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Eclairage

L’avenir de l’Afrique réside dans ses villes

Djibouti

Les villes permettent un accroissement de richesses, un meilleur accès aux infrastructures, à l’éducation, aux emplois. Le rapport Dynamiques de l’urbanisation africaine 2022 vient ébranler des idées reçues et chiffrer des intuitions sur un phénomène mal connu.

 

Par Laurent Soucaille

Le débat politique sur l’urbanisation en Afrique a longtemps souffert d’un manque de preuves tangibles. Le rapport Dynamiques de l’urbanisation africaine 2022, publié conjointement par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) ; l’OCDE, la Banque africaine de développement et la CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique) vient combler ce vide. Ses auteurs ont compilé les données issues de plus de 4 millions de sources (habitants et entreprises), réparties dans 2 600 villes de 34 pays africains. Il s’en dégage quelques grandes lignes et quelques recommandations, notamment le besoin de renforcer les gouvernements régionaux, pour coller au plus près aux besoins des habitants.

Selon les conclusions, forcément nuancées, du rapport, les villes sont attrayantes en raison des possibilités d’emploi qu’elles offrent. Les salaires horaires dans les grandes villes sont plus de deux fois supérieurs à ceux des zones rurales. Si la proportion d’adultes sans emploi est légèrement plus faible dans les villes que dans les zones rurales, le sous-emploi est moins répandu, puisque les travailleurs urbains travaillent 30 % d’heures de plus par semaine que les travailleurs ruraux.

À mesure que la taille des villes augmente, les gouvernements locaux deviennent plus importants pour le développement économique. Ils connaissent le mieux leurs villes et peuvent mieux cibler les politiques sur les besoins des populations. Auprès desquels ils sont plus facilement redevables.

De même, les possibilités d’éducation sont meilleures dans les villes que dans les zones rurales. Selon la taille de la ville, les jeunes citadins reçoivent en moyenne entre 2,5 et 4 années d’éducation de plus que les jeunes ruraux.

« Cela aura des conséquences durables », font observer les auteurs. D’autant que les villes permettent la transition vers une économie qualifiée. Aujourd’hui déjà, la part des emplois qualifiés dans les villes est environ 2,5 fois plus élevée que dans les zones rurales. Plus généralement, les villes facilitent la fourniture d’infrastructures et de services publics et privés. Dans les grandes villes, 80 % des ménages sont raccordés au réseau électrique, alors que seuls 20 % des ménages des zones rurales ont accès à l’électricité. Environ la moitié des ménages urbains détiennent le titre de propriété de leur maison, mais seulement 20 % des ménages ruraux.

 

L’atout des petites villes

De même, plus de 50% des ménages vivant dans une grande ville disposent d’un compte bancaire, contre 40 % environ pour les habitants des petites villes, et 20 % des ruraux. Les villes sont des incubateurs de changement social et culturel. Par exemple, elles facilitent la transition démographique, car les taux de fécondité sont plus d’un tiers inférieurs dans les grandes villes que dans les zones rurales.

En général, pour la plupart des indicateurs, les grandes villes obtiennent de meilleurs résultats que les petites, tandis que ces dernières devancent largement les zones rurales. Les écarts entre les villes de différentes tailles ont tendance à être plus faibles que l’écart entre les villes et les zones rurales. Cela indique que même les petites villes offrent un grand nombre des avantages de l’urbanisation, allant d’une meilleure fourniture de services et d’infrastructures à des économies plus avancées.

Les villes génèrent des économies d’agglomération qui augmentent la productivité des entreprises et des travailleurs urbains. Plus la population des villes augmente, plus les économies d’agglomération qu’elles génèrent augmentent, ce qui favorise la croissance économique.

Lomé (Togo)

 

Ainsi une estimation prudente suggère-t-elle que la croissance de la population urbaine contribue à hauteur de 0,33 point de pourcentage à la croissance annuelle moyenne du PIB par habitant en Afrique. Cela équivaut à environ 29% de la croissance annuelle moyenne du PIB/h, entre 2001 et 2020.

La population urbaine de l’Afrique a triplé depuis 1990. Malgré l’absorption de 500 millions de nouveaux citadins, les villes africaines ont continué à afficher de bons résultats par rapport aux zones rurales. L’évolution de la plupart des indicateurs dans les zones urbaines et rurales a suivi les tendances nationales, et l’écart entre les villes et les zones rurales est resté à peu près constant.

 

Une bonne performance économique, sans plus

Voilà qui démontre, souligne le rapport, que les villes ont pu intégrer des millions de personnes sans que cela n’entraîne une baisse mesurable des performances économiques globales ou des conditions de vie. Par exemple, entre 1990 et 2020, environ 390 millions de résidents urbains ont été connectés au réseau électrique. Ainsi, même si les villes africaines présentent de nombreuses lacunes, l’urbanisation a amélioré l’accès aux services, aux infrastructures et aux opportunités économiques pour des centaines de millions de personnes.

Face à une croissance démographique spectaculaire, les villes africaines ont maintenu une bonne performance économique par rapport au reste de leurs pays. Toutefois, malgré les avantages qu’elle offre, l’urbanisation n’a pas entraîné une transformation durable des villes.

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