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Dossier UNFPA

Mali : Rétablir les services de l’État

Le Mali doit affronter ses menaces sécuritaires tandis que la population, très jeune, est en forte croissance. Cette jeunesse constitue un atout, mais aussi un défi face à l’augmentation induite des besoins. 

La population du Mali est constituée de différentes communautés ethniques qui vivent en harmonie depuis des millénaires. Le français est la langue officielle, mais la population parle majoritairement les langues nationales, notamment le bambara.

Les Maliens sont musulmans et il est rare de trouver un village sans sa mosquée. Le Mali se caractérise par une population jeune et en forte croissance : le pays comptait 5,3 millions d’habitants en 1960, ils sont 20,3 millions aujourd’hui, dont 8,9 millions d’urbains et 11,4 millions de ruraux. 

Face aux menaces, cet essor démographique contribue à renforcer le sentiment de sécurité, de crédibilité internationale, de confiance en l’avenir, et d’affirmation de la souveraine nationale.

Pourtant, cette démographie contribue aussi à renforcer et à durcir la compétition entre agriculteurs et éleveurs pour l’accès aux ressources naturelles notamment l’eau et la terre, sources principales de conflits entre les communautés. Le 

taux de fécondité n’a reculé que modestement, de 7 enfants par femme en 1960 à 6 enfants par femme en 2020. Et l’âge médian est tombé : la moitié de la population a moins de 16,3 ans aujourd’hui ! 

Cette forte jeunesse de la population malienne constitue certes un atout mais elle représente aussi un défi qu’il faudra relever dans les années à venir car ces jeunes réclameront des services de santé et d’éducation et des emplois pour participer au développement du pays. 

Des besoins insatisfaits 

En 2015, le taux de chômage ressortait à 9,6 % (8,5 % chez les hommes contre 11,0 % chez les femmes, et 22,5 % chez les jeunes de 15-24 ans). Particularité : le chômage augmente avec le niveau d’éducation, signe d’une mauvaise adéquation entre les qualifications acquises dans le système de formation initial et les besoins des entreprises. 

Sur le plan sanitaire et social, l’état des ressources humaines se caractérise par un déficit important, résultant de la faiblesse des capacités de recrutement, et de la formation des prestataires de services. À cela s’ajoutent une insuffisance de gestion dans la répartition du personnel entre les différentes régions, et l’insuffisance des réglementations contre les pratiques néfastes. 

Au regard de ce qui précède, les besoins induits par cette forte croissance démographique dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’emploi sont insatisfaits. La scolarisation demeure faible. La construction d’infrastructures éducative n’a pas suivi le rythme de la croissance démographique. Dans le domaine de la santé, les nombres de médecins, infirmières, etc. sont inférieurs aux normes de l’OMS, ce qui signifie que le Mali doit former plus de personnel de santé dans le futur pour satisfaire la demande sociale de santé. 

Plus généralement, les indicateurs observés ces vingt dernières années sont symptomatiques d’un contexte socio-économique explosif qui peut pousser des cohortes entières de jeunes, qui vivent dans le chômage et dans la pauvreté endémique, à se livrer au grand banditisme, au trafic de drogues, à la criminalité transfrontalière organisée ou à se faire enrôler dans les groupes terroristes qui sèment actuellement la terreur et l’insécurité dans le pays 

Publié le 20 mars 2020, le rapport du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, révèle que les civils ont continué d’être victimes d’attaques de groupes terroristes, de violences intercommunautaires, d’engins explosifs improvisés et de banditisme.

Par exemple, indique-t-il, 218 personnes ont été tuées dans le centre du Mali entre le 1er janvier et le 4 mars 2020. Dans le centre du pays, les civils continuent de subir les conséquences de l’intensification de la violence au sein des communautés, exacerbée par la présence de groupes terroristes. 

Antonio Guterres a invité le gouvernement du Mali à poursuivre les mesures visant à démanteler les milices, tout en redoublant d’efforts pour rétablir l’autorité de l’État de façon à éviter de dangereux vides sécuritaires. Selon lui, le soutien de la Mission de l’ONU reste essentiel pour aider les Forces de sécurité maliennes à protéger les civils. 

L’indispensable maillage du territoire 

Néanmoins, les choses avancent. Évoquant le processus de DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion), le secrétaire général relate que le pays affûte ses plans stratégiques pour la période 2019-2023. Les autorités ont pour objectif d’intégrer 10 000 anciens combattants dans les services de sécurité. Au total, 16 000 anciens combattants seront réinsérés dans leurs communautés grâce au programme DDR. 

La répartition spatiale de la population sur le territoire national, et les densités démographiques qui en sont induites, sont des facteurs très sensibles aux interactions qui existent entre démographie, paix, sécurité et développement.

Une population inégalement répartie sur le territoire, comme c’est le cas au Mali, où 19 % des habitants sont dispersés sur 65,8 % du pays, est une population facilement déstabilisable, surtout si la densité démographique et sociale est faible. D’où le besoin d’un maillage sécuritaire de l’ensemble du territoire. 

Quand les densités de population sont faibles, voire très faibles, comme c’est le cas au Mali dans certaines de ses régions administratives (Kidal, Ménaka, Taoudénit, Gao et Tombouctou), les criminels et les terroristes ont plus de facilités à s’organiser et à opérer.

La criminalité transfrontalière et le terrorisme peuvent facilement prospérer dans l’anonymat total, puisque les populations de par leurs modes de vie, sont mobiles et dispersées.

Avec les faibles densités démographiques, les communications interpersonnelles sont souvent difficiles, même avec les téléphones mobiles, puisque les terroristes empêchent les populations majoritairement pauvres de ces zones à en posséder et à s’en servir. Les terroristes peuvent opérer sur des centaines voire des milliers de kilomètres carrés sans rencontrer le moindre habitant. 

Sur le plan social, le fort taux de chômage des jeunes entretient une situation de désespoir et les incite facilement à pactiser avec le diable. Parmi les jeunes chômeurs qui adhèrent, sans grandes contraintes, aux thèses des terroristes et des bandits armés, beaucoup le font pour des raisons économiques ou religieuses. Les fanatiques et les islamistes veulent instaurer la Charia, alors que le Mali est une République laïque. 

Un important budget pour la sécurité 

En 2040, la population atteindra 40 millions d’habitants, soit un doublement en moins d’une génération, ce qui signifie des besoins accrus.  Pour les satisfaire, le Mali doit investir davantage de ressources dans le secteur de la santé, pour former et équiper le personnel, construire des infrastructures sanitaires et les approvisionner en médicaments essentiels. 

En matière d’éducation, il doit construire les infrastructures scolaires et universitaires, former les enseignants et les prendre en charge pour qu’ils s’acquittent convenablement de leurs missions d’enseignement et de recherche.

Déjà, le Mali consacre près de 25 % de son budget national au secteur de la défense et de la sécurité. Et pourtant, il devra y consacrer plus de ressources à l’avenir, afin que la santé, l’éducation des enfants, se déploient dans la quiétude et la tranquillité. 

Le gouvernement apporte des aides et des appuis constants aux populations et aux victimes des conflits armés et terroristes dans les zones du pays affectées. Il a élaboré et adopté en 2017 une politique nationale de population multisectorielle, qui intègre les conditions de l’atteinte de l’autonomisation des femmes, des jeunes et du dividende démographique.

Il se dote d’une politique nationale de migration pour gérer la migration dans ses relations interactionnelles avec le développement, et réduire les migrations irrégulières. 

En conclusion, si les besoins d’éducation, de santé et d’emplois des jeunes et des actifs potentiels ne sont pas satisfaits, ils se tourneront vers les activités illicites comme le trafic de drogue, la criminalité transfrontalière, les groupes armés terroristes et le radicalisme religieux.  

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