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Economie

Afrique/Europe : Les PME, clés d’une relation inclusive

La nouvelle Commission européenne va bientôt rediscuter des contours financiers du Plan d’investissement externe qui vient en soutien aux entreprises africaines. Elle devra associer plus activement le secteur privé du continent, afin que les PME y trouvent leur place. 

Par Szymon Jagiello 

Pour quelle raison une attention particulière devrait être portée à l’égard des PME dans la relation économique entre l’Union européenne (UE) et l’Afrique?

La réponse se trouve, en partie, dans les données publiées le 20 septembre 2019 par Eurostat (la Direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique) qui révèlent que le déficit commercial de l’Afrique a baissé de 95 % entre 2015 et 2018. 

En effet, malgré un rééquilibrage des échanges au cours des dernières années, plus de 65 % des biens exportés par les pays africains vers l’UE sont toujours composés de matières premières où le rôle des PME reste faible.

Or, c’est dans ces types de sociétés que se trouverait une des solutions pour pallier les problèmes liés au développement inclusif des économies africaines, les PME représentent « pas moins de 90 % des entreprises et créent près de 60 % des emplois du secteur formel en Afrique », selon Djalal Khimdjee.

Néanmoins, elles ne contribuent, toujours selon le directeur général délégué de Proparco, qu’à « 40 % du PIB à l’échelle continentale ». Signe d’une anomalie des économies africaines… 

D’une, voire de plusieurs anomalies. Sans surprise, l’accès au financement représente un enjeu de taille car la majorité des d’établissements de crédits sur le continent octroie des prêts à des conditions excessives.

En Guinée par exemple, « les taux d’intérêt pour les PME sont élevés, nominalement d’au moins 18 % et les exigences de garantie de la part des banques dépassent plus de 200 % de la valeur hypothécaire », selon une étude pour le compte de la Dutch Good Growth Fund. Des pratiques qui réduisent fortement le nombre d’entreprises susceptibles d’obtenir un financement, dont les besoins sont estimés à 331 milliards de dollars, pour la seule Afrique subsaharienne. 

Face à cette frilosité de la part des acteurs bancaires qui perçoivent le prêt aux PME comme trop risqué, plusieurs IFD (Institutions de financements de développement) mettent à disposition des fonds de garantie, « lesquels acceptent d’absorber une quote-part définie (habituellement 50 %) des éventuelles pertes encourues par une institution financière sur ses prêts aux PME », d’après les estimations de Jonathan Lange, expert senior auprès de la BAD. Des mesures, certes encourageantes, mais insuffisantes. 

La demande dépasse l’offre 

En effet, recevoir plus facilement des capitaux est une chose, faut-il encore savoir bien les gérer. À ce titre, explique Jonathan Lange, « dans toute l’Afrique, on est souvent confronté à une maîtrise insuffisante des principes comptables élémentaires, induisant des difficultés de gestion financière, notamment dans la présentation des états financiers ou des plans de développement à un prêteur potentiel.

Les IFD et certaines ONG offrent un appui en la matière, mais la demande dépasse très nettement l’offre ». À cet élément s’ajoutent des réglementations locales, certes adaptées, mais pas correctement appliquées voire encore un accès difficile aux informations liées aux normes en vigueur sur d’autres marchés. 

Par exemple, la question des certifications semble assez évocatrice : cet outil garantit un respect de normes par une entreprise et facilite son accession à d’autres marchés en intégrant plus aisément des chaînes de valeurs régionales, voire internationales.

Ainsi, estime le Centre du commerce international (ITC), seulement « 25 % des PME, dans 16 pays d’Afrique francophone, possèdent un certificat, soit de qualité ou de sûreté, lequel est souvent un prérequis pour pénétrer un marché étranger ». Un constat qui explique partiellement pourquoi les exportations de l’Afrique vers l’Europe sont encore dominées par les matières premières. 

Face à ce contexte, l’UE a décidé d’adapter plusieurs de ses programmes en mettant notamment en place des mécanismes « innovants » pour tenter de répondre au mieux aux besoins des PME sur le continent et de leur permettre de participer plus activement à la vie économique, tant à l’échelon local, qu’international. 

L’UE néglige le secteur privé 

Le Plan d’investissement externe (PIE), adopté en 2017, reflète cette volonté. Alors que, souligne un rapport sur les relations UE-Afrique de l’Institut Montaigne paru en juin 2019, « la plupart des financements européens sont orientés vers le secteur public, le PIE se concentre sur l’incitation à l’investissement privé sur le continent, mettant ainsi en adéquation le discours (rôle primordial du privé dans le développement) et ses outils ».

Le Fonds européen de développement durable devrait mobiliser, grâce à un effet multiplicateur, 44 milliards d’euros en se concentrant sur cinq domaines, dont les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Cependant, ces dernières ne sont toujours pas incluses directement dans le processus. 

Par exemple, le Fonds européen de développement durable (FEDD) – l’un des trois piliers structurant le PIE – devrait mobiliser, grâce à un effet multiplicateur, 44 milliards d’euros en se concentrant sur cinq domaines, dont les PME et les ETI (Entreprises de taille intermédiaire).

Cependant, force est de constater que ces dernières ne sont toujours pas incluses directement dans le processus. 

Ainsi, constate l’analyse de l’organisation française, « le PIE permet à des institutions accréditées (AFD, Proparco, Banque européenne d’investissements, etc.) de développer des produits de garanties et des mécanismes de mixage qu’elles n’auraient pas pu financer sans les fonds du PIE. Il n’y a donc pas d’accès direct des entreprises au PIE, qui doivent le solliciter via ces institutions accréditées, ce qui constitue une limite pour la visibilité, la rapidité et l’appropriation par les entreprises – notamment les PME et les ETI – de ces mécanismes ». 

De plus, le manque de consultation, semble-t-il, avec le secteur privé lors de la mise sur pied de projets dans le cadre de cette politique entrave son efficience.

Toujours selon l’Institut Montaigne, « si les programmes nationaux et régionaux du FED sont co-construits localement dans les délégations de l’UE, il y a peu de concertation avec les secteurs privés européens et encore moins africains pour ce qui est du choix des secteurs voire des types d’outils».

Or, si bien soutenues à travers une assistance technique accrue et efficace capable de développer les compétences des entrepreneurs, les PME apporteraient, selon Pierre Gattaz, président de Business Europe – « 80 % des solutions à tous les défis, 80 % des emplois et 80 % de la prospérité économique ».

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