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Culture Diaspora

Madi Seydi, la Française venue d’ailleurs

Madi Seydi, la Française venue d’ailleurs
  • PubliéAugust 25, 2022

D’origine sénégalaise, Madi Seydi vient de publier son premier ouvrage, Française venue d’ailleurs. L’occasion, pour cette femme d’engagements, de raviver la mémoire franco-sénégalaise et d’expliquer sa double culture.

 

Par Française venue d’ailleurs, Madi Seydi se réconcilie avec l’écriture grâce à son envie de raconter son histoire de Française venue d’Afrique. Si elle décrit sa relation étroite avec son père, aujourd’hui disparu, et celle avec son pays d’origine, le Sénégal, Madi Seydi y raconte surtout sa vie de Française aux racines sénégalaises.

Madi a eu un parcours inédit, avec un engagement précoce en politique, elle a foulé les couloirs du Sénat en tant qu’assistante parlementaire durant des années ; le Sénat constitue la chambre haute du Parlement français et détient le pouvoir législatif avec l’Assemblée nationale. En contact permanent avec les élus, elle a participé régulièrement à la rédaction de propositions de lois sur des sujets d’ampleur nationale notamment sur le climat, sur des questions sociopolitiques ou économiques. Aujourd’hui, elle occupe le poste prestigieux de directrice Conseil en communication d’influence dans une grande entreprise parisienne.

« Mon père disait :”Quand tu arrives quelque part, si tu trouves les gens en train de danser avec un pied, tu fais la même chose.” Toute ma vie n’a été bercée que par cette phrase. »

 

Engagée très tôt en politique, Madi Seydi est née à Paris et a grandi en banlieue parisienne, à Aulnay-sous-Bois. Elle retourne avec sa famille au Sénégal où elle passe une partie de son adolescence avant de revenir en France pour ses études et pour ensuite y travailler. C’est à Dakar que débute sa vie de militante, elle n’a que quatorze ans. Elle s’engage auprès des enfants « Talibé » (enfants de la rue), une action associative. Elle s’en explique : « J’ai été engagée très tôt en politique. J’ai commencé à être militante à Dakar à quatorze ans. Même si à cet âge on n’a pas forcément une conscience politique, on voit des choses qu’on ne comprend pas et qui nous révoltent, des inégalités sociales par exemple. On voit d’un côté des gens énormément riches, passer à côté de la misère de ces enfants âgés entre cinq ans, sept ans ou huit ans, mais surtout de femmes en fauteuil roulant ou des familles sans réagir. Être dans un pays magnifique comme le Sénégal où tout le monde aime tout le monde et faire face à ce fléau a provoqué en moi cette envie d’agir. Je me suis ainsi dit qu’il fallait faire quelque chose. Et là, naissait mon premier engagement politique voire social. Ma préoccupation première c’était comment je fais pour aider ces gamins et les sortir de la rue de tous les dangers. »

 

Les Tirailleurs : une histoire sénégalo-française

Après son engagement associatif à Dakar et plus tard celui politique en France, l’écriture n’était pas si loin ; très tôt son carnet intime fut l’objet qui l’accompagnait au quotidien, à qui Madi confiait ses secrets, ses craintes, ses questionnements. « J’ai toujours écrit. Je fais partie de ces gamins qui avaient ce qu’on appelait avant les carnets intimes où on écrivait le soir venu, ce qu’on faisait la journée. J’ai toujours eu cette volonté d’écrire et de partager avec moi-même d’abord et ensuite avec les autres, d’où la naissance de cet ouvrage. »

L’histoire des tirailleurs sénégalais est un autre thème abordé dans ce livre.  Si son père n’a pas fait les guerres françaises, Madi Seydi a connu d’anciens tirailleurs sénégalais lors de son séjour à Dakar. C’est le cas de Pa Diallo, un père de cœur, qui aura été un pilier, à ses côtés et aux côtés de sa famille, tout au long de leur intégration locale notamment après le décès de son père. Ces tirailleurs, Pa Ady Diallo ou encore Pa Ndiawar Ba lui ont partagé leur combat pour la France, leur vie dans les tranchées aux côtés de leurs frères d’armes. Toute une symbolique historique pour cette « Française venue d’ailleurs » qui revendique de manière énergétique ses deux cultures à part entière. Elle montre à travers ses écrits comment les Sénégalais ont participé à l’effort de guerre, comment ils ont participé ainsi à l’écriture de l’histoire de la France. Elle met l’accent sur le fait qu’ils n’ont malheureusement pas eu la reconnaissance des Nations qui leur était due. « C’est très important pour moi cette mémoire qu’on a en commun entre petits Français et petits Sénégalais, et que l’on ne connaît pas assez. »

 

Une Afrique loin des préjugés

Dans son livre, Madi Seydi raconte son arrivée à Dakar. Elle ne comprend pas un seul mot wolof, une langue qu’elle maîtrisera plus tard, en secret, ce qui fera d’elle une bilingue français-wolof. Sa rencontre avec le Sénégal fut une révélation aussi bien culturelle que politique. Selon elle, son engagement aujourd’hui en politique, elle le doit au pays natal de son père : le Sénégal.

Ce pays qui, comme elle le décrit dans son livre, est une terre très accueillante malgré l’imaginaire qu’elle en avait avant d’avoir foulé le sol. Sa fibre sénégalaise ne l’a jamais quittée. « Quand je suis arrivée en Afrique, notamment au Sénégal, je retrouve un pays très accueillant, je rencontre des gens formidables, un pays chaleureux. En Occident, en Europe, notamment en France, quand on ne connaît pas les gens, on ne va pas forcément leur dire bonjour. Au Sénégal, c’est tout le contraire. Chaque maison qu’on dépasse, chaque personne qu’on rencontre, un ami, un voisin, ça s’arrête et ça discute. Le Sénégal ce n’est pas seulement ce que vous voyez à la télé et l’Afrique ce n’est pas seulement la misère qu’on voit à la télé à savoir les guerres, les maladies, ce sont aussi des gens solidaires, des gens puissants. »

 

Une écriture simple et dynamique

À travers un style d’écriture simple et dynamique Française venue d’ailleurs se lit d’un trait. L’auteure utilise un français simple, vif et compréhensif. À travers ses lignes qui invitent au voyage dans son monde, elle nous raconte comment gamine, elle découvre comme beaucoup d’enfants son histoire familiale. Dans la transcription, nous sommes face à une dualité presque insolente dans sa façon de nous inviter à nous tremper en alternative entre les deux cultures qui lui sont chères. Madi Seydi le montre, le démontre, donne des anecdotes et des faits précis sur son sentiment singulier de se sentir à la fois Française et Sénégalaise, point de doute : « J’ai pour habitude de dire qu’on ne choisit pas entre son père et sa mère. Je suis ancrée en alternative dans mes deux cultures française et sénégalaise. »

Son histoire familiale commence ainsi par l’installation de son grand-père en Casamance, d’ethnie peule, il s’intègre très vite au sien de la population mandingue qu’il trouve sur place, il s’accommode, se laisse apprivoiser et se fond dans la culture. Madi Seydi rend hommage à sa famille et surtout rend hommage à son père, un homme qui a joué un rôle important dans la construction de sa vie. « Si je n’avais pas eu le papa que j’ai eu, je ne serais pas devenue ce que je suis. Mon papa est en tout cas pour moi, un être extraordinaire. Petite, j’ai été très proche de lui. Je l’ai perdu quand j’avais à peine quinze ans mais il m’a transmis des valeurs de dignité, de respect, le sens de l’honneur, le courage et la croyance au travail. Mon père disait :”Quand tu arrives quelque part, si tu trouves les gens en train de danser avec un pied, tu fais la même chose.” Toute ma vie n’a été bercée que par cette phrase. »

En somme, Française venue d’ailleurs est un ode à l’amour que Madi chante pour ses deux pays : la France et le Sénégal. À la lecture de son ouvrage, on comprend comment la question de la double culture réussit à créer une identité hybride. Madi, la femme des deux rives du froid et du soleil, a livré la version de son l’histoire « sénégauloise », de son histoire mixte mais surtout de l’histoire de sa famille. Elle a voulu parler de son parcours de Française d’ici et de là-bas, de son statut de citoyenne à la double culture, un métissage culturel qui est selon elle, est une force. « Je pense aussi que c’est important pour les enfants de saisir la chance qu’ils ont d’avoir une double identité qui est aussi une force. »

 

 

 

 

Madi Seydi

Française venue d’ailleurs

Éditions Stock

Prix : 18 euros (édition brochée) ; 13 euros (Ebook).

 

 

 

@NAW

 

 

Écrit par
Aïssatou Diamanka Besland

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