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Economie

La Cemac, une institution zombie ?

Un ajustement structurel permanent

Le film des évènements est le suivant. L’espace Cemac respecte une stricte séparation entre la politique monétaire dévolue à la Banque centrale, la BEAC, et la politique budgétaire qui est du ressort des États.

La politique monétaire que les pays Cemac mettent en oeuvre est exactement l’inverse d’une politique de développement. C’est véri­tablement le monde à l’envers.

De manière institutionnelle, la Banque centrale a opté pour une poli­tique monétaire restrictive. Son objectif d’inflation est en effet le même que celui de la BCE, proche de 2 %.

Il lui faut donc rationner l’offre de crédit au moyen d’un taux d’intérêt directeur élevé, et accessoi­rement au moyen des réserves obligatoires des banques commerciales auprès de la banque centrale.

Cette position institutionnelle de la BEAC a pour avantage d’obliger les États à avoir des budgets en équilibre. En zone Cemac, l’État perd donc toute capacité de réaction face à une conjoncture défavo­rable.

Lorsque les cours du pétrole ont baissé, les gouvernements de la Cemac ne pouvaient pas adopter des mesures contra-cycliques pour soutenir leurs économies. Il y aurait eu contradiction entre la politique monétaire et la poli­tique budgétaire.

En d’autres termes, si la politique budgétaire était devenue laxiste, elle aurait joué contre la politique monétaire et inversement. Cette situation aurait rendu le policy mix de la Cemac incohérent, donc inefficace.

Le résultat aurait été, outre une dégradation des finances publiques, un brutal relèvement du taux directeur de la Banque centrale, appelé taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO).

Au risque de voir le taux d’inté­rêt nominal devenir supérieur au taux de croissance des économies. C’est la raison pour laquelle ces pays ont, tous, accepté la solution de la consolidation budgétaire avec l’assistance du FMI. Solution usuellement appelée ajustement structurel.

Paradoxalement, quoiqu’ayant renoncé à laisser filer les déficits publics, les pays Cemac se retrouvent tout de même dans la situation déflationniste de taux d’intérêt nominaux supérieurs aux taux de croissance. Ce qui, en termes clairs, signifie que ces pays vivent de manière permanente, en situation d’ajus­tement structurel.

Et nous serions heureux que l’on nous démontre le contraire. On comprend alors aisément que l’indus­trialisation soit hors de portée de ces économies. La rentabilité de l’investis­sement industriel y étant simplement impossible, puisque le taux d’intérêt sert de taux d’actualisation dans le calcul de la rentabilité future d’un projet.

La politique monétaire que les pays Cemac mettent en oeuvre est exactement l’inverse d’une politique de développement. C’est véri­tablement le monde à l’envers.

Syndrome françafricain

Là où le président Donald Trump fait des injonctions à la FED pour bais­ser son taux directeur afin de sauver la croissance américaine, les économistes en Afrique centrale trouvent tout à fait rieurs aux taux de croissance !

Si d’aventure, la monnaie unique de l’Afrique de l’Ouest devient réalité, les pays Cemac deviendront les derniers Mohicans du franc CFA. Il n’y a, en Afrique centrale, aucun projet de monnaie commune à l’échelle de toute l’Afrique médiane.

Force est de constater que l’espace Cemac est à la dérive. Le modèle écono­mique de la françafrique s’est fracassé en Afrique centrale. Le « carré magique » ne fonctionne plus. La françafrique est un modèle économique qui repose sur quatre piliers.

Le premier pilier est la mainmise intégrale sur les matières premières africaines. Le second pilier est la servitude monétaire qui permet l’extorsion instantanée de valeur (rapa­triement des profits, flux illégaux de capitaux, etc.).

Le troisième pilier est la tutelle politico-militaire dont la fonc­tion est de laisser les politiciens locaux sponsorisés par le pays tuteur, prendre souche au pouvoir. Le quatrième pilier est le pacte avec les élites qui permet aux multinationales de n’enrichir que les oligarchies locales, systématiquement mono ethniques.

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