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Economie

La Cemac, une institution zombie ?

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale a-t-elle encore un sens ? Sa politique entraîne un rigorisme budgétaire préjudiciable au développement de chaque pays. Les mesures de restriction des transactions vont dans le sens d’un éclatement du franc CFA.

Par Désiré Mandilou

Le modèle économique qui sous-tend la Françafrique ne fonctionne plus. Notamment dans la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). L’un après l’autre, les piliers du modèle de la Françafrique sont en train de céder.

Contrairement aux affirmations de Reinhart et Rogoff, il n’existe pas de seuil critique à la dette publique. Tout dépend des conditions auxquelles on s’endette, et de la natio­nalité des principaux souscripteurs de la dette.

La convertibilité illimitée du franc CFA en euros est non pas suspendue, mais bel et bien finie. Ce qui fragilise le pacte avec les oligarques locaux, désormais incapables d’exfiltrer vers des cieux plus accueillants leurs revenus. Sommes-nous en train d’assister à l’explosion en vol du franc CFA dans sa variante Afrique centrale ?

Il devient de plus en plus manifeste que la politique monétaire de la Cemac est en totale inadéquation avec l’objectif du développement. Ce qui produit une inefficacité quasi génétique des politiques économiques. « Nous l’allons montrer tout à l’heure. »

Dans un tweet, Olivier Blanchard, l’ancien économiste principal du FMI, recommande au gouvernement français, déjà endetté à presque 100 % du PIB, de néanmoins continuer à s’endetter. « Une augmentation des dépenses publiques de 1 % du PIB pour réduire les inégalités et investir dans les infrastructures ferait augmenter la dette de 0,5 % seulement et coûterait seulement 0,005 % du PIB, compte tenu du niveau très faible des taux d’intérêt. »

Un pour cent du PIB français, soit un emprunt de 20 milliards d’euros, coûterait-il à peine 80 millions d’euros par an, un montant quasi insignifiant ? Pour le motif que le taux moyen auquel s’endette la France (en avril 2019) est à peine de 0,4 %. Depuis lors, le taux auquel s’endette la France est d’ailleurs passé en territoire négatif. À l’heure où ces lignes sont écrites, le taux à dix ans de la France est de -0,05 % !

Cette recommandation inattendue, émanant d’un des économistes les plus influents du monde, a fait couler beaucoup d’encre. Elle contredit en effet l’orthodoxie économique qui postule qu’une dette équivalente à 100 % du PIB ne peut être refinancée par de nouveaux emprunts ; quelle que soit la prime de risque que l’on accepte de payer.

Contrairement aux affirmations de Reinhart et Rogoff, il n’existe pas de seuil critique à la dette publique. Tout dépend des conditions auxquelles on s’endette, et de la natio­nalité des principaux souscripteurs de la dette. Au Japon par exemple, et dans une moindre mesure en Italie, la dette est principalement souscrite par des natio­naux.

Cela permet au Japon de hausser sa dette publique au-delà de 200 % du PIB, sans craindre une sanction des marchés financiers sous la forme de taux d’inté­rêt élevés. Olivier Blanchard fait donc remarquer que tant que le taux d’intérêt nominal (noté r) est inférieur au taux de croissance de l’économie (noté G), l’on peut continuer à s’endetter sans dégrader le ratio dette sur PIB. C’est-à-dire tout en rendant sa dette de plus en plus soutenable.

Le monde à l’envers

On constate cependant qu’en zone Cemac, le taux d’intérêt nominal r est supérieur au taux de croissance de l’éco­nomie G. Et cela d’année en année. Le tableau 1 montre que le taux d’intérêt nominal est supérieur au taux de crois­sance de l’économie, en 2017 comme en 2018.

Si l’on considère le taux d’intérêt réel, c’est-à-dire, le taux nominal déflaté de l’inflation, le constat reste le même : r reste supérieur à G. le taux d’intérêt réel est égal 2,05 % en 2017 versus 0,2 % pour le taux de croissance; en 2018 nous constatons r à 2,0 % versus 1,9 % pour G.

Ce qui signifie que dans les pays Cemac, la charge de la dette s’accroît plus vite que la richesse produite de manière structurelle. Qu’il y ait mauvaise gouvernance ou non. De manière insti­tutionnelle, comme on dirait « en vitesse de croisière », chaque dollar emprunté par un pays Cemac dégrade plus que proportionnellement le ratio dette/PIB.

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