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Economie

Commerce extérieur africain : La face cachée

Il est délicat d’analyser la place de l’Afrique au sein du commerce extérieur international. Ne serait-ce qu’en raison des illusions statistiques et de leur pendant, le manque d’information fiables. Pour autant, de grandes tendances se confirment, depuis quelques années. 

Par Christian d’Alayer 

Dans ma jeunesse, trouver le classement des exportateurs occidentaux en Afrique était une recherche facile, malgré l’absence de collecte informatique de l’information : tous les ans, les services gouvernementaux français aimaient montrer la prépondérance de l’Hexagone sur l’ensemble des grands pays de l’époque, États-Unis inclus.

Aujourd’hui, il faut passer des heures sur l’Internet pour trouver des chiffres : c’est que le commerce français avec l’Afrique s’est effondré, passant de 30 % des échanges du continent avec le monde extérieur en 1960 à environ 8 % aujourd’hui.

Les Africains achètent aujourd’hui nettement moins cher en Asie qu’hier en Europe. Et ils vendent aussi beaucoup plus cher leurs matières premières tout en commerçant entre eux de plus en plus, produits manufacturés en tête.

Alors, certes, le « gâteau » est nettement plus consistant en 2018 et la France exporte plus en valeur absolue aujourd’hui qu’il y a un demi-siècle. Mais l’ancien colonisateur ne pèse plus grand-chose en Afrique hors ses interventions militaires : au rythme de l’effondrement, cette présence militaire coûteuse deviendra d’ailleurs sans intérêt financier, donc pesante… 

Nous savons que la place de la France a été prise par la Chine au cours des deux dernières décennies, ce que montrent les derniers chiffres publiés par l’OMC (2014) dans le tableau 4. Tableau qui cache une autre évolution, celle d’une Union européenne qui a été doublée par la même Chine.

Tandis qu’au sein de l’Union européenne, la France n’est même plus en tête : elle est désormais devancée par l’Allemagne, ce que ne montrent pas encore les chiffres récents (tableau 4). L’Afrique bouge très vite actuellement et ses partenaires économiques traditionnels n’ont visiblement pas suivi ses mouvements. 

Un autre enseignement important est le développement du commerce intra-africain. Il représentait 13 % du commerce extérieur du continent en 1995, chiffre déjà très supérieur à celui de 1960, il a dépassé les 22,5 % en 2016, hors commerce informel (considérable en Afrique). 

La croissance des produits manufacturés 

On voit dans le graphique 3 que l’industrie représente la plus grosse part des échanges intra-africains devant les combustibles et l’alimentation : on note, bien sûr, des réexportations dans ces échanges, notamment en matière de textile.

Mais les industriels locaux vendent aussi leurs productions aux pays voisins. Par exemple, des PME camerounaises écoulent ainsi de nombreux meubles, tandis que le Nigeria ou l’Afrique du Sud exportent des véhicules montés sur place.

Premier exportateur africain et premier exportateur intra-africain, l’Afrique du Sud vend un peu de tout, des produits ménagers aux panneaux solaires. Échappent aux statistiques, pas mal de produits alimentaires tels les poissons de mer séchés vendus (massivement !) jusqu’aux confins des pays africains. En effet, les frontières intérieures sont moins gardées que les ports maritimes où embarquements et débarquements sont plus aisés à surveiller. 

Sous-estimation de l’Afrique 

Le tableau 5 montre aussi que l’Afrique du Nord perd du terrain, au sud du Sahara, en dépit des efforts notamment marocains pour s’y implanter durablement.

Ce sont incontestablement l’Afrique du Sud et le Nigeria qui se montrent conquérants : la première au sud et à l’est du continent, le second à l’ouest. L’Afrique centrale, tout informelle, est sous-représentée dans les chiffres officiels.

Néanmoins, on sait que les échanges autour du fleuve Congo ont été, sont et seront toujours très importants, de même que dans les villes frontières camerounaises. Les réputations commerçantes des Bamilékés du Cameroun et des Haoussas du Nigeria sont loin d’être usurpées : nous avons là un «trou» statistique, l’Afrique centrale pesant très nettement plus que ce que les chiffres officiels ne laissent à penser. 

Dernier point et non des moindres à relever, on voit aussi que le pétrole n’est plus le moteur unique des exportations africaines. Le tableau 5 est très explicite à cet égard. Bien entendu, la baisse du prix du pétrole est prépondérante dans ce constat et sa remontée, jusqu’à une période récente, devrait modifier le classement du tableau.

Il n’empêche que la bauxite guinéenne – une des plus importantes réserves mondiales ! – démarré très sérieusement tandis que l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie ou le Ghana, ne sont pas des pays spécifiquement pétroliers. Ainsi, le temps du « pillage des ressources africaines » semble de plus en plus lointain.

Les Africains achètent aujourd’hui nettement moins cher en Asie qu’hier en Europe. Et ils vendent aussi beaucoup plus cher leurs matières premières tout en commerçant entre eux de plus en plus, produits manufacturés en tête : l’Afrique de 2018 a changé.

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