modestes avec le Japon (moins de 54 millions $ en 2014), compte tenu de la taille de l’économie japonaise.

Pour Tokyo, l’objectif reste d’« apporter une aide équilibrée entre le développement économique et le développement social, contribuant à la stabilité et au développement de la région de l’Afrique de l’Ouest ». Avec la Corée du Sud, les échanges commerciaux restent également modestes, en dépit du fait qu’en 2016, le Sénégal a été désigné comme pays prioritaire, et plusieurs projets de l’agence de coopération KOICA sont en cours dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation et de la santé.

Il faut enfin souligner la forte percée de la Turquie ces dernières années – même si ce pays n’est pas à proprement parler asiatique – qui a construit plusieurs infrastructures dans la nouvelle ville de Diamniadio.

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