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Economie

Bénin : Le président Patrice Talon casse les codes

Le président Patrice Talon entend casser les privilèges corporatistes afin de renflouer les caisses de l’État. Mais il doit faire face aux réticences d’une partie des Béninois, ainsi qu’à une « économie de la débrouille » qui a la vie dure.

Max-Savi Carmel, Cotonou

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, le président béninois prend publiquement position contre les évacuations sanitaires qui, selon lui, «coûtaient trop cher à l’État et ne profitaient qu’aux élites et cadres». Le Président ne s’arrête pas là et entame une grande réforme des voyages officiels. Le nombre de personnes qui se déplacent avec lui, à chacun de ses voyages, a été divisé par quatre, bien loin du pléthorique convoi qui suivaient son prédécesseur.

Depuis le début de l’année, dans les principales villes du Bénin, plusieurs compagnies d’essence ont installé de nouvelles stations. L’objectif du gouvernement est de réduire le prix à la pompe et ainsi décourager les trafics.

Les consignes sont claires, « les ministres concernés, quelques collaborateurs et rien de plus ». En une année, une économie de 6 milliards de F.CFA (9,15 millions d’euros) a été réalisée. Malgré les résistances, le gouvernement n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.

La réduction des avantages des cadres de la fonction publique a été entamée ainsi que la diminution sensible de la taille des cabinets ministériels. Objectif : réduire de 25 % les dépenses liées au fonctionnement de l’État. La lutte contre l’essence frelatée est aussi subtilement en train de devenir une priorité de l’agenda politique : la mesure de trop pour une économie tenue par la débrouillardise et l’informel ?

Faire des économies

La priorité des réformes économiques est d’assainir les finances de l’État et de réduire les dépenses. Sur ces deux axes, Patrice Talon marche sur des oeufs et doit accepter une forme d’impopularité. « On dépense 20 millions, 40 millions, 100 millions parfois pour seulement soulager la douleur de certaines personnes qu’on envoie en France, aux États- Unis ou ailleurs ! », dénonce le Président lors du lancement du « Bénin Révélé », le document cadre de son projet de société.

Alors que les Béninois les plus pauvres souffrent « faute de soins minimums », s’indigne le Président : « Comment peut-on rester insensible face à de telles réalités ? ». Il propose la construction d’un hôpital de renom à Cotonou. Une solution qui devrait permettre à l’État d’économiser entre 7 et 11 milliards de F.CFA par an.

La création, dès 2016 d’une agence en charge des voyages officiels, a permis à l’État de réduire drastiquement ses dépenses, à 2,4 milliards de F.CFA (3,7 millions d’euros). Un effort que le chef de l’État entend continuer. Ses derniers déplacements en sont de parfaites illustrations.

Que ce soit au sommet du G20 à Berlin, fin octobre, son séjour début novembre à Oslo, ou quelques mois plus tôt à Ankara mais aussi en Suisse ou au Vatican, Patrice Talon ne se déplace qu’avec une petite dizaine de personnes contre en moyenne 40 sous le régime précédent. Au final, ces dispositions permettraient d’économiser près de 20 milliards de F.CFA (30,5 millions d’euros) tout au long du mandat. Un défi auquel tient le chef de l’État.

Rendre l’administration plus compétitive

La lutte pour une administration plus compétitive se fait sur deux fronts : éliminer de la fonction publique les détenteurs de faux diplômes et mobiliser les ressources humaines au service des usagers. C’est le cas notamment des médecins qui disposent pour la plupart de cliniques privées, qu’ils privilégient au détriment des centres hospitaliers publics.

Un délai de grâce a été accordé aux médecins concernés pour choisir entre le public et le privé. À l’échéance du 30 août dernier, ils ont été plusieurs dizaines à préférer quitter le service public. Benjamin Hounkpatin, le ministre de la Santé, a dû faire une concession en autorisant 81 spécialistes à rester dans le public tout en exerçant dans les cliniques privées.

Sur l’autre front, celui des faux diplômes, les contrôles se multiplient. Pour la seule année 2018, près de 250 faux diplômés ont déjà été détectés. Le combat promet d’être plus rude l’année prochaine, après plusieurs mises en garde du ministère de la fonction publique.

La population de la débrouillardise

Frontière Sème-Krak, septembre 2018. Du côté du Nigeria, une quarantaine de véhicules sont en attente. Ils doivent recevoir une autorisation de la douane béninoise pour passer la frontière. Grâce aux réservoirs artificiels et à la réadaptation de l’espace passagers, chacun de ses véhicules, le plus souvent des Peugeot 404 peuvent transporter jusqu’à 2 500 litres d’essence.

Les consignes sont claires, « les ministres concernés, quelques collaborateurs et rien de plus ». En une année, une économie de 6 milliards de F.CFA (9,15 millions d’euros) a été réalisée. Malgré les résistances, le gouvernement n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.

Communément appelé « Kpayo », la filière de l’essence frelatée en provenance du Nigeria crée des milliers d’emplois directs, des transporteurs aux détaillants en passant par les distributeurs. Progressivement, le gouvernement riposte.

Depuis le début de l’année, dans les principales villes du Bénin, plusieurs compagnies d’essence ont installé de nouvelles stations dans un pays où l’essence frelatée est reine.

Selon une étude des douanes béninoises datant de 2009, moins de deux Béninois sur dix s’approvisionnent dans les stations d’essence régulières. Il s’agit notamment de fonctionnaires disposant de bons de carburant. « Pour mettre fin à la contrebande de l’essence, il faut faciliter l’accès aux stations régulières », insiste-t-on au ministère des Finances qui déplore un manque à gagner de plus de 17 milliards de F.CFA.

La police et la Douane multiplient des sorties matinales pour dissuader progressivement les acteurs de la filière. Car, leur déclarer une guerre ouverte aurait un impact certain mais imprévisible, à la veille des élections législatives prévues pour mars 2019.

Alors, le gouvernement tente de baisser le prix à la pompe, afin de réduire le recours à la contrebande. Une situation devenue source de crispation dans l’opinion béninoise, d’autant que quelques millions de personnes dépendraient du commerce de l’essence frelatée.

Voici quelques mois, une opération de déguerpissement avait mis fin aux commerces des bords de route, obligeant les petits commerçants à intégrer le circuit formel et donc, à payer des taxes et impôts. Patrice Talon en payera-t-il politiquement le prix ?

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