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Economie

La Cemac, une institution zombie ?

Sur la base de ces quatre piliers, les pays de la Cemac ont cru pouvoir se dispenser des règles normales de gestion d’une économie. Point de production hors les industries extractives, stock de capital par habitant proche de zéro, non-rajeunissement du peu de capital hérité de la colonisation, etc.

Les USA jouent aujourd’hui le rôle de modérateur sur le marché mondial. En modulant les quantités de pétrole de schiste produites, les Américains influent sur les cours mondiaux du pétrole pour éviter les pics, à la hausse comme à la baisse. La forte reprise de la croissance aux États-Unis est, en effet, tout entière adossée au faible coût de l’énergie.

Ce sous-investissement chronique produisant une faiblesse structurelle de l’épargne macroéconomique. Car contrairement à ce que l’on enseigne dans les facultés d’économie, l’épargne d’un pays n’est pas la somme des épargnes financières individuelles destinées à se transmuter en investissement.

L’épargne macroécono­mique est une provision physique en vue de l’avenir, c’est-à-dire l’investissement net de la période. Ni plus, ni moins, ce qui signifie que plus un pays investit, plus il épargne. Ce que Lester Thurow exprime clairement dans son maître ouvrage (Les fractures du capitalisme, 1997) : « C’est l’investissement qui a permis au japon d’avoir le plus fort taux d’épargne de l’OCDE, et non l’inverse. »

Au total, l’extrême vulnérabilité des économies Cemac à la volatilité des cours des matières premières est dramatique. Le spectacle des ministres pérorant sur la diversification des économies devient obscène, quand l’on constate que par ailleurs, la politique monétaire suivie rend tout projet productif non rentable.

On parle de « syndrome hollandais » pour caractériser une situation dans laquelle la rente tue la production. Dans l’espace Cemac, il faudrait parler de « syndrome françafricain ». La monnaie CFA y tue la production.

Conséquence immédiate, les pays Cemac échouent actuellement à provi­sionner des devises couvrant cinq mois d’importations. D’où une série de restric­tions de change, qui vient de culminer par un refus pur et simple de conversion des francs CFA Cemac en euros, au-delà des réserves propres à chaque pays.

La mutualisation des avoirs extérieurs, c’est fini. Pris de court, comme d’habitude, le leadership politique sous régional constate que nul ne peut plus acheter des euros avec des CFA d’Afrique centrale. Aucune banque, aucun bureau de change ne peut plus vendre des euros contre CFA.

Pire, le CFA Afrique centrale n’est même plus convertible en CFA Afrique de l’Ouest. Quand, en désespoir de cause l’on s’adresse aux cambistes informels d’Abi­djan, le Franc CFA d’Afrique centrale subit une décote minimale d’environ 30 %.

La fameuse convertibilité illimitée de la monnaie CFA vient donc de voler en éclat. En principe, sa contrepartie contractuelle, c’est-à-dire la centralisation des réserves des pays africains au compte d’opérations du Trésor français, doit également dispa­raître instantanément.

Puisque même les paiements en euros par carte bancaire sont rationnés. Les particuliers en séjour en Europe peuvent dépenser à peine 1 500 euros. Les cartes corporate sont pour leur part plafonnées à 7 500 euros, hors de la Cemac.

Les oligarques locaux, comme les Libanais, Chinois et autres Indo-pakistanais, n’ont plus la possibilité de convertir les tombereaux de CFA en euros, vite exfiltrés vers les paradis fiscaux ou vers les pays d’origine.

Les menaces fantômes

Inexorablement, les commerces baissent les rideaux dans les grandes villes. Les entreprises mettent la clef sous le paillasson. Le bâtiment et les travaux publics sont à l’arrêt. On connaissait les friches industrielles qui désignaient les sites d’usines à l’arrêt, la Cemac vient d’inventer les friches immobilières, tant il y a de chantiers inachevés dans les villes.

Quant à l’agriculture de subsistance, hors le Cameroun, elle ne permet pas la survie de tous. La dénutrition gagne du terrain. Dans certaines capitales, elle devient visible à l’oeil nu. La Cemac glisse silen­cieusement dans l’urgence humanitaire. La mortalité y dépasse déjà celle des pays sahéliens.

Comme les deux personnages de Samuel Beckett dans En attendant Godot, les populations Cemac attendent une improbable remontée spectaculaire des cours du pétrole. Oubliant que les États-Unis sont devenus le premier pays producteur de pétrole au monde.

Les USA jouent aujourd’hui le rôle de modérateur sur le marché mondial. En modulant les quantités de pétrole de schiste produites, les Américains influent sur les cours mondiaux du pétrole pour éviter les pics, à la hausse comme à la baisse. La forte reprise de la croissance aux États-Unis est, en effet, tout entière adossée au faible coût de l’énergie.

La conjoncture en Afrique centrale est riche de menaces fantômes. Si d’aven­ture, la monnaie unique de l’Afrique de l’Ouest devient réalité, les pays Cemac deviendront les derniers Mohicans du franc CFA. Il n’y a, en Afrique centrale, aucun projet de monnaie commune à l’échelle de toute l’Afrique médiane. RD Congo, Angola, Rwanda et Burundi inclus. Il n’existe même pas une simple note conceptuelle sur le sujet.

L’inertie dans le domaine moné­taire n’est plus une option. En effet, le « capitalisme de surveillance » est en train d’ajouter une dernière brique à son édifice. Une brique monétaire. Rappelons à chacun ce qu’est cette notion, telle que définie par Shoshana Zuboff.

Le capitalisme de surveillance est né du dépôt en 2003, par trois informaticiens de Google, d’un brevet intitulé « comment générer des informations utilisateur à des fins de publicité ciblée ». Leur invention avait pour visée d’extraire et d’exploiter des profils utilisateurs à des fins publici­taires.

Plus le profil utilisateur est affiné, mis à jour, élargi, à partir des données comportementales sur le Net, plus la publicité devient prédictive. La publicité ne se contente plus seulement de cibler des publics en fonction des traces collatérales de leur comportement en ligne, mais de carrément prédire des actes d’achats.

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