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Economie

Algérie : Nouvelles incitations à l’épargne des ménages 

Face au recul sensible de l’épargne des ménages dans les circuits bancaires, le ministère des Finances crée un observatoire pour aider les banques à innover dans la conceptualisation et la commercialisation des produits d’épargne et de prévoyance.

Alger, Samia Lokmane-Khelil 

Les ménages algériens n’épargnent plus beaucoup, ou du moins, pas dans les banques. Au début de la dernière décennie, la Compagnie nationale d’épargne et de prévoyance (CNEP) constituait encore un bon moyen pour beaucoup de ménages soucieux de placer leurs économies tout en les rendant disponibles, le cas échéant, pour un achat immobilier.

Cet engouement pour l’épargne profitait aussi aux établissements bancaires publics et confortait leurs ressources et leurs capacités à financer l’économie nationale.

Face au défaut de ressources bancaires conventionnelles, la collecte via la diversification et l’adaptation des produits d’épargne et de financement, s’avère une nécessité impérieuse pour l’économie nationale, souligne la Banque d’Algérie. 

Désormais, à la CNEP, les comptes d’épargnes ressemblent plus à des comptes courants. Beaucoup de retraits et peu de dépôts. À la tête de la banque depuis 2015, Rachid Metref a constaté « un mouvement de désépargne » qui se poursuit. Selon lui, les Algériens qui ne sont pas impactés par le recul du pouvoir d’achat préfèrent thésauriser leurs liquidités hors des circuits officiels. 

De son côté, Abdelkader Benkhalfa, ancien ministre des Finances et président de l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF), constate « une épargne de précaution qui a tendance à s’orienter vers des placements en or voire en devises pour se protéger de l’inflation ». L’État estime à un plus de 40 milliards de dollars cette épargne qui échappe aux comptes bancaires rémunérés. 

« Le taux d’épargne nationale en circulation en dehors du circuit bancaire s’élève à 31 % de la masse monétaire », précisait, fin 2018, le directeur du Crédit et de la régulation bancaire à la Banque d’Algérie, Mohamed Lahbib Koubi au cours d’un symposium, tenu à Alger, sur les assurances et la finance islamique. Cette part « très importante » risque d’augmenter si rien n’est fait pour encourager les ménages à confier leurs économies aux banques. 

Même inquiétude de la part du ministre des Finances, Abderrahmane Raouya : « La relative stagnation de l’épargne doit nous interpeller pour améliorer davantage notre offre. » En 2017, les banques ont collecté 18 milliards $ de fonds d’épargne.

Un chiffre jugé comme insuffisant par rapport au passé. En 2013 par exemple, l’épargne collectée avait atteint 33,6 % de la masse monétaire, un taux prometteur rendu possible par une conjoncture économique très favorable. Les prix des hydrocarbures n’avaient pas encore commencé à dégringoler et le pouvoir d’achat des fonctionnaires avait augmenté. 

Réinventer la collecte de l’épargne 

Mais à la suite de la chute du prix du brut, à partir de 2014, et de nouvelles tensions inflationnistes, il est devenu plus difficile pour les banques de capter l’épargne des particuliers.

Pour y remédier, les établissements publics et privés ont décidé de rémunérer plus avantageusement l’épargne. Le livret de la banque CNEP propose par exemple une rémunération à hauteur de 2,5 %. Certaines banques privées comme Algeria Gulf Bank peuvent même proposer davantage. 

« Dans un contexte caractérisé par un défaut de ressources bancaires conventionnelles, la collecte des ressources via la diversification et l’adaptation des produits d’épargne et de financement afin de répondre aux attentes de l’ensemble des opérateurs et citoyens, s’avère une nécessité impérieuse pour l’économie nationale », préconise Mohamed Loukal, directeur général de la Banque d’Algérie, qui demande à la communauté bancaire de développer des produits plus attractifs pour accroître le montant des dépôts et attirer la masse monétaire qui circule dans les circuits informels. 

Pour les accompagner, le ministère des Finances vient de créer un Observatoire national de l’épargne, qui agira comme un cercle de réflexion pour l’amélioration du niveau de l’épargne des ménages.

Il constituera « également une force de proposition concernant l’innovation sur les produits à mettre sur le marché en couvrant les aspects conceptuels, réglementaires et fiscaux », a expliqué Mohamed Raouya. 

Les banques doivent aller vers les clients 

L’Observatoire sera composé de représentants des banques et des sociétés d’assurances, de l’Office national des statistiques (ONS) et du Conseil national économique et social (CNES) ainsi que des experts du secteur bancaire et financier.

Dans la pratique, il servira à élaborer des études et de procéder à la collecte des données, des statistiques et des sondages d’opinion sur l’épargne, dont les résultats seront exploités par les banques pour une meilleure collecte de l’épargne. 

Les banques doivent, poursuit Abderahmane Benkhalfa, « aller vers les clients et non le contraire. Elles doivent faire preuve de plus d’agressivité commerciale. Les taux d’intérêt ont un rôle à jouer ». 

Ali Haddad, président du FCE (Forum des chefs d’entreprise, le patronat algérien), considère que « le secteur a besoin de plus de banques universelles, ainsi que plus d’institutions financières spécialisées afin qu’il y ait davantage de concurrence de produits financiers pour la récolte de l’épargne et de solutions de financement des entreprises ». 

En juin 2018, le gouvernement a autorisé l’ouverture de comptes d’épargne en devises, une façon pour lui de capter l’argent des nationaux établis à l’étranger.

Aucun bilan n’a été encore fait concernant cette opération. De même, personne ne peut préjuger que la politique globale de l’État pour la captation de l’argent des ménages va porter ses fruits.

Dans un rapport publié en octobre, le centre de recherche et d’analyse économique canadien, Fraser Institute a indiqué que « les tensions inflationnistes » ne favorisent pas pour l’instant, le regain de l’épargne des ménages.

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