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Dossier UNFPA

Burkina Faso : Donner du sens à la jeunesse

Le Burkina Faso comble son retard en matière d’éducation et de santé, enregistrant des progrès remarquables. Pour autant, les menaces de conflits internes et externes affectent son développement. L’approche de prévention passe par la jeunesse. 

Au-delà de la problématique propre à la région, la sécurité au Burkina Faso est menacée par une multitude de facteurs internes, de plus en plus complexes.

Les conflits les plus récurrents, et qui constituent des risques potentiels d’insécurité à prévenir, relèvent des questions d’accès aux ressources naturelles. Elles mettent aux prises les éleveurs et les agriculteurs, ou les chefferies traditionnelles, notamment. 

Si les causes directes de la majorité de ces crises sont à explorer dans le chômage et la pauvreté, la raréfaction des ressources, l’ampleur des inégalités sociales et la mauvaise gouvernance, il urge de prendre en compte le facteur démographique. 

Entre 1960 et 2020, la population burkinabè a plus que quadruplé, passant 4,83 millions d’habitants en 1960 à 21,51 millions d’habitants aujourd’hui. L’évolution de la démographie n’a pas été linéaire ; par exemple, le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 6,2 en 1960 à 7,3 en 1991 pour de nouveau baisser à 5,4 enfants en 2015 et se rapprocher de 5. Le Burkina Faso reste un pays jeune : l’âge médian se situe à 16,3 ans. 

La population urbaine s’est accrue et continuera de croître. En 2019, on estime que 30,9 % de la population Burkinabè vit dans des villes, ce qui représente 6,2 millions de citadins. Pendant longtemps, le pays n’a pas entrepris de véritables politiques urbaines.

Ce faisant, la juxtaposition des interventions sectorielles non coordonnées, reflet d’une organisation étatique centralisée, a tenu lieu de politique. On mesure toutes les difficultés des villes à répondre durablement et de manière cohérente aux besoins de populations de plus en plus nombreuses et exigeantes. 

Selon les scénarios, la population du Burkina Faso sera de 32 à 41 millions, en 2040. Dans l’hypothèse basse, le ratio de dépendance diminuerait sensiblement, permettant un développement humain satisfaisant.

Selon les projections, un Burkinabè sur deux vivra dans une agglomération à l’horizon 2050, notamment à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. La cohésion sociale dans les villes du Burkina figure parmi les défis futurs à relever, étant donné que cette croissance n’est pas toujours liée dans les villes, à des créations d’emplois. 

Sur ce point, Burkina Faso présente un taux de chômage assez faible (6,4 %, début 2020) mais en progression depuis les années 2000, tandis que la précarité de l’emploi demeure importante. Pour les vingt prochaines années, la population en âge de travailler continuera de croître. 

L’État intensifie sa réponse aux menaces 

En matière de santé, le Burkina Faso a enregistré des progrès remarquables en matière de mortalité infanto-juvénile (de 360‰ de 1960 à 81,6 ‰ en 2015). Si le personnel technique (médical et paramédical) reste insuffisant, en quantité et en qualité, le pays se rapproche néanmoins de la norme de 1 médecin pour 10 000 habitants et satisfait les recommandations de l’OMS en matière d’infirmières et d’infirmiers, en dépit de disparités régionales.

Dans certaines régions longtemps délaissées par les investissements en infrastructures, le manque d’emploi et la pauvreté dans laquelle baignent les populations poussent certains à s’enrôler dans les rangs des terroristes afin de subvenir à leurs besoins. C’est le cas du Sahel et de l’est du pays. 

Longtemps préservé, le pays enregistre une dégradation progressive de sa situation sécuritaire, depuis avril 2015. Les conflits, qui affectent les milieux ruraux, ont touché principalement le Sahel, le Centre-Nord, le Nord. Environ 220 000 personnes sont déplacées dans ces régions depuis le début du mois de juin 2019, s’ajoutant aux 26 000 réfugiés de la crise malienne, présents dans le pays depuis 2011. 

En conséquence de la fréquence des attaques, qui s’étendent parfois à d’autres régions, l’activité économique et les services publics sont affectés. Elles induisent de nouvelles charges pour le budget de l’État à travers le financement des dépenses de fonctionnement et d’équipement des Forces de défense et de sécurité.

Entre autres réponses aux menaces terroristes, le gouvernement burkinabè a instauré un mécanisme de motivation des forces de défense et de sécurité. Des actions sont menées pour assurer une meilleure prise en charge des blessés et l’indemnisation des familles de victimes. À toutes ces actions s’ajoutent, bien entendu, les efforts d’équipement des forces de défense et de sécurité en matériel adéquat. Pour autant, le Burkina Faso demeure le pays du G5 Sahel à consacrer le plus faible investissement à la sécurité, au regard de ses revenus. 

Il est vrai que l’éducation figure en bonne place dans les priorités identifiées dans les documents d’orientation, comme le PNDES (Programme national de développement économique et social) en cours. L’effort sécuritaire n’empêche pas une forte hausse de la part du budget allouée à l’éducation, passé de 19,5 % en 2005 à 23,7 % en 2019. 

Soutien précieux des organismes internationaux 

Les investissements dans le domaine social pour les décennies à venir devraient permettre l’amélioration de la santé et l’autosuffisance alimentaire pour tous, l’amélioration quantitative et qualitative du système éducatif, l’accès de tous à l’eau potable, la réduction sensible, voire l’élimination de la pauvreté et du chômage. 

Pourtant, la dynamique démographique actuelle ne présente pas d’opportunités à l’économie pour tirer profit du dividende démographique. Pour ce faire, les principaux défis à relever peuvent se résumer comme suit : le développement des équipements collectifs ; la maîtrise de la fécondité ; une survie de l’enfant ; l’accès à l’éducation, à l’eau potable ; la santé de la population ; la formation professionnelle ; l’employabilité des jeunes ; la bonne gouvernance économique et politique. 

Pour ce faire, le gouvernement poursuit sa politique, appuyé par diverses initiatives comme le projet SWEDD (Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel) pour accroître l’accès des femmes et des adolescentes à la santé sexuelle et reproductive, notamment la planification familiale volontaire et la santé maternelle. Cette initiative régionale, notamment soutenue par l’UNFPA, améliore également la santé et la nutrition des enfants, renforce l’éducation des filles et s’emploie à mettre fin au mariage des enfants et à d’autres pratiques néfastes. 

En conclusion, l’analyse de la situation sécuritaire et de la paix au Burkina Faso place la problématique des jeunes au centre de toutes les préoccupations. Toute approche de solution passe par la résolution de cette question fondamentale.

Les risques et les défis sécuritaires du pays au niveau interne et externe sont réels et ils dépassent les capacités d’un seul État. En effet, les menaces transnationales ne peuvent être relevées que par une approche globale et inclusive sur la base d’un partenariat dans un cadre d’intégration régionale ou bien avec l’aide de la communauté internationale. 

Pour engranger les dividendes de la paix et la sécurité, il faut faire en sorte que les initiatives des jeunes, les organisations de jeunes et les jeunes eux-mêmes puissent agir dans un environnement valorisant et respectueux plutôt qu’inquisiteur ou répressif.

Il existe des moyens politiques, financiers, juridiques et sociaux pour optimiser et démultiplier les initiatives des jeunes et faire en sorte qu’ils puissent contribuer pleinement à la paix et à la sécurité dans leur société. Les jeunes femmes et les jeunes hommes, et surtout celles et ceux qui misent sur la paix et la prévention de la violence, devraient être considérés comme des alliés incontournables dans la quête de la paix et de la sécurité. 

Avant tout, il faut passer d’une approche sécuritaire guidée par les événements, souvent dans l’urgence, à une approche de prévention globale de la violence, centrée sur la jeunesse.

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