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Economie

Aude de Thuin (Fondatrice de Women in Africa) : Les femmes sont actrices des mutations de l’Afrique

Chef d’entreprise, créatrice de concepts de grands forums, auteure de plusieurs livres, Aude de Thuin a la passion des idées et des projets. Elle vient d’organiser la deuxième édition de Women in Africa.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Avec cette deuxième édition à Marrakech, Woman in Africa a-t-elle trouvé sa place, sa raison d’être ?

Je pense que cette seconde édition a définitivement installé Women in Africa dans le paysage mondial, et pas seulement africain. Le nombre de participants, presque 500 venus de 68 pays, la qualité du public et des intervenants, la présence massive de la presse…

Tout cela a confirmé qu’il y avait de la place pour un sommet de ce niveau, et confirme, si besoin est, que les femmes africaines sont considérées comme les actrices des mutations que le continent vit en ce moment.

Les femmes africaines ont-elles besoin de cultiver cet entre-soi ?

Je ne crois pas que les femmes africaines aient besoin de WIA pour cultiver un entre-soi, sinon peut-être panafricain, mais elles ont besoin, et le monde aussi, d’être connectées avec les leaders qui pensent le monde de façon globale, et pas seulement à l’aune de leur propre pays ou continent.

Le monde d’aujourd’hui est global, nous allons devenir de plus en plus interconnectés mais et c’est la raison pour laquelle j’aime le métier que je fais, car j’aime avant tout que les gens se rencontrent, se parlent directement. Dans ce monde virtuel il est indispensable de continuer à se voir et pas seulement via Skype !

On vous a reproché d’être la « Blanche » qui préempte les problématiques des femmes africaines. Sur quoi l’africanisation que vous terminez va-t-elle déboucher ?

J’ai toujours dit que WIA devait être fait par et pour les femmes africaines. Notre équipe est internationale. Hafsat Abiola, notre nouvelle présidente, va continuer par le bureau qui ouvre bientôt à Lagos à développer cette équipe qui devra être mondiale ; c’est la base même de l’existence de l’initiative Women in Africa.

La plupart de nos participantes ont commencé comme la plupart des femmes. Toutes se sont créées à la force de leur volonté, grâce à des rôles modèles qu’elles ont rencontrés ou entendus.

Nous avons déjà des WIA Ambassadrices dans plusieurs pays : aux États-Unis, en Chine, en Angleterre, en Amérique du Sud. Nous recherchons actuellement quelqu’un en Allemagne, et une des priorités d’Hafsat est d’avoir d’ici fin 2019, 54 Ambassadrices sur le continent.

Quelle est l’efficacité, en matière de solutions ou d’opérationnalisation des idées, des rencontres de WIA ?

Je crois que nous pouvons dire, avec fierté, que la première grosse opération créée par WIA est le projet WIA 54, qui a pu voir le jour grâce à nos partenaires Société Générale et Roland-Berger. Nous avons sélectionné les meilleurs business models développés par 55 femmes entrepreneuses (représentant 52 pays) sur les 1 200 qui ont postulé.

Les 55 venues à Marrakech, début octobre, ont assisté pendant trois jours à un « camp d’entraînement » qui s’est tenu à l’université EMSI de Marrakech qui a été animé par leur et notre partenaire, Honoris United Universities. Elles ont reçu des formations à la prise de parole, à l’amélioration de leur business model, appris à se présenter à des investisseurs, etc.

Et la première soirée de WIA leur a été consacrée. Comme les 16 lauréates de l’an dernier, elles seront suivies toute l’année et nous les présenterons à des investisseurs, à des institutions ; elles seront invitées à prendre la parole dans des conférences et nous communiquons sur elles partout dans le monde afin de montrer le rôle majeur des femmes dans les économies du continent.

Les autres actions désormais portées par WIA ont été annoncées le premier jour et rentreront dans ce que nous appelons désormais « WIA Impact ». Elles sont au nombre de cinq : l’éducation ; école obligatoire jusqu’à 16 ans ; le développement de l’agro-finance, secteur qui occupe 65 % des femmes sur le continent ; la création de « guichets uniques » business, visant à accompagner les femmes dans le montage en amont de leur activité ; le parrainage intercontinental pour favoriser les partenariats d’affaires et le co-investissement entre les femmes d’Afrique, d’Europe et de la Méditerranée, ainsi que des États-Unis ; la création d’un fonds d’investissement féminin, le WIA Fund.

Nous avons créé des groupes de travail qui ont commencé à se réunir, fin octobre, et nous présenterons pour chaque action les stratégies mises en place. Celles-ci seront annoncées à l’occasion de la présentation offi cielle de la stratégie 2019 de Women in Africa, dont nous avons fait évoluer le business model.

Les femmes africaines ont besoin de modèles de réussite pour s’identifier et pour servir d’exemples. Or, ce qu’on voit à WIA est un modèle hors de portée de l’ensemble des femmes en Afrique.

Je ne crois pas que les modèles présentées à WIA soient si éloignées que vous le dites de toutes les autres femmes. La plupart de nos participantes, qu’elles soient intervenantes ou lauréates de WIA 54, ont commencé comme la plupart des femmes. Toutes se sont créées à la force de leur volonté, grâce à des rôles modèles qu’elles ont rencontrés ou entendus.

Grâce aussi beaucoup, c’est ce que toutes ont dit, grâce à leurs grands-mères, leurs mères, ou même leurs pères quand celui-ci considérait qu’avoir une fille était identique à avoir un garçon.

Une de nos missions est justement d’identifier ces femmes pour servir de modèle aux autres. Et comme beaucoup ne peuvent venir assister à nos sommets, la plateforme WIA que nous finalisons ces jours-ci permettra au plus grand nombre de rencontrer virtuellement des modèles qui ont commencé leurs carrières comme elles.

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