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Diaspora

La manne des envois de fonds perdurera

La manne des envois de fonds perdurera
  • Publiéjanvier 11, 2024

Les tendances démographiques en Europe, telles que le vieillissement de la population et le faible taux de natalité, créent un besoin continu de migrations, tandis que les envois de fonds des Africains de la diaspora devraient dépasser les 100 milliards de dollars par an.

 

Selon l’OCDE, les migrations internationales vers les pays riches augmentent au rythme le plus rapide enregistré depuis plus de quinze ans. L’édition 2023 du rapport Perspectives des migrations internationales de l’institution, publié en octobre dernier, montrait que les migrations permanentes vers les pays de l’OCDE ont atteint 6,1 millions en 2022. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis au moins 2005 et d’une augmentation de 26 % par rapport à 2021.

Dans l’ensemble, 15 des 38 pays de l’OCDE ont enregistré en 2022 leur plus haut niveau de migration permanente au cours des quinze dernières années. Le rapport révèle que la migration de main-d’œuvre par des voies susceptibles de déboucher sur une installation permanente a doublé au Royaume-Uni au cours de l’année écoulée. Elle a augmenté de 59 % en Allemagne, de 39 % aux États-Unis et de 26 % en France.

« Nous ne devrions pas nous fier aux estimations approximatives des envois de fonds produites par les agences d’aide. Les Nations unies et la Banque mondiale ont tendance à sous-estimer la taille de la diaspora africaine. »

« La plupart des pays de l’OCDE connaissent des pénuries de main-d’œuvre », commente José Luis Escrivá, ministre espagnol chargé des migrations. « La situation ne peut que s’aggraver à l’avenir. »

José Luis Escrivá considère que les tendances démographiques importantes en Europe, telles que le vieillissement de la population et le faible taux de natalité, rendent nécessaire la poursuite des migrations. Selon lui, l’UE aura besoin d’au moins 50 millions de personnes venant de l’étranger au cours des 25 prochaines années.

 

Un coup de pouce pour les envois de fonds des Africains

L’Afrique est l’un des principaux bénéficiaires de l’augmentation constante des flux de travailleurs migrants vers les pays riches d’Europe et d’Amérique du Nord. Les migrants africains qui quittent leur pays d’origine à la recherche d’opportunités et travaillent dans des pays riches comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, le Canada et les États-Unis envoient régulièrement de l’argent à leurs proches.

Ces transferts de fonds ont connu une croissance fulgurante au cours de la dernière décennie, soulignant la contribution des migrants africains de la diaspora à leur pays d’origine. Les Nations unies estiment que les envois de fonds vers l’Afrique sont passés de 67 milliards de dollars en 2016 à 87 milliards $. En 2020, ils diminueront légèrement de 4 % en raison de la pandémie de Covid-19 avant d’augmenter à nouveau de 9 % pour atteindre 91 milliards $ en 2021.

Shem Ochuodho, président mondial de l’Alliance de la diaspora kényane et coprésident de l’Alliance de la diaspora africaine, rappelle à African Business que les envois de fonds de la diaspora africaine étaient devenus la principale source de devises dans plusieurs pays du continent, dont le Kenya.

Selon Shem Ochuodho, les sommes que les Africains vivant à l’étranger envoient à leurs familles et à leurs communautés n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, malgré les difficultés causées par la pandémie et la crise économique due à une forte inflation et à des hausses des taux d’intérêt au niveau mondial. Il espère que la valeur des envois de fonds vers l’Afrique continuera d’augmenter, car la diaspora africaine rattrape progressivement l’Inde, qui compte la plus grande population de diaspora au monde, avec environ 18 millions de personnes, selon les Nations unies.

 

Le refoulement pourrait-il avoir une incidence sur les envois de fonds vers l’Afrique ?

Bien que les envois de fonds de la diaspora vers l’Afrique aient connu une forte croissance ces dernières années, l’introduction de politiques d’immigration plus strictes dans de nombreux pays de l’OCDE vise à limiter la capacité des immigrants à travailler et à gagner de l’argent dans les pays d’accueil. Cela pourrait à son tour affecter la quantité d’argent qu’ils sont en mesure d’envoyer dans leur pays d’origine.

Historiquement, les pays riches se sont concentrés sur les politiques visant à freiner l’immigration illégale, mais ces dernières années, la préoccupation est devenue l’immigration en général, y compris l’immigration légale à des fins de travail ou d’études.

Le gouvernement britannique, par exemple, a récemment mis en œuvre de nouvelles règles visant à réduire le nombre de personnes arrivant au Royaume-Uni d’environ 300 000 par an, après que les chiffres officiels publiés l’année dernière ont montré que l’immigration nette avait augmenté pour atteindre le chiffre record de 745 000 en 2022.

« Les nouvelles règles seront mises en œuvre à différentes étapes tout au long de 2024 et auront un impact sur les migrants qui empruntent diverses voies, notamment les demandeurs de visa familial, les demandeurs de visa de travailleur qualifié et les travailleurs sociaux étrangers qui viennent au Royaume-Uni dans le cadre de la voie du travailleur de la santé et des soins », note Smith Stone Walters, un cabinet spécialisé dans l’immigration.

Ismail Ahmed, fondateur et président de WorldRemit, un service mondial de transfert d’argent principalement utilisé par les migrants pour envoyer des fonds, estime que la diaspora africaine continuera de croître malgré les politiques d’immigration rigoureuses de l’Occident. Selon lui, des lois plus strictes en matière d’immigration n’avaient pas empêché les migrants de se rendre en Europe et dans d’autres pays riches par le passé, et qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il en aille autrement cette fois-ci.

« En 2007 et 2008, juste avant le lancement de WorldRemit, des inquiétudes similaires ont été exprimées quant au ralentissement de la migration en raison de lois plus strictes. Cependant, en 2018, on estimait que le nombre de migrants africains vers les pays riches avait doublé en dix ans. Dans quatre ou cinq ans, lorsque nous regarderons en arrière, nous verrons probablement que le nombre de migrants africains continuera d’augmenter malgré la nouvelle pression contre la migration. »

Ismail Ahmed note qu’il est plus que nécessaire de se concentrer sur la gestion des flux de migrants informels, car ils sont en grande partie responsables de la crise migratoire dans de nombreux pays occidentaux, y compris les États-Unis, qui sont confrontés à un afflux massif de migrants informels à leur frontière méridionale avec le Mexique.

« La migration totale augmente à cause de la migration informelle, qui s’accélère vraiment. Nous avons vu ce qui s’est passé récemment aux États-Unis. Les Africains représentent un pourcentage non négligeable des personnes qui se sont récemment installées aux États-Unis à la frontière mexicaine », nous confie-t-il.

 

La diaspora désireuse d’investir dans son pays d’origine

Citant des données officielles du gouvernement, le New York Times rapporte que le nombre d’Africains appréhendés à la frontière sud des États-Unis est passé de 13 406 en 2022 à 58 462 au cours de l’année fiscale 2023. La plupart de ces Africains se rendent d’abord en Amérique du Sud, puis au Mexique avant d’arriver à la frontière sud des États-Unis.

Les envois de fonds ne sont pas seulement une source de revenus pour de nombreux ménages africains, mais aussi un moyen d’améliorer leur niveau de vie. En recevant de l’argent de leurs proches à l’étranger, ils peuvent s’offrir de meilleurs soins de santé et une meilleure éducation, et réduire leur vulnérabilité à la faim et à la pauvreté. Cependant, Shem Ochuodho affirme que la diaspora africaine peut faire plus que simplement envoyer de l’argent à leurs familles. Elle peut également investir directement dans son pays d’origine, créant ainsi des emplois et stimulant le développement. Selon lui, de plus en plus d’Africains de la diaspora sont prêts à investir dans leur pays d’origine et certains gouvernements proposent des mesures d’incitation pour les attirer.

« Au Kenya, le département d’État chargé de la promotion des investissements souhaite faire passer de 25 % à 50 % le pourcentage des envois de fonds destinés à l’investissement. Parmi les secteurs économiques dans lesquels la diaspora kenyane a manifesté un vif intérêt pour les investissements, on peut citer les marchés des valeurs mobilières, la sécurité alimentaire, la technologie et le secteur minier. »

Toujours selon Shem Ochuodho, le gouvernement kenyan a accru son attention et son soutien à la diaspora ces dernières années, par rapport aux périodes précédentes. Davantage de ressources ont été allouées pour favoriser la croissance et le développement des Kényans vivant à l’étranger.

Selon Ismail Ahmed, les Africains de la diaspora sont des sources précieuses de financement et de connaissances pour leur pays d’origine, car ils ont acquis des compétences, une éducation et une expérience internationale en vivant et en travaillant à l’étranger. Il admet que la perte d’Africains hautement qualifiés au profit d’autres régions constitue un défi, mais pas un défi décisif, et que l’Afrique peut en fait gagner à ce que ses meilleurs talents soient exposés à des opportunités internationales.

« Il se peut que nous perdions certains professionnels. Le Nigeria, par exemple, a perdu beaucoup d’infirmières et de médecins, ce qui est préoccupant. Mais d’un autre côté, de nombreux membres de la diaspora africaine sont formés en Occident, acquièrent une expérience internationale et retournent ensuite dans leur pays d’origine avec des capitaux et des connaissances. Cela s’ajoute aux envois de fonds. »

 

L’impact de la diaspora doit faire l’objet de recherches

Selon Ismail Ahmed, pour que l’Afrique puisse exploiter pleinement le potentiel de la diaspora, les gouvernements devront investir davantage de ressources dans la collecte de données précises et opportunes sur les migrations et les envois de fonds.

« Nous ne devrions pas nous fier aux estimations approximatives des envois de fonds produites par les agences d’aide. Les Nations unies et la Banque mondiale ont tendance à sous-estimer la taille de la diaspora africaine. »

Aussi, les gouvernements devraient-ils « mener des enquêtes détaillées et des recherches financières pour recueillir ces données importantes » ; ce qui est réalisé dans de nombreux pays par les banques centrales.

Ismail Ahmed est optimiste quant à l’avenir de la diaspora africaine, malgré l’introduction récente de lois sur l’immigration plus strictes dans les pays occidentaux. Il note en outre que, si les pays occidentaux riches ont toujours été populaires auprès des migrants africains, « le Golfe devient une source majeure de transferts de fonds en raison de l’augmentation de l’immigration légale ; cette tendance va se poursuivre ».

@NA 

 

 

 

Écrit par
Lennox Yieke

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