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Diaspora

Les diasporas contribuent à l’émergence d’une Afrique nouvelle

Les diasporas contribuent à l’émergence d’une Afrique nouvelle
  • Publiéfévrier 12, 2024

Les acteurs de la diaspora innovent, créent des richesses et des emplois. Si les ponts ne sont pas coupés avec l’Afrique et que leur talent est encouragé, leur énergie est un apport essentiel au continent.

 

Plus de 400 acteurs économiques issus de la diaspora francophone étaient invités, le 9 février 2024 à Paris, à une conférence sur les diasporas africaines. Une initiative de l’association La 9ème, Talents et territoires, en collaboration avec le Groupement du patronat francophone. Le GPF réunit des patrons des pays francophones issus de 56 organisations patronales des cinq continents.

Objectif, montrer à la jeunesse africaine qu’il est possible de « tirer la force de ses origines tout en s’épanouissant dans un monde globalisé et cela depuis le Cap Vert à Dakar, en passant par Tunis, Alger et Rabat », pour reprendre les termes de la présidente de la 9ème, Talents et Territoires, Khadija Gamraoui. Qui entend démontrer qu’« il est possible de s’appuyer sur ces origines et nos valeurs plurielles tout en s’épanouissant dans un monde globalisé de plus en plus rude en affaires ».

Khadija Gamraoui ouvre les débats.
Khadija Gamraoui ouvre les débats.

 

De son côté, le président du GPF, Jean-Lou Blachier, a salué l’implication des diasporas dans le tissu économique des pays d’origine et des pays d’accueil, et mis en relief « l’élément innovant et créatif des entreprises qui sont fondées par des membres des diasporas francophones ; elles démontrent ainsi la valeur de leur contribution ».

Jean-Lou Blachier
Jean-Lou Blachier.

Poursuivant : « Ces entrepreneurs, par leurs talents, leurs connaissances, diverses, jouent un rôle essentiel dans la création d’entreprise. Ils contribuent au développement économique de leur pays d’accueil ».

Dans le contexte mondial actuel, les rapports des forces entre pays développés et pays moins avancés sont remarquables. L’implication des diasporas africaines à l’essor économique du continent à travers leur imagination, leurs engagements, leurs expériences, leurs compétences, leurs capacités et leur culture d’entreprise permettront de développer le tissu économique, juge Jean-Lou Blachier.

« Les diasporas créent des entreprises innovantes et prospères qui contribuent à la croissance économique et la création d’emploi. Leur impact est indéniable et il est absolument important de reconnaître leur contribution inestimable à nos économies, leurs engagements et leurs initiatives qui apportent des perspectives uniques et un savoir-faire diversifié qui enrichissent le tissu entrepreneurial de leurs pays d’origine. »

 

Des modèles de réussites

Et d’insister : « Les entrepreneurs issus des diasporas ne contribuent pas seulement au développement de leurs pays d’accueil, mais également de leurs pays d’origine. Il est important que ces entrepreneurs qui viennent ici en France puissent revenir dans leur pays d’origine et montrer qu’ils ont réussi et qu’ils peuvent aider les entreprises locales pour arriver à s’en sortir un peu mieux ».

Cet évènement a été marqué par deux tables rondes qui ont permis aux membres de la diaspora africaine de présenter deux exemples de réussites des diasporas en France et en Afrique. Chaque paneliste a présenté ses expériences dans la création d’entreprises, ses difficultés, ses réussites et ses motivations. Tous ont marqué l’auditoire par leurs talents, leurs engagements et leurs capacités d’innover, de créer et de faire face aux difficultés.

Marjorie Saint Lo.
Marjorie Saint Lo.

Marjorie Saint Lo est l’un des membres de la diaspora qui a réussi à s’implanter en Afrique. Elle est dirigeante d’Uber en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Pakistan.

« Quand j’ai décidé de rentrer au pays, c’était pour innover, créer, donner. C’est avec beaucoup d’humilité que j’ai détecté ces opportunités d’abord avec le gouvernement ivoirien, puis avec le groupe Orange. Voici une semaine, on m’a confié l’ouverture d’autres bureaux en Tanzanie et au Rwanda. »

Mamadou Rabadan Diarra est un Franco-malien issu de la diaspora. Il est le directeur général de Elysées Conseils à Bamako ; cette entreprise qui valorise le transfert des compétences du nord vers le sud, la formation et le renforcement des capacités, mais aussi la revalorisation des compétences des salariés qui aspirent à une évolution professionnelle.

Mamadou Rabadan Diarra
Mamadou Rabadan Diarra.

Pour parler de ses motivations et de sa culture d’entreprise, il affirme que « c’est à travers des constats réels que j’ai puisée mon énergie. Aujourd’hui l’Afrique a besoin des talents et elle a besoin que les hommes et les femmes prennent le destin du continent en mains. Les Africains pour se développer ont besoin de se décomplexer, de créer et d’innover. Leur complexe d’infériorité affecte leur évolution »

Nada Nadif est une autre femme entrepreneure issue de la diaspora. Elle a élu domicile au Maroc et travaille en tant que consultante en stratégie et santé. Elle contribue fortement à l’amélioration des conditions de vie des marocains et se félicite d’avoir eu le courage de rentrer pour investir.

 

Comment aider les jeunes

« Le retour au Maroc était pour moi une continuité de venir apporter mon savoir-faire dans des secteurs stratégiques comme la santé. Je travaille au Maroc pour une meilleure transformation du système sanitaire. Je voulais à travers mon engagement inspirer les jeunes Marocains qui souhaitent venir en France et retourner. Le développement en Afrique n’a pas de limite. C’est comme l’Internet ou les réseaux sociaux, ils n’ont pas de limite. »

Parmi les modèles de réussites des diasporas en France, on compte Elizabeth Moreno (photo ci-contre), ancienne ministre en France. Cette femme politique du Cap-Vert, venu en France à l’âge de sept ans. « Je me suis construite sur cette histoire d’immigration. Je suis arrivée très jeune en France et j’ai grandi dans ce pays qui nous a tout donnés, mais que nous avons tous cherché. Rien n’était du hasard ».

Elle a souligné que « la diaspora est une force extra ordinaire a la fois pour la France et pour le continent africain. Elle contribue économiquement au développement des deux rives de la Méditerranée. Elle contribue a accompagner et à aider nos frères et sœurs qui sont sur le continent. Ils se battent ici. Quand ils réussissent ici, c’est tout le monde qui en bénéficie. Il faut pouvoir compter sur cette diaspora. Nous devons travailler pour réussir. Nous devons nous former, avoir une bonne éducation. Tout se gagne avec le travail, le courage, le bon entourage et une famille qui nous accompagne. »

Certes, « la diaspora a envie de rentrer pour entreprendre en Afrique ». Les entrepreneurs « ont besoin de fonds pour démarrer leurs projets. Ils ne demandent pas l’aumône, ils ont tout ce qu’il faut pour réussir. Ils demandent juste un accompagnement financier et c’est là que je lance un appel à nos gouvernants africains. Je leur dis : « aidez les jeunes, les moins jeunes et les femmes. Cela permettra de changer le visage de notre continent » ».

 

Des ponts dynamiques

Abou N’Diaye
Abou N’Diaye

Abou N’Diaye est directeur général de Licanam, une entreprise qui œuvre dans le secteur de la cybersécurité, installée en France. « En arrivant en France en 2006, c’était pour moi un choc culturel. Aussitôt arrivé, aussitôt je voulais retourner au Sénégal. Mais j’ai eu le courage de rester pour étudier et ingérer des grandes écoles et gravir des échelons dans le domaine de l’ingénierie. J’ai créé ma propre entreprise dans le domaine de la cybersécurité, après avoir travailler pour longtemps pour d’autres entreprises ».

Les membres de la diaspora créent des entreprises en toute indépendance de leur pays d’origine. C’est la création des ponts entre les investisseurs, les institutions, les operateurs économiques et les entrepreneurs qui renforcent leurs relations pour créer des opportunités dans l’intérêt des deux peuples. C’est le constat de l’ambassadeur du Sénégal qui salue « la prise de conscience des diasporas africaines francophones » et leur engagement dans « la création, l’innovation et l’entrepreneuriat ».

Elhadji Magatte Seye estime qu’« Il faut qu’on fasse les choses par nous-même par ce que nous avons notre place, nous avons des expériences, des connaissances, des compétences, des capacités et de l’intelligence, mais également de l’énergie nécessaire pour faire face a nos choix et nos ambitions. Notre place est ici, elle est en Afrique aussi. Nous ne devons pas aider ceux qui construisent des discours de l’exclusion, du fatalisme, du rejet, du communautarisme, du cloisonnement. »

Dès lors, a poursuivi l’ambassadeur, « on doit le refuser et travailler pour l’intégration de nos peuples, entreprendre, investir dans la jeunesse, créer des ponts dynamiques entre l’Afrique et la France, faire des bonnes formations et permettre à la jeunesse africaine de réussir là où elle doit s’implanter, sans oublier ses racines… »

Pour l’ambassadeur de la RD Congo, Emile Ngoye Kasongo, « rapprocher les peuples, souder les liens, créer des ponts entre la culture française et les cultures africaines, c’est un prolongement de nos histoires et de nos racines. Je rends hommage à cette synthèse parfaite entre la diaspora et l’économie. L’Afrique a un défi : c’est le défi économique ».

« Ces entrepreneurs, par leurs talents, leurs connaissances, diverses, jouent un rôle essentiel dans la création d’entreprise. Ils contribuent au développement économique de leur pays d’accueil ».

Enfin, cette réunion s’est soldée par la remise de trophées à des acteurs économiques de la diaspora jugés les plus dynamiques. Les organisateurs ont retenu cinq lauréats : Ioana Marcoux (prix de l’Innovation) ; Bellam Kaddem (prix de l’Exportation) ; Dounia Hamouda (prix de l’Entrepreneuriat féminin) ; Fatou Diouck (prix de l’Excellence sportive) ; Cheikh Bentounes (prix de la Paix).

Réunion des diasporas africaines au CESE (Conseil économique social et environnemental), à Paris, le 9 février 2024.
Réunion des diasporas africaines au CESE (Conseil économique social et environnemental), à Paris, le 9 février 2024.

@AB

Écrit par
Mamadou Bah

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