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Un agenda pour l’humanité

Un agenda pour l’humanité
  • Publiénovembre 29, 2022

Mabingué Ngom est conseiller spécial du directeur exécutif de l’UNFPA et directeur du Bureau de cette organisation auprès de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique. Ayant travaillé durant une vingtaine d’années au siège des Nations unies à New York pour les programmes d’urgence, il connaît bien les crises humanitaires de l’intérieur. Il détaille la feuille de route de la future agence.

 

En 2016, une réflexion a été engagée sous le mandat du secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon autour d’une agence humanitaire africaine. Comment ce projet avance-t-il ? 

Mabingué Ngom : En fait, vous évoquez un vieux projet qui remonte à la fondation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). En février 2023, les chefs d’État et de gouvernement devraient approuver le règlement intérieur, les statuts et peut-être même avancer dans les négociations des accords de siège et dans le recrutement du personnel. J’espère que, une fois l’approbation donnée, une feuille de route plus affinée permettra d’accélérer la mise en place effective de l’agence. Le début des activités ne devrait plus tarder. Une équipe pourrait être constituée afin de gérer les urgences humanitaires.

Il nous faut poursuivre les efforts de mobilisation de ressources massives qui permettront à l’Afrique d’améliorer l’efficacité et la coordination de l’aide humanitaire. Le nombre de crises augmente. Donc les ressources que nous devons mobiliser doivent croître aussi. 

Le Sommet humanitaire mondial de 2016 à Istanbul avait permis aux pays du continent d’arrêter une position commune pour rendre l’action humanitaire internationale plus efficace et pour mettre un terme aux nombreuses crises humanitaires, qui trouvent souvent leur origine en Afrique dans les conflits prolongés. C’est donc pour l’Afrique un sujet d’une importance capitale, ce que le secrétaire général des Nations unies a appelé « un agenda pour l’humanité ». Les pays africains ont exprimé clairement leur forte volonté politique de mettre un terme aux nombreuses crises humanitaires et aux conflits en Afrique.

L’Afrique doit traiter beaucoup mieux les causes de ces conflits, pour éteindre, réduire et contenir les foyers de tension, et non seulement se pencher sur l’urgence d’agir. Nos interventions doivent être plus locales. Depuis 2016, les États africains entendent renforcer leur rôle dans l’action humanitaire. Et l’action internationale doit intervenir aussi longtemps que nécessaire.

Il ne faut plus se limiter à établir des normes, mais vraiment s’engager dans leur mise en œuvre, renforcer les liens entre l’action humanitaire et l’action de développement, en faisant venir tous les acteurs autour de la table, le secteur privé, les jeunes, les femmes ainsi que les acteurs traditionnels de l’État. Tous doivent faire face ensemble, d’une seule voix, à ces défis qui paralysent et empêchent l’Afrique d’aller de l’avant.

 

En quoi l’agence humanitaire africaine marquera-t-elle une rupture avec les pratiques observées jusqu’ici ?

Aujourd’hui, même si le continent pèse moins de 2 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale et représente 16 % en termes de population, 75% des crises humanitaires se déroulent en Afrique. Cette agence marquera un pas important vers la prise en charge des nombreux défis humanitaires par les Africains eux-mêmes, en visant un accompagnement encore plus efficace de leurs partenaires internationaux.

 

Du Sahel à la Corne de l’Afrique, de nombreuses régions plongent dans une instabilité majeure. Les dirigeants africains ont-ils le moyen d’enrayer ce mouvement et de trouver une solution africaine ? 

Nous avons accompagné les grandes crises dans la Corne de l’Afrique et dans le Sahel. Nous avons traversé avec succès les crises sanitaires de l’Ebola et de la Covid-19 en Afrique. Nous avons continué à résoudre les problèmes humanitaires en tirant les leçons de nos expériences. Ce qui nous a permis d’ailleurs d’avoir des réponses de qualité contre les crises humanitaires qui ont d’ailleurs étonné et inspiré d’autres parties du monde. Tout n’est pas facile, tout n’est pas acquis. Et certainement, nous n’allons pas régler tous les problèmes facilement. Les communautés au niveau local et les secteurs financiers et privés doivent jouer leur rôle pour qu’ensemble nous puissions mettre un terme à ce nombre impressionnant de crises.

En mettant l’accent sur les aspects d’anticipation, d’intervention et d’adaptation, l’Agence humanitaire constituée par l’Union Africaine doit être un outil de pointe recueillant toutes les données et toutes les expériences que nous avons acquises pendant ces dernières années dans les grandes crises, capable d’inspirer toutes les autres agences humanitaires dans le monde.

 

Comment les ressources seront-elles mobilisées et réparties ? 

Des engagements financiers ont été pris à Malabo pour accompagner cette volonté politique. Du 14 au 18 décembre 2022 se tiendra à Nairobi un important symposium sur l’humanitaire et sur la promotion de l’Agence.

Pour autant, il faut poursuivre les efforts de mobilisation de ressources massives qui permettront à l’Afrique d’améliorer l’efficacité et la coordination de l’aide humanitaire. Le nombre de crises augmente. Donc les ressources que nous devons mobiliser doivent croître aussi.

Pour que les personnes déplacées puissent bénéficier de l’attention des plus hautes autorités mais également de l’accompagnement de l’ONU, il ne nous sera pas possible de mener à terme cet important projet sans ressources additionnelles car nous approchons de l’échéance de l’Agenda 2030 des Objectifs de développement durable des Nations Unies. L’Agenda 2063 de l’Union Africaine arrive aussi à grand pas.

J’espère aussi qu’à un certain moment un mécanisme sera mis en œuvre pour une mobilisation régulière des ressources, comme c’est le cas d’ailleurs pour la Banque mondiale ou le Fonds d’urgence des Nations unies. Je note les efforts incroyables menés main dans la main par nos collègues de la Commission de l’Union africaine et du système des Nations unies afin d’accompagner ce processus.

 

À lire :

Pourquoi une Agence humanitaire africaine

Éclairage : Inverser l’effet de silo

@NA

 

Écrit par
Hichem Ben Yaïche

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