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Dossier IC Intelligence

L’autosuffisance énergétique de l’Afrique

L’autosuffisance énergétique de l’Afrique
  • PubliéAugust 8, 2022

Construire un réseau de distribution d’énergie à l’échelle du continent représente un coût prohibitif. Dès lors, l’Afrique peut-elle suivre sa propre voie avec des énergies renouvelables autonomes et dépasser la production basée sur le réseau ?

 

Par Lord Peter Hain

Lors d’un sommet Europe-Afrique à Gaborone, voici vingt-deux ans, j’ai proposé et fait accepter une motion visant à allouer une partie du méga-budget européen de l’Aide au développement au financement d’un programme massif d’énergies renouvelables en Afrique, en partenariat avec des entreprises privées. À l’époque, j’étais le ministre britannique chargé de l’Afrique et je soutenais que l’Europe devait faire cet investissement, à la fois pour lutter contre le changement climatique et parce qu’une grande partie de la prospérité de l’Europe était ancrée dans l’exploitation historique de l’Afrique et que de nombreuses entreprises européennes continuent à engranger de gros bénéfices sur le continent, notamment grâce aux combustibles fossiles.

Les vingt pays ayant le plus faible accès à l’électricité de la planète se trouvent en Afrique subsaharienne.

Globalement, 51,6 % de la population de l’Afrique subsaharienne, soit environ 586 millions de personnes, n’ont pas accès à l’électricité.

Le Partenariat Afrique-Union européenne pour l’énergie (PAEE) a été signé, mais il n’a pas encore permis de réaliser de réels progrès pour faire du continent un leader mondial dans le domaine des énergies renouvelables grâce à ses vastes ressources naturelles. Bien qu’ils reconnaissent la nécessité d’opérer cette transition, de nombreux États africains développent simultanément des réserves de combustibles fossiles.

Le Kenya, par exemple, construit le plus grand parc éolien d’Afrique près du lac Turkana et y exploite des gisements de pétrole. Le Mozambique et la Tanzanie exploitent d’énormes réserves de gaz offshore. Le Nigeria et l’Angola traitent chacun des centaines de milliers de barils de pétrole par jour.

Les entreprises européennes de combustibles fossiles exploitent les énormes réserves africaines, en violation des engagements climatiques de l’Europe. L’Afrique du Sud, par exemple, a récemment augmenté ses exportations de charbon vers l’Europe pour remplacer le gaz russe après l’invasion barbare de l’Ukraine par le président Poutine. Après la conclusion de la réunion des Nations unies sur le climat (COP26) en novembre 2022, Mary Robinson, présidente de l’association The Elders et ancienne présidente de l’Irlande, a fait remarquer que les dirigeants mondiaux avaient « manqué à leur devoir de manière honteuse ».

 

Où sont les milliards promis ?

Au moins, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Allemagne, la France et l’Union européenne se sont engagés à fournir 8,5 milliards de dollars à l’Afrique du Sud pour sa transition vers les énergies renouvelables, tout en protégeant les mineurs de charbon et leurs communautés. Il s’agit potentiellement d’un changement de cap dans la manière dont les pays peuvent sevrer leurs économies des combustibles fossiles, tout en protégeant les emplois et les moyens de subsistance. « Comme c’est souvent le cas avec les engagements financiers très médiatisés pris lors des sommets mondiaux…. les milliards promis ne se sont pas encore matérialisés », a lâché Mary Robinson, en juin 2022.

Il n’est pas étonnant que les critiques se plaignent que les belles paroles sur le changement climatique du sommet Union européenne-Union africaine de février sonnent plutôt creux. L’Afrique dispose d’une abondance d’énergie solaire, éolienne et marémotrice, ainsi que d’un énorme potentiel pour la production hybride et la production intégrée : les vagues, l’hydroélectricité, le vent, la biomasse et la géothermie. Il est remarquable de constater que le soleil produit plus d’énergie sur les déserts de la planète en six heures que le monde n’en consomme en un an ; et pourtant, le désert du Sahara, pratiquement inhabité, compte peu de fermes solaires, sans doute parce qu’il n’est pas facile d’accéder au réseau. Mais avec un peu de chance, au fur et à mesure que le stockage sur batterie se développe, le nombre de fermes solaires dans le Sahara va se multiplier.

 

Les mots de Desmond Tutu

L’incapacité à exploiter l’énorme ressource énergétique verte de l’Afrique est choquante. Seuls 11 % du potentiel hydroélectrique du continent sont utilisés ; 7 % seulement de l’énergie éolienne et 6 % de l’énergie géothermique sont exploités. Même avec l’abondance de soleil en Afrique, un maigre 1 % de la capacité de production solaire potentielle estimée est exploitée. Pourtant, les vingt pays ayant le plus faible accès à l’électricité de la planète se trouvent en Afrique subsaharienne. Globalement, 51,6 % de la population de l’Afrique subsaharienne, soit environ 586 millions de personnes, n’ont pas accès à l’électricité.

Sir Peter Hain est un ancien ministre britannique, dans les gouvernements travaillistes de Tony Blair et de Gordon Brown. Il est né et a grandi en Afrique du Sud, où il a milité contre l’apartheid.  Il est le PDG de IC Intelligence

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Dès lors, l’Afrique peut-elle suivre sa propre voie avec des énergies renouvelables gratuites et dépasser la production basée sur le réseau ? Elle l’a fait grâce à la téléphonie mobile et aux transferts monétaires mobiles. Voici six, le regretté archevêque Desmond Tutu appelait à une campagne de boycott et de désinvestissement de type anti-apartheid contre l’industrie des combustibles fossiles, accusée de provoquer le réchauffement de la planète. « Nous vivons dans un monde dominé par la cupidité. Nous avons permis aux intérêts du capital de l’emporter sur les intérêts des êtres humains et de notre Terre. Il est clair que les entreprises ne vont pas simplement abandonner ; elles ont l’intention de faire trop d’argent », écrivait-il. Comme sur tant de choses, il était un prophète visionnaire.

@ICI

 

Écrit par
laurent

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