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Diaspora

Des transferts indispensables mais coûteux

Des transferts indispensables mais coûteux
  • Publiéjuillet 2, 2024

Les remises migratoires en direction de l’Afrique subsaharienne devraient rebondir en 2024, après une année de tassement, en dépit de coûts de transferts élevés sur les circuits classiques.

 

Les transferts de fonds des migrants dans le monde ont atteint 656 milliards d’euros en 2023, selon les dernières données de la Banque mondiale. Une modeste progression de 0,7% qui suit deux années d’augmentations sensibles. Pour autant, les « remises migratoires » demeurent une source essentielle de financement extérieur pour les pays en développement : en 2023, les envois de fonds ont dépassé le montant des investissements étrangers directs et de l’Aide publique au développement.

La Banque mondiale prévoit que ces remises migratoires vers les pays à revenu faible et intermédiaire devraient croître à un rythme plus rapide de 2,3 % en 2024, même si cette progression est inégale selon les régions.

Les envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne devraient augmenter de 1,5% en 2024. À condition que la croissance économique soit au rendez-vous dans les pays émetteurs et que les risques sécuritaires ne s’intensifient pas sur le continent.

En 2023, les remises migratoires ont surtout progressé vers l’Amérique latine et les Caraïbes (7,7 %), l’Asie du Sud (5,2 %) et l’Asie de l’Est et le Pacifique (4,8 %, hors Chine). En revanche, les transferts d’argent vers l’Afrique subsaharienne ont connu une légère diminution de 0,3 %, tandis que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont enregistré une chute de près de 15 %, et l’Europe et l’Asie centrale une baisse de 10,3 %.

De plus, l’envoi de fonds coûte toujours trop cher, déplore la Banque mondiale. Au quatrième trimestre 2023, le coût moyen mondial de l’envoi de 200 dollars s’élevait à 6,4 % du montant, soit une légère hausse par rapport aux 6,2 % de l’année précédente et bien au-delà de l’objectif de 3 % fixé par les ODD. Le coût des transferts numériques était plus faible : 5 %, contre 7 % pour les méthodes classiques.

Voyons dans le détail la « Note d’information de la Banque mondiale sur les migrations et le développement », publié en collaboration avec l’institut Knomad.

Les envois de fonds vers les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ont chuté de 15 % pour atteindre 55 milliards $ en 2023, accentuant l’impact de la baisse de 3,2 % en 2022. Cette baisse substantielle en 2023 est largement due à une forte diminution des flux vers l’Égypte, de loin le plus grand bénéficiaire de transferts de fonds de la région. Ce repli pourrait n’être qu’apparent, en raison de l’importance des « canaux non officiels » de transferts de fonds.

 

La contrainte de la croissance en Europe

En 2023, l’Égypte a souffert d’une grave pénurie de devises en raison du système de change fixe et de la surévaluation de sa monnaie ; cette situation a conduit à l’émergence d’un marché parallèle.

Ces derniers mois, pour encourager la croissance du marché des transferts de fonds, le gouvernement égyptien a pris plusieurs initiatives : l’utilisation de canaux numériques pour les transferts d’argent dans le secteur formel ; le lancement de produits d’épargne détaxés et de fonds par les banques ; la libéralisation du taux de change annoncée par la Banque centrale d’Égypte en mars 2024.

Évolution des ressources vers l’Afrique subsaharienne. Bleu : transferts ; vert : Aide publique au développement ; rouge : Investissements directs étrangers (en millions de dollars).
Évolution des ressources vers l’Afrique subsaharienne. Bleu : transferts ; vert : Aide publique au développement ; rouge : Investissements directs étrangers (en millions de dollars).

 

Les flux vers la Tunisie ont diminué en raison de la faible croissance économique dans la zone euro, la principale source d’envois de fonds pour ce pays. En revanche, les envois de fonds vers l’Algérie ont enregistré des gains, soutenus par des augmentations des flux en provenance de la France et des États-Unis. L’Algérie n’a atteint en moyenne qu’environ 1,8 milliard $ par an au cours de la dernière décennie, mais l’existence d’un marché de change parallèle qui pourrait offrir une prime de 30% à 40 % suggère qu’un volume important d’envois de fonds pourrait être acheminé par des canaux informels, principalement sous la forme d’argent liquide transporté par les voyageurs.

Le Maroc a également enregistré des gains, atteignant un nouveau record, en raison principalement de l’élan de solidarité après le tremblement de terre de septembre 2023. Les envois de fonds vers le royaume ont augmenté de 5,2 % pour atteindre 11,8 milliards $ et le pays reste le deuxième plus grand bénéficiaire dans la région, après l’Égypte. Les flux d’envois de fonds vers le pays ont toujours dépassé les flux d’IDE, et constituent un élément vital de l’économie marocaine, représentant 8,2 % de son PIB. Le rythme des envois de fonds des Marocains à l’étranger est resté soutenu tout au long de l’année 2023.

« Les perspectives des envois de fonds vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord seront affectées par la situation difficile à laquelle sont confrontés les pays importateurs de pétrole de la région, tels que l’Égypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc et la Tunisie », conclut la Banque mondiale, qui se montre, a contrario, plus optimiste concernant l’Algérie.

 

De coûts élevés de transferts

Concernant cette fois l’Afrique subsaharienne, la Banque mondiale calcule que les remises migratoires ont atteint 54 milliards $ en 2023 (-0,3%). L’institution prévoit que les flux d’envois de fonds vers la région devraient augmenter de 1,3 % en 2024. Tendance appuyée par une croissance économique plus faible aux États-Unis mais plus robuste en Europe.

Les corridors aux coûts les moins élevés (à gauche) et aux coûts les plus élevés (à droite). Bleu : quatrième trimestre 2022 ; en orange : quatrième trimestre 2023.
Les corridors aux coûts les moins élevés (à gauche) et aux coûts les plus élevés (à droite). Bleu : quatrième trimestre 2022 ; en orange : quatrième trimestre 2023.

 

En 2023, souligne le rapport, l’augmentation des flux d’envois de fonds vers la région a soutenu les comptes courants de plusieurs pays africains. Les flux d’envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne étaient près de 1,5 fois plus importants que les flux d’IDE en 2023, qui ont atteint 38,6 milliards $, d’après la CNUCED.

Les principaux bénéficiaires des envois de fonds dans la région en 2023 sont le Nigeria, le Ghana, le Kenya et le Zimbabwe ; les envois de fonds sont devenus la principale source de devises dans plusieurs pays. Pourtant, les envois de fonds vers le Nigeria, qui représentent environ 35 % du total des envois de fonds vers la région, ont diminué de 2,9 % pour atteindre 19,5 milliards $.

L’Afrique subsaharienne reste la région où les frais d’envoi de fonds sont les plus élevés, déplore la Banque mondiale. Les expéditeurs ont dû payer une moyenne de 7,9 % pour envoyer 200 dollars vers les pays africains au cours du quatrième trimestre 2023, contre 7,4 % un an plus tôt.

Les coûts varient considérablement dans la région, allant de 2,1% à 4,% dans les corridors les moins coûteux à 18% – 36% dans les corridors les plus coûteux. Les coûts des envois de fonds intrarégionaux sont encore très élevés. Par exemple, l’envoi de 200 dollars de Tanzanie au Kenya, à l’Ouganda et au Rwanda voisins coûte à un migrant plus de 33 %.

« Les banques facturent les coûts les plus élevés, ce qui souligne l’importance des transactions transfrontalières par l’intermédiaire de l’argent mobile », résume le rapport.

Selon les prévisions, les envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne devraient augmenter de 1,5% en 2024. À condition que la croissance économique soit au rendez-vous dans les pays émetteurs et que les risques sécuritaires ne s’intensifient pas sur le continent, notamment au Burkina Faso, au Tchad, en RD Congo, au Mali, au Mozambique et au Nigeria.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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