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Dossier

A quoi sert le Conseil présidentiel pour l’Afrique

À quoi sert le Conseil présidentiel pour l’Afrique ? Ses membres issus de la société civile ne font pas encore l’unanimité quant à leur volonté de transformation des relations France-Afrique et leur indépendance du pouvoir présidentiel. 

Par Nicolas Bouchet

Le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) s’est donné l’occasion de convaincre un public varié de l’opportunité de son action et de prendre acte des regards extérieurs sur ses objectifs.

En la matière, le coordinateur du CPA attend une « conversion des regards » autant que des « preuves d’amour » de la part des autorités et de l’administration françaises envers les étudiants, les candidats à l’immigration économique, les jeunes surtout

Une série de tables rondes a rythmé une journée organisée, fin novembre 2018, à l’AFD (Agence française de développement). Elles étaient destinées à éclairer le rôle de l’institution et à répondre aux doutes sur la réalité du changement de la relation entre la France et l’Afrique, un an après le discours de Ouagadougou. 

Les membres du Conseil créé en 2017 par Emmanuel Macron ont tenté de dissiper les incompréhensions sur leurs deux missions principales de promouvoir la vision propre au CPA de la relation France-Afrique et de faire remonter l’information des terrains africains directement auprès du Président.

Jules-Armand Aniambossou, coordinateur du groupe, insiste : leur rôle ne fait pas des membres du CPA des communicants de l’Élysée et encore moins les inspecteurs des diplomates français dans les pays où ils conduisent leurs missions. Ces précautions n’éteignent pas la méfiance du public : le CPA ne porte-t-il pas la vision d’une nouvelle forme d’assistanat, ou pire, de mendicité ? A-t-il pour rôle d’aider la France à récupérer ce qu’elle a perdu par son divorce avec l’Afrique ?

La députée LRM (au pouvoir) Sira Sylla, vient au secours d’un CPA un peu à la peine sur ce sujet et rappelle que les nouvelles initiatives françaises en Afrique sont accueillies comme des partenariats, en particulier les projets de développement dans le secteur de l’éducation, comme le campus franco-sénégalais de Diamniadio. 

Les récits du public des rapports entre la jeunesse africaine et la France ne sont pas à l’avantage de cette dernière et décrivent comme une plaie le traditionnel passage au consulat, symbole, pour Yvonne Mburu, membre du CPA, d’une relation lose-lose.

Des témoignages qui relativisent l’ambition officielle de faire du premier contact avec l’administration française le lieu privilégié d’un changement de relation avec la jeunesse africaine. En réponse, Jules-Armand Aniambossou promet d’insister auprès du chef de l’État pour hâter les facilités de visa, baptisées « Passeports Talents » à destination des jeunes les plus qualifiés 

et à hauteur de mille titres par an. Emmanuel Puisais Jauvin, numéro 2 de la Direction générale de la mondialisation (Quai d’Orsay), entend rassurer en évoquant les consignes de bienveillance données aux postes diplomatiques envers les demandes concernant de courts séjours et la création de bourses d’exonération pour les étudiants évincés par la hausse générale des frais d’inscription des étrangers dans le supérieur. 

Réinventer la relation France-Afrique 

Tout le monde ne déplore pas la situation : Thierry Sibieude, professeur à l’ESSEC et directeur Afrique du Nord et de l’Ouest sur le campus marocain de l’école, se félicite de la fin d’un « grand problème » et rappelle les montants demandés depuis longtemps dans les autres pays occidentaux prisés des étudiants africains. La confrontation des scepticismes entoure bien la question de réinventer la relation France-Afrique. 

En la matière, le coordinateur du CPA attend une « conversion des regards » autant que des « preuves d’amour » de la part des autorités et de l’administration françaises envers les étudiants, les candidats à l’immigration économique, les jeunes surtout.

Sa vision ne va pas sans heurts face celle de l’Élysée mais engrange des soutiens dans la salle. L’adjoint au maire de Bordeaux, Pierre de Gaëtan Njikam, juge que le programme du discours du Ouagadougou est « dépassable voire inachevé » et que l’établissement de nouvelles relations avec les publics africains ne pourra dépendre du seul gouvernement. 

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