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Economie

Algérie : Des réformes au point mort

Dans l’attente d’une stabilité politique, la capacité des autorités algérienne à financer les réformes nécessaires pour diversifier l’économie demeure incertaine. 

Par Shoshana Kedem 

Les manifestants algériens ont su infléchir la politique d’un pays paralysé par la corruption, un taux de chômage élevé et le manque d’opportunités. Mais, pour la jeunesse, qui représente 55 % de la population, le problème est loin d’être résolu. « Les Algériens réclament à présent un changement radical. Ils veulent le départ du clan Bouteflika », explique Dalia Ghanem, chercheuse au Centre Carnegie du Moyen-Orient. 

Le pays est confronté à des difficultés financières et pourrait ne pas disposer des ressources pour financer les réformes ambitieuses nécessaires pour diversifier l’économie et améliorer le climat d’investissement, préviennent les analystes. 

Plus de 95 % des recettes en devises proviennent des exportations d’hydrocarbures. Mais le fléchissement des cours du pétrole brut depuis 2014 a créé de graves difficultés économiques et un déséquilibre important des finances publiques. « Pour que les réformes voient le jour, le pays a besoin d’argent, mais il n’en a pas », déplore Dalia Ghanem selon qui l’Algérie « est au bord de la crise économique. Le taux de chômage est élevé, les inégalités sociales sont de plus en plus évidentes et le dinar a été dévalué.» 

En 2018, les recettes issues des exportations de pétrole et de gaz ont représenté 40 % du budget national, dont 30 milliards de dollars ont été consacrés aux subventions à l’énergie et au logement. L’inflation est repartie et les réserves de devises, qui avoisinaient 117 milliards de dollars en 2014, ne devraient pas dépasser 67 milliards $ cette année.

« Avant 2014, l’Algérie était l’un des pays qui possédait le plus de réserves de change », précise Dalia Ghanem. « Avec près de 200 milliards $ de réserves de change, le pays s’est situé un temps au huitième rang mondial. Malheureusement, l’effondrement des cours du pétrole en 2014 a eu des répercussions terribles.» 

Risques sur le secteur pétrolier 

Les tentatives du gouvernement de diversifier l’économie et de réduire sa dépendance aux hydrocarbures ont eu des résultats limités. Ces dernières années, le gouvernement a voulu réduire le déficit budgétaire, limiter les dépenses sociales et développer le secteur privé. Mais les réformes ont été entravées par la paralysie politique et les intérêts de personnalités influentes qui défendent le statu quo

Alors que la mobilisation se poursuit dans le pays, les investisseurs étrangers redoutent que le remplacement des responsables de l’énergie au gouvernement remette en cause les accords avec les multinationales. Fin mars, Exxon Mobil a décidé de suspendre ses négociations avec l’opérateur public algérien concernant l’exploitation d’un gisement de gaz naturel.

La principale préoccupation du gouvernement sera d’assurer la continuité des activités pétrolières et gazières et de maintenir la production au plus haut niveau possible afin de garantir ses recettes dans les mois à venir. 

« Des manifestations et des grèves ont eu lieu sur les sites pétroliers et gaziers ces dernières semaines. Les employés de la société publique Sonatrach ont participé au mouvement qui a contraint Abdelaziz Bouteflika à démissionner. Toutefois, la production, le transport et la commercialisation des hydrocarbures n’ont pas été interrompus », précise Walid Namane, analyste politique à Control Risk. 

D’autre part, le vieillissement des gisements et l’essor de la demande intérieure de gaz naturel menacent également la stabilité du secteur. Bien que l’Algérie ait produit plus d’un million de barils de pétrole par jour et 135 milliards de mètres cubes de gaz en 2018, la consommation intérieure absorbe l’augmentation des volumes. 

En 2017, le gouvernement a proposé de modifier les lois sur l’énergie afin d’attirer les investisseurs qui évitaient le pays. Ces amendements, qui proposent des partages de bénéfices importants et d’autres mesures favorables aux investisseurs, ainsi que des réformes économiques, pourraient bien ne jamais voir le jour, redoute Walid Namane.

Car le gouvernement par intérim n’a pas la légitimité requise pour réformer le secteur pétrolier, symbole sacré de la souveraineté algérienne. « Au cours des trois prochains mois, le gouvernement aura surtout pour mission de maintenir la stabilité et d’organiser des élections présidentielles dans de bonnes conditions », affirme l’analyste. « Il n’envisagera pas des modifications drastiques des lois sur les investissements ou d’autres lois qui pourraient avoir un impact sur l’économie. Ce n’est pas le moment. »

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